LES CONSERVER
En présence de termes si précis, inutile même de parler des pouvoirs plus généraux qu'il avait par ailleurs reçus du ministre, l'autorisant à faire « tout ce qu'il estimerait de plus convenable au bien général et aux intérêts de la Compagnie.
La Bourdonnais, on le voit, avait donc seulement la défense de garder Madras.
Autrement, il pouvait agir suivant les circonstances et faire tout ce qu'il jugeait opportun. Ainsi, accorder à Madras telle capitulation qu'il jugerait à propos.
(1) Grotius, Uvre III, chapitre XXII, g 2.
La capitulation, ainsi qu'elle fut consentie par la Bourdonnais, était donc légale.
Non seulement elle était légale, mais elle était la seule possible.
La Bourdonnais n'avait en effet le choix qu'entre deux partis : soit rançonner, soit piller et raser la ville.
Or, il n'avait pas le temps de la piller et la raser, puisque la mousson l'obligeait à partir vers la mi>octobre. La seule destruction des fortifications était une affaire de 15 à 20' jours. Quant à l'embarquement et au transport, à Pondichéry, de tous les effets, meubles et marchandises de Madras, ville de 100.000 habitants, c'était une affaire de plus d'une année.
Du reste, quel eût été le résultat de ce pillage ? On sait, qu'après le départ de la Bourdonnais, MM, de Pondichéry, au lieu de respecter la capitulation originaire, ont pillé et ruiné la ville.
Or, les frais de démolition, d'embarquement et de transport des objets pris, joints aux frais qu'a entraînés l'édification des fortifications nouvelles, commandées par Dupleix, ont été supérieurs au montant des prises réalisées.
Ajoutons que Madras est une ville marchande, dont les habitants sont, pour les trois quarts, les amis de la France. Tels sont les Malabares, les Mogols, les Maures, les Lascars. Or, quelles difficultés inextricables pour arriver, au milieu du pillage, à épargner les biens de ceux-ci, surtout avec des soldats tels que les Cipayes et les Cafres, qui composaient en partie l'armée victorieuse I
Enfin, comment éviter les fraudes ?
Comment empêcher les Anglais d'aller mettre leurs biens à l'abri, dans les maisons qui devaient être exemptées du pillage ?
Et, surtout, quel exemple I que ce pillage ; quelle haine accumulée contre la France I
Au surplus, l'opulence de Madras ne tient pas à ses fortifî-
LE PROCÈS — LA MORf 145
cations, mais à sa situation, aux innombrables manufactures et habitations qui Fenvironnent, jusqu'à 20 et 30 lieues à Tentour. Or, ce n'est pas le démantèlement de Madras qui les eût empêchées de subsister. Ce n'est pas ce démantèlement qui eût amené les ouvriers répandus dans la plaine, sujets du Mogol, à cesser leur commerce avec les Anglais, Dupleix a fait démanteler la ville Noire, c'est-à-dire le quartier commerçant ^de Madras. Est-ce que le commerce de Pondichéry en a profité d'une obole ?
2° Traité de rançon,
A la suite du traité de capitulation, ajoute l'accusation, la Bourdonnais a eu le tort de signer avec Madras un traité de rançonnement. Il n'avait pas ce droit qui appartenait, uniquement, à Dupleix et à MM. de Pondichéry.
Ce grief n'est pas fondé. En effet, les ordres royaux, en date du 16 janvier 1741, dont la Bourdonnais était porteur, stipulaient qu'il avait le droit de commander, dans les actions où il se trouvait, tous les officiers de la Compagnie, tant à terre qu'à la mer.
Ces ordres, conçus en termes absolus, ne comportaient qu'une seule exception : celle où l'action viendrait à se passer dans quelque gouvernement français, autre que celui dont il avait le commandement. Alors, il ne devait agir qu'avec l'assentiment de notre représentant dans cet établissement.
Il avait donc, on le voit, le droit de commander partout, soit dans l'Inde, soit ailleurs, sauf si la guerre avait Heu dans la circonscription d'un gouvernement français autre que la sienne. Ceci exposé, il est facile de démontrer que Madras n'a jamais été un établissement français, puisque la Bourdonnais avait même la défense de s'emparer d'aucun établissement ennemi pour le conserver. Madras n'étant pas un
établissement français, son vainqueur, pour le rançonner, n'avait besoin de personne.
