‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 5 sur 71 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

mémoire de notre infortuné héros aurait dà alors briller, dans notre histoire, pure de tout alliage.

Mais, il y en a, vraiment, pour lesquels, non seulement la vie, mais même la mémoire, semblent vouées à Véternelle persécution !

En 187^, un historien anglais [i) déclara, un beau Jour, qu'il existait à Londres, dans les arcanes de /'India Office, une preuve jusqu'alors inconnue, un fait nouveau, démontrant la culpabilité du héros de Madras, et l'erreur du jugement qui prononça son acquittement.

Depuis lorSf tous nos historiens contemporains ont, de confiance, accepté cette posthume et nouvelle accusation. Grâce à la bienveillance de M. le Ministre des Affaires Etrangères et de M. l'Ambassadeur de France à Londres, j'ai pu me procurer les prétendus documents révélateurs.

Et c'est pour cette raison, surtout, que j'écris Vhistoire de la Bourdonnais — histoire que ces précieux documents pourront, je l'espère, mettre définitivement au point.

Liée intimement avec l'histoire de la trop célèbre Compagnie des Indes, dont on parle beaucoup et qu'on connaît fort peu, cette biographie, croyons-nous, offre aussi un intérêt tout spécial à notre époque où les efforts de la France se tournent à nouveau vers l'expansion coloniale.

En étudiant les diverses phases de la Compagnie des Indes, nous verrons comment nous sommes arrivés à perdre le magnifique empire colonial qu'avait créé, aux Indes, le génie de Dupleix et de la Bourdonnais, et dont seuls les Anglais ont profité :

... En quo discordia cives Produxit miseros t En queis consevimus agros I

(î) Histoire des Français dans l'Inde, par le colonel Malleson, 1574, Paris^ uhrairie de la Société bibliographique.

Lei dhetôei CompagnicA deà- Inde&'

Ls prestige de l'Inde. — Premières expéditions des Français dans l'Inde (1503).

— Première Compagnie des Indes (l' Juin 1604). — Nouvelle Compagnie des Indes t2 juillel 1G15). — Troisième Compagnie des Indes (lettres patentes du 2tjnin 1642). — Madagascar. — Démembrement de l'empire Mongol. — Louis XIV conBllllIe une nouvelle Compagnie des Indes (août 16U). — Ses principaux stntulR. ~ Sun droit de faire la course. — Ordonnances des 3 novembre 16S2 et 19 Janvier 1695 réglementant ses parts de prises, ~ Première expédition île la nouvelle Compagnie des Indes, vers Madagascar,

— Caron, chef de l'eipédltion. — Sa rivalité avec Mascara. — François Martin fonde Pondicliér)', Siège de celte place par les Hollandais, —

— Traité de Ryswirk (29 septembre 1607),

Longlcmps avant les Diipicix et les la Bourdonnais, dont le génie dota la France d'un inagniliqnc empire dans l'Inde, de hardis navigateurs, partis de nos ports, avaient eu, ù difTérentes reprises, la vision de cette lointaine et prestigieuse contrée. Et, de retour chez eux, ils l'avaient décrite comme un véritable pays de légende : tels ceux dont on parle dans les contes des • Miile et une nuils ».

L'Inde, racontaient-ils, était le berceau d'une flore enchanteresse, inconnue k nos climats : le cocotier, le palmier, le bananier, le bois d'ébène... Elle était la patrie de toute une faune étrange, le pays de la tortue, du crocodile et de l'éléphant... L'Inde était surtout le pays des élofTes rares et des métaux précieux ; du cachemir et de la soie ; des pierreries et de l'or.

Ils disaient vrai.

La succession des âges, ainsi que le constatent les historiens musulmans, avait, en effet, entassé dans Flnde, av^nt l'ère des invasions, d'incalculables trésors, et on serait porté à traiter de fables les récits qu'il nous font à ce sujet, si des événements relativement récents ~ ainsi le butin enlevé de Delhi, par Nadir — ne venaient leur apporter, après des siècles, une éloquente force probante.

