‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 42 sur 71 · FIN DE LA COMPAGNIE DES INDES · texte numérisé non relu

FIN DE LA COMPAGNIE DES INDES

En 1778, lorsque la guerre s'alluma à nouveau entre la France et l'Angleterre, nous tentâmes un dernier effort, en envoyant 3000 hommes dans l'Inde, sous les ordres de Bussy, mais, hélas ! cette suprême campagne ne produisit encore que des mécomptes.

En 1785, disparut à nouveau la demi liberté commerciale, édictée par les décrets précédents. Sur l'initiative de Galonné contrôleur général des finances, Louis XVI, en effet, alléguant l'impossibilité où se trouvaient les particuliers de faire fructueusement un commerce si éloigné, fonda, le 10 juillet 1785, une nouvelle compagnie des Indes, stipulant encore le retour obligatoire par Lorient, mais laissant la liberté commerciale avec les îles de Bourbon et de France.

Cependant, malgré ses efforts et son activité, la nouvelle Compagnie ne put expédier aux Indes que dix navires en 1787, et six navires en 1788. En 1789, elle en avait seulement trois en voie d'affrètement.

En outre, l'entrave apportée ainsi à la liberté du commerce par la nouvelle Compagnie des Indes, excitait un mécontentement d'autant plus vif que, durant les années 1783, 1784 et 1785, le commerce libre avait pu, lui, expédier aux Indes 91 navires.

C'est pourquoi, le 19 février 1789, dans son cahier des charges adressé aux Etats Généraux, le Tiers-Etat de Bretagne sollicitait avec instance la suppression, tant du privilège exclusif de la Compagnie des Indes, que le retrait de l'arrêt du Conseil, en date du 30 août 1784, qui avait ouvert nos colonies aux étrangers.

« Considérant, dit ce cahier des charges, que le commerce du Royaume et particulièrement celui de cette province éprouve, depuis quelques années, dans toutes ses parties, une diminution sensible et alarmante, que la navigation surtout devient de jour en jour plus faible et plus languissante ; que, parmi les différentes causes auxquelles on peut appliquer

cette chute graduelle, on ne peut guère se dissimuler que rétablissement de la Compagnie des Indes et l'admission des étrangers dans nos colonies en sont deux principales (1)... »

En outre, dans un mémoire adressé aux députés du commerce, à la date du 28 mai 1785, la chambre de commerce de Bordeaux, se faisant Tinterprète de Topinion générale, se plaignait amèrement que le ministre n'eût pas, dans la nouvelle compagnie, réservé une seule action aux grandes villes maritimes, de France : Marseille, Bordeaux, Nantes, la Bochelle, Saint-Malo, le Havre (2).

Bientôt, d'ailleurs, de la part de toutes ces chambres de commerce partirent, au nom de la liberté commerciale, des protestations d'autant vives, que la Compagnie des Indes venait dans une importante assemblée, provoquée sur l'initiative du ministre de Calonne, d'avouer un déficit de 112 million^.

A la même époque, l'abbé Morillet publiait un mémoire stigmatisant le monopole. Le vent soufflait à la liberté, et le roi, qui ne pouvait résister à l'opinion publique, fît paraître le 29 décembre 1787, un arrêté désignant des commissaires, avec mission d'examiner la situation, afîn de lui en rendre compte. Cependant, jusqu'en 1789, aucune solution effective n'intervint. Alors, un grand nombre de villes réclamant contre le monopole de la Compagnie des Indes, celle-ci, en dépit des protestations de ses administrateurs, fut supprimée par décret du 3 avril 1790. Elle ne subsista plus que quelque temps encore, comme simple société particulière. Cette suppression, disons-le de suite, eut au moins une conséquence très fâcheuse au point de vue de notre marine de guerre.

« ... En suspendant le privilège de la Compagnie des Indes,

(1) Page 33. ProcèS'Oerbaux des séances du Tiers-Etat de Bretagne. — - Procès verbal du 19 Février 1789, 9 heures du matin.

(2) Adresse des députés extraordinaires de Bordeaux. — Inventaire des fonds de la Chambre de Commerce de Guienne, C. 4384.

Page 1