Mais, ajoute-t-on^ ce traité était illusoire. Jamais les Anglais n'auraient payé la rançon promise.
La Bourdonnais estime, au contraire, que les Anglais eussent fait honneur à leur signature. Du reste, en cas de refus de leur part, n'aurait-on pas eu contre eux les moyens habituels que les puissances emploient pour maintenir l'exécution des traités, et plus généralement même, de tous les contrats où l'Etat se trouve intéressé ?
Du reste, n'avait-il pas pris toutes les précautions nécessaires, pour assurer l'exécution du traité, en se faisant remettre^ comme otages, les enfants du gouverneur, des conseillers avec leurs femmes et leurs enfants, les principaux habitants de la ville.
Et, en agissant ainsi, il n'avait au surplus que suivi les usages habituels de la guerre. C'est ce qu'avait fait avant lui, en 1702, le sieur de la Roque, lors de la prise de Saint- Jame ; c'est ce qu'avait fait aussi, en 1711, Duguay-Trouin, lorsqu'il rançonna Rio-Janeiro.
Au surplus, la solution de ce point est désormais en réalité impossible, et jamais on ne saura si les Anglais auraient exécuté ce traité de rançon, puisque, par crainte de cette inexécution, Dupleix a commencé lui-même par le rompre.
3° Fautes professionnelles et malversations.
En dehors des deux griefs ci-dessus, on reprochait aussi à la Bourdonnais une série de fautes qui, dans ses mémoires, sont groupées sous trois chefs différents : fautes d'ignorance, fautes de négligence, malversations.
C'est pour prouver ces différentes fautes, qu'à la diligence de Dupleix, plus de 300 témoins furent entendus. Mais, contre.
son attente, ceux-ci, pour la plupart, furent bien moins des témoins à charge que des témoins à décharge. Du reste, beaucoup déclarèrent ne rien connaître aux faits reprochés au vainqueur de Madras. Bref, l'accusation, obligée de restreindre les proportions de son enquête, dut ne retenir définitivement que 68 témoins pour les confronter avec le glorieux accusé. Mais, avec ces 68 témoins, l'accusation passa au crible tous les actes les plus insignifiants de la Bourdonnais, Tout lui fut reproché. On lui fit grief de tout ce qu'il avait fait, de tout ce qu'il avait dit à Madras.
C'est ainsi que, discutant même son admirable connaissance de la mer, on en vint à lui reprocher la durée de ses traversées, tel mouillage qu'on jugeait défectueux, telle tempête qu'il aurait dû prévoir...
Quant aux négligences dont on l'accusait, lui qui avait toujours fait preuve d'une si infatigable activité, d'un souci si constant de son devoir, elles n'étaient pas moins fort variées. Ainsi, sa prétendue indécision à aller mettre le siège devant Madras ; sa complaisance à laisser sortir, de la ville assiégée, à travers le camp français, des bœufs et des chevaux chargés d'effets. Et puis, il n'avait pas voulu fouiller l'église des Capucins ; il n'avait pu défendre contre le pillage, au cours du siège, telles ou telles maisons particulières...
Mais les faits les plus graves reprochés à la Bourdonnais étaient de nombreuses malversations qui, toutes, furent jugées dénuées de fondement, malgré les efforts de l'accusation.
Ainsi on lui reprochait d'avoir, à Saint-Thomé, rempli deux églises entières de butin qu'il s'était approprié.
Il s'était aussi, disait-on, approprié, de concert avec son frère de la Villebague, de nombreuses marchandises enlevées des magasins de Madras par leurs ordres formels.
Après un combat avec l'escadre anglaise, il avait envoyé au Bengale un de ses navires, /7/isuZaire, pour y vendre des vins à son profit.
14^ MAfié DE LA BOURDONNAIS
Or, toutes ces accusations étaient absolument imaginaires, ainsi que le démontra l'enquête.
Il s'était permis, à vil prix, pour quelques roupies seulement, d'acheter à des soldats un magnifique palanquin d'ivoire. Encore un fait inventé. Du Gouvernement de Madras au Gouvernement des Iles, il avait fait transporter deux glaces à bordure de Chine, des lustres de cristal, un palanquin d'écaillé garni d'argent, une aiguière d'argent, de la toile peinte...