Du reste, pour esquisser seulement la magique invraisemblance des fabuleux et cependant très véritables trésors de rinde, bien dignes de tenter les moins enthousiastes imaginations, qu'il nous suffise de rappeler le butin qu'un simple chef de bande, Mélik-Kafour, ramena, en 1311, d'une expédition, dans le Canara. Ce butin consistait en 320 éléphants, 20.000 chevaux, 10 millions de pièces d'or, et d'innombrables boîtes précieuses remplies de pierres fines et de perles d'un grand prix.

Aussi, plus encore que la majesté de son empire, la beauté de son ciel, la splendeur de ses édifices, le mystère de ses pagodes et de ses divinités, la grâce pittoresque de ses aidées, c'était la perspective d'un trafic éminemment rémunérateur, c'était l'intense et éternel amour de la richesse qui attirait vers elle l'esprit aventureux de nos ancêtres.

Parmi les grandes puissances de l'Europe, la France cependant n'avait été, en réalité, que la quatrième à tourner vers elle son activité et ses efforts. Il est vrai, par contre, qu'elle fut la première, grâce au génie de Dupleix, à asservir à une volonté européenne cet immense empire mogol, et à s'assurer du concours de ses indigènes, pour en perpétrer la conquête.

Avant la France, en tous cas, le Portugal, la Hollande et l'Angleterre avaient récolté des avantages considérables de leurs établissements dans Tlndoustan.

Ce fut -seulement en 1503, sous le règne de Louis XII, que

deux navires français, affrétés par des armateurs de Rouen, entreprirent un premier voyage pour les Indes. Ce début, du reste, ne fut pas heureux. Une fois partis, ces deux vaisseaux ne donnèrent plus jamais de leurs nouvelles. Plus tard, François I**" et Henri III exhortèrent, à maintes reprises, leurs sujets à entreprendre des voyages aux Indes ; mais il n'apparaît pas, dans Thistoire, que ces deux souverains aient obtenu le moindre résultat.

Enfin, sous Henri IV, une Compagnie de marchands flamands (1) résolut de faire, à ses frais, le commerce avec rinde. A la tête de cette Compagnie se trouvaient les nommés Godefroy et Gérard Leroy qui avaient déjà accompli différents voyages vers ce lointain pays, pour le compte des Hollandais.

Ils s'adressèrent au roi qui, par décret du 1" juin 1604, agréa les statuts de la nouvelle société, consacra pour douze années son existence, et lui donna le monopole exclusif du commerce avec l'Inde, au delà du cap de Bonne-Espérance. Le roi, en outre, lui désigna le port de Brest, pour la construction de ses navires, et renonça,. pour mieux favoriser le développement de la nouvelle société, à ses droits d'aubaine, de déshérence et tous autres droits lui appartenant sur les étrangers. Il décida enfin que tous ses seigneurs, chevaliers, barons et gentilshommes, pourraient en faire partie, sans déroger à leur noblesse ou perdre leurs privilèges et qualités.

Par suite de la mésintelligence entre ses associés et la pénurie de ses ressources, cette première Compagnie des Indes n'arriva même pas à pouvoir faire sortir du port un seul navire. Aussi, sous le règne de Louis XIII, Jacques Muisson et Ezéchiel de Canis, marchands de la ville de Rouen, demandèrent-ils au roi la révocation à leur profit du

(1) Propositions faites par le roi Henri IV, en vue de l'établissemeift d'une Compagnie des Indes. (D*aprës une copie tirée des archives de la Marine. Voir notre première pièce Justificative).

4 mâH£ de la bourdonnais

privilège concédé par Henri IV à Godefroy et Gérard Leroy, qui avaient su si mal en profiter.

Ces derniers supplièrent le roi de maintenir leur privilège, alléguant qu'ils avaient déjà fait des frais considérables, pour faire venir et armer des navires, dans le port de Brest. Le roi qui voulait, avant tout, favoriser le commerce avec rinde, écouta leurs doléances, tout en ne repoussant pas la supplique des marchands rouennais. En d'autres termes, régnicoles et aubains, Jacques Muisson, Ezéchiel de Canis, Godefroy et Gérard Le Roy furent tous placés sur le même pied, et au lieu de révoquer le privilège concédé aux uns, le roi rétendit aux autres, par décret du 2 juillet 1615 (1).

Comme sa devancière, la nouvelle Compagnie eut le monopole du commerce avec l'Inde, au delà du cap de Bonne- Espérance, et avec autant de vaisseaux qu'elle voudrait armer. Ces vaisseaux, dans le décret du roi, furent appelés « La flotte de Montmorency », du nom de « son bien-aimé cousin, le duc de Montmorency, pair et amiral de France et de Bretagne, »

Le siège de la nouvelle société fut établi à Paris, et, de suite, celle-ci se mit sérieusement au travail.

Ainsi, dès Tannée 1616, put-elle affréter pour l'Inde deux beaux vaisseaux, l'un commandé par le Commodore de Nets, et l'autre par le capitaine Beaulieu.

Malgré l'opposition des Hollandais et la perte du navire commandé par de Nets, l'entreprise fut plutôt heureuse. Aussi, en 1619, une seconde escadrille de trois vaisseaux, appelés le Montmorency, VErmitage et VEspérance, reprit le chemin des Indes, sous la direction du capitaine Beaulieu qui, malgré la nouvelle opposition dés Hollandais, mena également à bonne fin cette seconde campagne.

(1) I|jettres patentes du roi Louis XIII, pour la première Compagnie des Indes Orientales, copiées sur les registres du Parlement intitulés : 2 volumes des Ordonnances royales, cottes AAA, fol. 230. (Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris.) (Voir notre deuxième pièce justiOcative.)

Désormais^ il nous faut attendre le règne de Louis XIII, pour constater un nouvel effort tenté vers les Indes. Alors, sur Tinitiative du cardinal de Richelieu, et par lettres patentes du 24 juin 1642, fut fondée une nouvelle Compagnie à laquelle fut concédé, pour vingt années, le monopole du traflc au delà du cap de Bonne-Espérance.

L'objectif de la nouvelle Compagnie fut l'île de Madagascar.

Madagascar, aujourd'hui une de nos plus belles colonies, est, on le sait, une grande île de la mer des Indes, située à six cents kilomètres de la côte orientale de l'Afrique, dont elle est séparée par le canal de Mozambique. Le climat y est salubre; la végétation luxuriante ; le sol fertile en mines diverses.

Découverte au Moyen-Age, en 1298, par Marco-Polo, l'île de Madagascar ne tarda pas à s'envelopper à nouveau dans les brouillards de l'oubli, d'où elle ne ressortit momentanément que le 10 août 1506, époque à laquelle les Portugais y tentèrent une nouvelle entreprise sous la conduite de Fernand Suarez.

A la même époque, l'île fut également visitée par une escadre française qui, sous le commandement de Tristan de Cunha, continua bientôt sa route vers l'Est, estimant, après un examen sommaire de la. topographie locale, qu'il n'était pas opportun pour nous d'y créer un établissement.

Deux ans plus tard, les Portugais y établirent un poste qui fut massacré par les naturels.

Ce fut en 1642 seulement, qu'aborda à Madagascar le premier vaisseau affrété par la C^pagnie des Indes. Tout comme Tristan de Cunha, son équipage estima que les riches productions de l'île ne convenaient pas à l'alimentation des Européens. Il s'attira, du reste, bien vite l'inimitié des naturels, a^'ant eu le tort d'en déporter un certain nombre à Maurice, pour les réduire en esclavage. Ainsi échoua l'expédition.

Nous voici au règne de Louis XIV.

Tout comme autrefois l'immense empire de Charlemagnc, le fastueux empire mogol — l'empire d'Aureng-Zab — est

arrivé à l'heure fatidique du démembrement. De toutes parts il se disloque, et l'Inde est le théâtre de la plus étonnante révolution politique.

Qui va relever le sceptre tombé à terre ? Par hasard, seront-ce les nababs, grands feudataires du Mogol ? Sera-ce le chef des Marhattes, ces barbares étranges, audacieux comme les Normands dont ils rappellent le souvenir ? Ne sera-ce i)oint, au contraire, une des nations européennes installées dans l'Inde, c'est-à-dire l'Angleterre ou la France ?

Est-ce que Louis XIV, si judicieusement inspiré par Colbert, son éminent ministre, a deviné que la fondation d'un empire franco-indien était loin d'être une chimère ? A-t-il pressenti qu'avec de l'or, des- navires, de la volonté ; qu'avec le merveilleux prestige qui auréole toujours la couronne de France, il y a là une grandiose œuvre de politique coloniale, facilement réalisable ?