Après la prise de Madras, on a vu, dans un bal, M°^ de la Bourdonnais paraître couverte de diamants.
C'était les diamants de sa corbeille de noce. Un soldat de Pondichéry dépose qu'étant en sentinelle au fort Saint- Georges, il avait vu passer 22 caisses d'or et d'argent. Ce soldat était un imposteur, ainsi qu'il résulte également de l'enquête.
^me Morse, femme du gouverneur de Madras, avait fait cadeau à M™® de la Bourdonnais d'un lit de toile peinte, d'une rare beauté, qui longtemps fut exposé à la curiosité publique, dans le palais du gouverneur. Où était donc le mal ? M">® Morse, propriétaire de ce lit, n'avait-elle donc pas le droit d'en disposer comme il lui plaisait ?
On lui avait également fait cadeau de deux fioles d'or, une boîte à mouches en or, garnie de diamants roses, un bureau du Japon, une garniture montée en diamants de neuf à dix mille livres.
Mais, des personnes riches dont la fortune avait été sauvée, par sa diligence, de la ruine et du pillage, n'avaienl-elles donc pas le droit de lui témoigner leur gratitude ?
Au palais du Gouvernement, à l'Ile de France, un soldat avait vu des pagodes de bronze que la Bourdonnais avait apportées de Madras.
Ces pagodes étaient les dieux des Brahmes. La Bourdonnais les avait fait enlever des mains de ses soldats qui les avaient
pillées. Â titre de curiosité, il les fit exposer au palais du Gouvernement.
Une des principales accusations portées contre la Bourdonnais était relative aux clefs de la caisse et du trésor de Madras. Voici les faits brièvement résumés (1) :
Le jour même de la prise de Madras, quand la Bourdonnais entra dans la salle du Gouvernement accompagné de ses ofRciers, les Anglais lui apportèrent des paniers emplis d'une si grande quantité de clefs, qu'il y en avait la charge d'un cheval. Ces paniers furent déposés sur une table. Grand embarras ! pour reconnaître toutes ces clefs, d'autant que les Malabares, qui en étaient les dépositaires habituels, étaient alors tous en fuite.
Dans la salle même du Gouvernement était la caisse. Un Anglais, qui était présent, parvint à en découvrir les clefs, parmi toutes celles déposées sur la table.
Alors, la Bourdonnais ne trouvant pas à ce moment le sieur Bonneau, commissaire, auquel elles devaient être remises, dit à son frère de la Villebague :
— Tiens I garde ces clefs et ne les remets à personne sans mon ordre.
De la Villebague fut alors dîner aux Capucins. Quant à la Bourdonnais, il se fit servir à dîner dans la salle même du Gouvernement.
Cependant, arriva bientôt Bonneau. Aussitôt la Bourdonnais l'interpellant :
— Monsieur, j'ai donné les clefs de la caisse à mon frère ; allez les lui demander.
Bonneau se rendit aux Capucins où de la Villebague, fidèle à sa consigne, lui fit observer qu'il ne pouvait pas se dessaisir des clefs en question, sans l'ordre de son frère. Bonneau se froissa du procédé, bien que de la Villebague, se rendant
(1) Pièces olBcieUes du procès.
aussitôt avec lui au siège du Gouvernement, s'empressa de les lui remettre en présence de son frère.
Dans ces conditions, pouvait-on élever le moindre soupçon contre la Bourdonnais et de la Villebague ? Mais, il fut démontré que plus de .100 personnes ne quittèrent pas la salle du Gouvernement, durant les deux ou trois heures que durèrent les incidents ci-dessus.
£n raison de Ténorme paquet de clefs dont nous parlions à l'instant, la Bourdonnais ne crut pouvoir mieux faire que de laisser à chaque commissaire le soin de trouver les clefs dont il devait avoir la garde.
La clef du trésor devait être remise à M. Desprémesnil. Celui-ci déclara, lors de l'accusation, ne l'avoir reçue que trois ou quatre jours après la prise de la ville.
Or, le jour même de la prise de Madras, le 21 septembre, il envoyait une lettre à la Bourdonnais l'avisant que, après bien des peines, il avait enfin trouvé ses clefs. Au surplus, très sagement, la Bourdonnais avait pris soin de préposer de suite des sentinelles à la garde du trésor.