Dans l'extraordinaire oligarchie qui divise ce lointain pays, ne voit-il, au contraire, tout simplement, qu'une merveilleuse occasion d'étendre notre commerce maritime et de développer la richesse du royaume ?

Question fort délicate I En tous cas, il est vraiment curieux, à cette page de notre histoire nationale, de voir celui qu'on nomme pompeusement le Roi-Soleil, se laisser attirer par le prestige et les merveilles de l'Orient, au point de prendre lui-même l'initiative d'une société commerciale dans laquelle, en insistant personnellement, il va faire entrer, non seulement les principaux négociants, mais les plus orgueilleux gentilshommes de son royaume.

La nouvelle Compagnie des Indes ainsi créée par Louis XIV, date du mois d'août 1664 (1).

(1) Edit du roi portant établissement d'une nouvelle Compagnie pour le commerce des Indes Orientales, avec les arrests d'enregistrement. Enregistré par le Parlement, le 1" septembre 1664, par la Cour des Comptes le 11 septembre 1664, par la Cour des Aydes le 22 septembre 1664. Voir notre 3' pièce {ustificativç.

Plusieurs mois déjà avant sa constilution, on avait choisi, dans une assemblée générale tenue à Paris, douze syndics chargés d'écrire aux principales villes du royaume, pour leur demander leur adhésion.

Portés ensuite à quinze — trois pour la ville de Rouen, deux pour la ville de Lyon ; un pour les villes de Nantes, Saint-Malo, La Rochelle, Bordeaux, Marseille, Tours, Caen, Dieppe, Le Havre et Dunkerque, — ces syndics furent invités à se trouver à Paris, au mois de décembre suivant, pour composer, avec les directeurs de la compagnie, la chambre de direction générale, et choisir les villes où il conviendrait d'établir des chambres de dîVection particulière.

Les directeurs, au nombre de vingt-et-un, furent élus pour sept années : douze étaient de Paris, où se trouvait la direction générale ; neuf appartenaient à la province.

Pouvaient faire partie de la société, les régnicoles aussi bien que les aubains ; les roturiers aussi bien que les gentilshommes ; et ces derniers, en y entrant, ne dérogeaient pas à leur noblesse.

Chaque part sociale était de mille livres, et les valeurs de la Compagnie, sauf pour dettes sociales, étaient déclarées insaisissables.

Seule, désormais la nouvelle Compagnie des Indes pourrait faire le négoce dans toutes les Indes et les mers orientales, par delà le cap de Bonne-Espérance, et ce, pendant cinquante ans, à compter du jour où ses premiers vaisseaux sortiraient du royaume (1).

Elle était affranchie de toute redevance, et le roi qui lui assurait, pour faciliter ses opérations commerciales, l'appui de ses vaisseaux et de son armée, prenait également l'engagement de lui rembourser toutes les pertes qu'elle pourrait éprouver, durant les dix premières années. Grâce à la garantie

(1) Edit précité.

du gouvernement, toute crainte dln succès paraissait donc écartée (1).

Toutes les îles, places, territoires qu'occuperait la compagnie des Indes, lui appartiendraient, en toute propriété, seigneurie et justice. De suite, enfin, le roi lui concédait Madagascar et toutes les îles circonvoisines.

Toutefois — et on reconnaît ici l'œuvre de la France d'alors, la fille aînée de l'Eglise, que gouverne le roi très chrétien — la Compagnie devrait, aussi bien à Madagascar que dans toutes ses possessions, établir des ecclésiastiques et bâtir des églises, en nombre suffisant pour assurer le service de la religion catholique. Il était même entendu, d^ns ce même ordre d'idées, que tous les naturels qui se convertiraient à la foi catholique, jouiraient des mêmes avantages que les régnicoles (2).

La Compagnie pouvait armer autant de navires de guerre et de commerce qu'il lui convenait, et, à l'arrière de ceux-ci, elle pouvait arborer le pavillon blanc, aux armes de la France (3).

Elle avait également le droit d'établir des garnisons et recourir aux armes pour se maintenir dans ses conquêtes, défendre les injures qui pourraient lui être faites, assurer la liberté de son commerce et de sa navigation.

Tous ceux qui iraient aux Indes, jouiraient des mêmes privilèges que ceux de la Mère-Patrie. Après huit années de séjour, les ouvriers de là-bas seraient réputés « Maistres de chefsdœuvre en toutes les villes du royaume, » Tous ceux enfin qui s'acquitteraient bien de leurs fonctions, seraient gratifiés de distinctions honorifiques, transmissibles à leurs héritiers (4).

Tels étaient les principaux statuts de la nouvelle Compagnie des Indes, gigantesque maison d'armement dont un des traits caractéristiques était non seulement de faire le commerce

(1) Edit précité.

(2) Ibidem.

(3) Ibidem.

(4) Ibidem.

mais aussi la Course. Et, pour faire la Course, sou principal associé était TEtat. Et c*est là, sans contredit, dans lliistoire de la Course, un des points les moins connus et les plus curieux.

Si le roi avait promis à la Compagnie des Indes Tappui de ses vaisseaux et de ses troupes, cet appui, en effet, était loin de lui être concédé à titre purement gracieux.

Ce fut d'abord une ordonnance du 3 novembre 1692 (1) qui régla cette question, attribuant, par préciput, aux vaisseaux du roi, un dixième sur le produit des prises.

À cette première ordonnance, en succéda bientôt une seconde, en date du 16 janvier 1695, « portant que, sur le produit des prises faites par les vaisseaux du roi, le cinquième sera prélevé par préciput pour être distribué aux offîciers et équipages de Sa Majesté et le surplus du produit des dites prises partagé entre les vaisseaux de Sa Majesté et ceux de la dite Compagnie (2). »

Le vieux Code des Prises est, au surplus, fort intéressant à consulter tout entier sur tous ces points.

Tels sont les rouages principaux qui, tant au point de vue politique^ qu'au point de vue religieux et administratif, devaient assurer le fonctionnement de la Compagnie des Indes.

Ce fut encore vers Madagascar que celle-ci dirigea ses premiers efforts et, le 7 mars 1665, elle y envoya de Brest quatre beaux vaisseaux qui y abordèrent le 10 juillet suivant : ils étaient commandés par François Caron.

Les nouveaux colons commencèrent par débaptiser Tîle appelée alors Vile Saint-Laurent, et la nommèrent Vile Ikmphine, en l'honneur du Dauphin de France. Cependant, entravés comme leurs devanciers par le climat, la nature du sol et surtout rhostilitc des indigènes, ils perdirent bientôt tout espoir de colonisation et, en 1672, se laissèrent, pour la plu-

(1) Code des Prises, !'• partie, à Paris, de rimprinierîe Royale MDCCI,XXXIV.

(2) Code des Prises, précité.

part, massacrer dans le fort Dauphine. Alors, leurs survivants se contentèrent d'aller fonder un petit établissement dans rîle de Mascarenhas, à FEst de Madagascar.

L'année suivante, Mascara, l'émule et l'auxiliaire de Caron, partit pour la cour du roi de Golconde où, malgré la rivalité des Anglais et des Hollandais, il obtint un firman autorisant la compagnie française à négocier, dans toute l'étendue de son royaume.

Jaloux de ce brillant résultat, Caron déprécia Mascara auprès de Colbert. Mascara, il est vrai, arriva facilement à se justifier, mais désormais la mésintelligence, née de l'envie, les divisera tous deux, et jusqu'à la fin ce sera l'envie qui sera la cause première de tous nos revers, jusqu'au jour où nous perdrons même, pour cette raison, notre magnifique empire franco-indien.

Cependant, Caron ayant fait connaître à Colbert les avantages qu'ofirirait le commerce des épices, le détermina à entreprendre une grande expédition sur la côte de Ceylan. Une flotte entière, commandée par l'amiral Lahaye, ancien gouverneur général de Madagascar, fut mise à la disposition de Caron. Cette flotte, en 1672, échoua dans une expédition contre la Pointe-de-Galle, mais arriva à s'emparer de Trinquemale et Saint-Thomé, sur la côte de Coromandel.