L'amour de l'or avait même poussé, d'après l'accusation, la Bourdonnais à entretenir des intelligences avec l'Angleterre et, en réalité, à trahir son pays. Alors que la Bourdonnais, inquiet des mouvements de l'escadre anglaise,, hésitait à tenter le siège de Madras, avait déjà, comme nous l'avons dit, couru le bruit à Pondichéry, qu'il avait reçu de l'ennemi 200.000 pagodes, pour ne pas faire l'expédition à laquelle le poussait Dupleix.
Après la prise de Madras; surgit bientôt dans le public une accusation analogue, dont, au moment du procès, Desprémesnil, gendre de Dupleix, et Kerjean, son neveu, n'hésitent pas à se faire l'écho.
Le premier, disent les mémoires, dépose « avoir entendu dire au sieur Dupleix qu'un Anglais lui avait dit, qu'on avait donné au sieur de la Bourdonnais cent mille pagodes pour la
rançon. Il ajoute qu*il a fait son possible pour découvrir la vérité de ce fait et qu'il n'a pu le savoir, »
Le second, c'est-à-dire le sieur Rerjean, dépose « avoir entendu dire à un juif retiré à Pondichérg que les Anglais avaient donné au sieur de la Bourdonnais cent mille pagodes, pour reconnaître les bons traitements qu'il leur avait faits, et que lui, Juif, pour contribuer à former ce présent, avait été taxé à sept mille pagodes qu'il n'avait point pagées. »
Ces deux dépositions, basées sur de simples ouï-dire et émanant de deux témoins fort suspects, en raison de leur lien de parenté avec Dupleix, furent détruites par différents témoignages qui démontrèrent que le héros de Madras refusa le don en argent que les Anglais voulurent effectivement lui offrir dans les circonstances suivantes :
< Le jour même, lit-on dans les mémoires, que le sieur de la Bourdonnais partit de Madras, il devait y avoir au Gouvernement un grand dîner où les principaux ofQciers des * troupes françaises devaient assister avec lui. Le sieur de la Bourdonnais sut qu'à ce dîner le gouverneur et le conseil anglais avaient dessein de faire des présents, tant à lui qu'aux principaux officiers. Il ignore de quelle nature et de quelle valeur pouvaient être ces présents, et si l'on avait cotisé les habitants de Madras, pour que chacun d'eux contribuât à cette galanterie. Tout ce qu'il sçait, c'est qu'ayant vu le matin que le mauvais temps avait forcé son vaisseau d'appareiller et de prendre le large, il renonça au grand dîner qui l'attendait et pria le Père Bath d'aller remercier, pour lui, le gouverneur anglais, et lui dire qu'il ne voulait recevoir aucun présent. Ces faits sont déposés, mot par mot, par le Père Bath qui fut chargé de la commission, et tous les témoins conviennent que le 23 octobre, jour de ce grand dîner, le sieur de la Bourdonnais, sur les 8 ou 9 heures du matin, se jette seul précipitamment dans une chelingue, à la vue de toute la ville et par un temps affreux, pour aller joindre son
vaisseau qu'il atteignit, en effet, à quatre lieues et dans lequel il s'embarqua (1). »
Il importe d'ailleurs de remarquer que ce royal pot-de-vin qu'on reproche à la Bourdonnais, avait sa seule raison d'être dans le traité de rançon, consenti par ce dernier.
Or, est-il vraisemblable qu'ayant reçu des Anglais 100.000 pagodes, soit en billets, soit en deniers sonnants, ceux-ci ne les aient jamais réclamés à personne, après la rupture du traité par MM. de Pondichéry ?
Est-il vraisemblable qu'après avoir prélevé 100.000 pagodes, au moyen d'une sorte de souscription publique, aucun témoin n'ait pu déposer sur ce point ?
Enfin, qu'on se souvienne quelle est la fortune de la Bourdonnais, au moment de sa détention. On a fouillé tous ses papiers ; on a même décacheté son testament déposé chez son notaire ; on a trouvé le bilan général de tous ses biens meubles et immeubles. Ils s'élèvent à deux millions, deux cent soixante mille livres.
Or, en 1740, au moment où a été dressé le contrat de son second mariage, il possédait déjà neuf cent mille livres.