Malheureusement, la garnison de Trinquemale fut bientôt obligée de se rendre aux Hollandais, et nos nationaux ne purent conserver de leurs conquêtes que Saint-Thomé. Alors, Caron, jalousé à son tour, fut soupçonné de malversations et dénoncé au ministre par les directeurs de la Compagnie.

Invité en termes hypocritement flatteurs à revenir en France, il s'embarqua, sans défiance, en 1673, pour Marseille, porteur de toutes les richesses qu'il avait amassées. En route, il apprit le piège qui lui était ten^u. Aussitôt, il s'empressa de cingler vers Lisbonne où son navire se perdit, corps et biens, en arrivant dans ce port.

L'âme véritable de l'entreprise contre la Pointe*de-Galle et Trinquemare, avait été François Martin qui, comme Caron, avait appris à connaître Tlnde, alors qu'il était au service de la Compagnie hollandaise. Martin recueillit sa succession politique : succession fort lourde, car les Hollandais, irrités de l'attaque dirigée par la Compagnie contre leurs possessions de Ceylan, finirent par convaincre le roi de Golconde d'aller mettre le siège devant Saint-Thomé.

Forte seulement de 600 hommes, la garnison de cette place résista héroïquement à l'armée indigène, ainsi qu'à la flotte hollandaise, et ne se rendit que faute de vivres, avec les honneurs de la guerre et l'autorisation de se retirer où elle voudrait.

Profitant de cette autorisation qui était, sans contredit, une grande faute de la part des Hollandais, la plus forte partie de la garnison se retira à Surate. Quant à Martin, il s'en fut avec 60 hommes et tout le trésor de Saint-Thomé, dans la concession précédemment acquise par la Compagnie des Indes, au nord du Coléroon.

Là, il contruisit un village : ce village est Pondichéry.

Rapidement, grandit la prospérité de la nouvelle ville, d'autant qu'un prince indigène, appelé Shère-Kan, lui fit bientôt cession de tout son district, en retour d'une somme d'argent que Martin lui avait prêtée, au moment où, avec ses héroïques compagnons, il quittait Saint-Thomé.

Martin, cependant, eut à soutenir de longues luttes politiques et guerrières, aussi bien contre les princes indigènes que contre les Hollandais qui voyaient avec un œil infiniment jaloux, grandir la nouvelle cité.

Ces derniers, avec une flotte considérable qui, sans parler des autres navires, comptait déjà dix-neuf vaisseaux de ligne, vinrent mettre le siège devant Pondichéry.

C'était au mois d'août 1693. Le 6 septembre, après une résistance de douze jours, Martin dut se rendre, et ainsi sç

termina, en apparence pour toujours, la tentative faite par la France pour s'établir sur la côte de Coromandal, tentative, en tous cas, absolument glorieuse et inespérée, car elle émanait, en réalité, de soixante colons qui, grâce à leur énergie, grâce à Tintelligence de leur chef, étaient arrivés, pendant 17 ans, à se faire respecter des indigènes. (

Cependant, le 21 septembre 1697, le traité de Ryswich stipula la restitution réciproque de toutes les villes fortes que s'étaient enlevées la France et la Hollande. Alors, Martin qui, de retour en France, avait fort justement été comblé d'honneurs et de distinctions, fut renvoyé à Pondichéry, en qualité de commandant de place.

Grâce à son talent d'administrateur, il fit, bien vite, de Pondichéry, une grande et belle cité dont la prospérité était son œuvre exclusive. Véritable devancier de Dupleix, il avait su, en effet, le premier, s'attirer la sympathie de toutes les peuplades voisines.

Il est vrai que cette prospérité ne s'étendait guère au-delà des murs de Pondichéry.

De Madagascar, comme nous l'avons vu, la direction des affaires françaises avait dû, en 1672, émigrer à Surate où, finalement, le commerce devint si languissant qu'il nous fallut abandonner cette factorerie. En quittant le pays, la Compagnie ne put même pas payer ses dettes. C'est pourquoi, les négociants de Surate s empresseront-ils bientôt de saisir les navires des Malouins, quand ceux-ci, subrogés dans les droits de la Compagnie des Indes devenue insolvable, se présenteront, sans défiance, dans ces parages.

Mais quel fut, au juste, le rôle des Malouins dans la Compagnie des Indes ? C'est là le point qui se présente ici, logiquement, à notre examen.

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