Avec sa connaissance des affaires, le poste qu'il occupait, les fonds dont il disposait, le droit qu'il avait de faire le commerce pour son compte personnel, n'aurait-il pu, s'il avait voulu, acquérir une fortune infiniment plus considérable ?
Tels sont les principaux chefs de l'accusation ; telles sont les principales justifications de la défense.
Après une séquestration de trois années qui ruina sa santé et sa fortune, le Conseil chargé d'instruire l'affaire rendit la délibération suivante :
Le conseil soussigné, qui a lu le présent mémoire avec
(1) L'exactitude de ces faits est certifiée par 2 témoins principaux, le Père Bath et le sieur de Barville, qui attestèrent formellement que le sieur de la Bourdonnais refusa, dans les circonstances ci-dessus relatées, les présents qu'on lui desti' nait au Gouuernement.
attention, est d'avis que les faits détaillés dans ce mémoire, Texposition qui y est faite des dépositions et des confrontations des témoins qui ont chargé le sieur de la Bourdonnais, et les moyens qu'il employa pour sa défense, prouvent non seulement qu'il n'est point coupable des fautes et des délits qu'on lui impute, mais encore qu'// s'est conduit dans toutes les occasions et dans les conjonctures même les plus critiques et les plus difficiles, avec autant de capacité et d'exactitude, que de prudence et de modération.
Délibéré à Paris, ce 18 août 1750.
Rousseau, Cochu, Cellier, Mallard.
Hélas ! cette décision arrivait trop tard. En sortant de la Bastille, le vainqueur de Madras qui avait, là-bas, vécu dans le faste, les honneurs et l'opulence, se trouvait, maintenant, dans la plus profonde misère. Sans doute, il lui était encore dû des sommes considérables, garanties par la signature du contrôleur général Orry ; mais, par ordre supérieur, il lui restait interdit de pouvoir, même par voie judiciaire, se les faire rembourser.
Non seulement sa fortune, mais aussi sa santé étaient à jamais détruites.
Il avait contracté, à la Bastille, une incurable maladie, et, deux ans après avoir recouvré sa liberté, il rendit son âme à Dieu.
Il la rendit avec ce sentiment de foi et de résignation qui fut, toute sa vie, un des caractères dominants de son cœui* élevé, de son âme de bon Malouin et de vaillant Breton. On était alors au 9 septembre 1753 (1). Il était âgé seulement de 54 ans.
(1) dette date, qu'on considérait Jusqu'à présent comme certaine, serait inexacte, et répoqtie à laquelle mourut le héros de Madras serait inconnue, d'après un très curieux renseignement que nous a communiqué un savant Mauricien, le docteur Baschet.
Ce dernier vient de découvrir, dans les minutes d'un notaire de Paris, un testament de la Bourdonnais daté du 8 novembre 1753*
Après sa mort, la veuve du héros de Madras — celle-là qui, couverte de diamants, avait, aux îles, tenu presque le rang d'une reine, dut se retirer, avec ses enfants, dans une humble chaumière, à Boissy-Saint-Léger.
Dans cette situation si digne de la plus profonde pitié, elle attendit courageusement la liquidation des affaires de son mari, espérant toujours qu'il lui reviendrait quelques épaves de la fortune magnifique d'autrefois. Hélas I il était écrit, dans les insondables desseins de la Providence, que la veuve de l'opulent la Bourdonnais arriverait à manquer même de pain. Tout fut dilapidé. Aux enfants de l'illustre Malouin, avait été donné un tuteur indigne qui avoua, en prison, leur avoir volé 700.000 livres, en contrefaisant la signature de leur mère et celle également du caissier de la Compagnie des Indes. On sut, plus tard, qu'il leur avait escroqué, au moins, plus de douze cent mille livres. C'est ainsi que s'évanouirent les derniers vestiges d'une opulence à laquelle, dans l'illustre famille de la Bourdonnais, succéda le dénûment le plus absolu.
Et il en fut ainsi jusqu'au jour où le gouvernement de Louis XV, ému d'une si profonde infortune, voulut bien accorder une rente de cent louis à la veuve de Mahé de la Bourdonnais mort, dit le brevet de pension, n sans avoir reçu aucune récompense ni aucun dédommagement, pour tant de persécutions et tant de services. »
'^mi^