‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 8 sur 71 · CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIÏ

Soud Louiô XV. — Dupleix et la nouvelle Compagnie Petpétuelle ded Indeô.

Mort de Louis XIV. — La dette nationale. — La Régence. — Le système de Law. — La nouvelle Compaguie des Indes (mai 1719) et la suppression du privilège des Malouins. — Les Mères, les Filles et les Petites-Filles. — Dans la rue Quincampoix. — Panique. — Seconde prise de possession de Tlle de France par Garhier du Fougeray (23 septembre 1721). Contestations à ce sujet entre les historiens. — Analogie avec la prise de possession du Canada, par Jacques Cartier. — Rapports de la Compagnie des Indes avec Pondichéry. — Le Noir et Beauvallier, successeurs de Martin. #- Le Conseil Supérieur. — Dupleix : son enfance, ses premiers voyages. — Il entre à la Compagnie des Indes, devient secrétaire de Le Noir et gouverneur de Pondichéry.

Cependant, en France, la misère était toujours générale.

La maladie décimait le royaume. Non seulement les affaires de rinde mais toutes celles du pays étaient dans le marasme le plus absolu. Quand, le l®*" septembre 1715, le vieux roi Louis XIV vint à mourir, il laissait derrière lui une dette publique dépassant 2 billions : chiffre considérable pour l'époque.

Un mois après sa mort, le duc d'Orléans, à qui était incombée la régence, crut trouver la prospérité et le salut dans un nouveau système financier que vint lui proposer un jeune Ecossais, nommé Law.

Le système de Law consistait ça deux rouages distincts ;

1» Une banque destinée à recevoir les fonds de l*Etat et des particuliers. 2^ Une compagnie de commerce qui, en faisant fructifier ces fonds, devait en augmenter définitivement le crédit.

Cette compagnie fut fondée en 1717, après la promulgation d'un édit portant suppression du dixième. Son but immédiat était Texploitation de la baie d'Hudson, des déserts arrosés par le Mississipi, de la Louisiane que Ton disait riche en mines d'or et d'argent (1).

Law lui fit donner plus tard le privilège du commerce du Canada ; celui du Sénégal pour la traite des nègres ; celui de la navigation et du négoce dans toutes les mers de l'Orient, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la Chine; la fabrication des monnaies pour tout le royaume.

Les souscripteurs apportèrent un capital s'élevant à 100 millions et représenté par 200.000 actions de 500 livres. Les actions appelées les mères étaient payées pour un quart en argent et, pour le solde, en billets d'Etat qui perdaient 70 Vo. Law en absorbait ainsi pour une somme de 75 millions. Il s'engageait à élever les autres au pair et à éteindre la dette remboursable.

Afin de tenir sa promesse, il fit, l'année suivante, par édit du mois de mai 1719, réunir sous le titre de Compagnie des Indes, sa Compagnie et diverses autres Compagnies ruinées : C»~ d'Afrique, du Sénégal, etc. (2).

Voici les curieux motifs que donne le roi pour la création de cette nouvelle Compagnie.

« Les particuliers qui ont acquis le privilège de la Compagnie, étant chargés de lui payer un droit de 10 «/o, ne peuvent faire un commerce de concurrence avec l'étranger.

(1) Histoire de France pendant le XYIW siècle^ par LacreteUe, tome l". Paris, 1819. Delaunay, éditeur, page 280 et suivantes.

(2) Edit du roi pour la constitution d'une nouveUe Compagnie des Indes. (Voir notre pièce justificative n* 5.)

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D'ailleurs, dans la crainte d'être arrêtés pour les dettes de la Compagnie, ils n'osent envoyer leurs vaisseaux à Surate, ville principale du Mogol, d'où se tirent les cotons en laines et filés, et presque toutes les drogueries et épiceries des Indes et de l'Arabie : en sorte que nos sujets sont obligés de tirer de l'étranger la plus grande partie des marchandises des Indes, qui se consomment dans le royaume, et de celles propres pour le commerce de la côte de Guinée et du Sénégal, qu'ils payent au triple de la valeur, et se voient frustrés pour toujours de l'avantage d'avoir dans le royaume ces sortes de marchandises.

« Nous avons été aussi informé que la Compagnie particulière de la Chine, établie par arrêt de notre Conseil du 28 novembre 1712, et par les lettres patentes expédiées en conséquence, le 19 février 1713, et qui faisait ci-devant partie de la concession de la dite Compagnie des Indes, n'a fait aucun usage du privilège exclusif qui lui a été attribué, et que ce commerce est encore dans un plus grand dérangement, s'il est possible, que celui des Indes.

« Ce serait manquer à ce que nous devons à nous-même et à nos sujets, de laisser subsister plus longtemps un pareil désordre dans un^des plus considérables commerces de notre royaume, et nous avons vu qu'il était convenable au bien de notre Etat de rétablir et d'augmenter le commerce des Français aux Indes, et de conserver l'honneur de la nation, en payant à ces peuples les dettes contractées par la Compagnie.

« Pour parvenir à l'exécution de ce dessein, nous avons résolu de supprimer les privilèges accordés aux Compagnies des Indes et de la Chine, et de les réunir à celle d'Occident.

« L'établissement de cette Compagnie, formée depuis quelque temps, la protection que nous lui accordons, sa bonne administration, le crédit qu'elle s'est acquise, les fonds considérables qu'elle aura par la jonction de ces différentes

Compagnies, tous ces avantages nous font juger que nous ne pouvons remettre en de meilleures mains le commerce des Indes et de la Chine ; d'ailleurs, par ce moyen et par la jonction qui a été faite à la Compagnie d'Occident de celle du Sénégal, nous réunissons, dans une seule Compagnie, un commerce qui s'étepd aux quatre parties du monde. Cette Compagnie trouvera dans elle-même tout ce qui sera nécessaire pour ' faire ces différents commerces, elle apportera dans notre royaume les choses nécessaires, utiles et commodes, elle envoyera les superflues à l'étranger ; elle entretiendra la navigation et formera des officiers, des pilotes et des matelots ; et toute sa Régie se faisant dans le même esprit, il en naîtra l'union et l'économie dont dépend le succès de toutes les entreprises du commerce. »

Ainsi se trouva, comme voie de conséquence, enlevé aux Malouins le privilège qui leur avait été concédé et dont ils avaient su faire profiter grandement le pays, en dépit de la déclaration contraire qui se trouve dans le décret royal.

Cependant, le rachat des différentes Compagnies fut couvert par une émission de 50.000 actions à 500 livres qu'on appela les filles.

Vint ensuite une troisième émission de 50.000 actions nouvelles, les petites filles, destinées à acheter le monopole du commerce maritime, de la ferme du tabac, des cinq grosses fermes et de la refonte des monnaies.

A cette troisième émission, succédèrent deux emprunts de l'Etat.

Ensemble, 324.000 actions.

A la suite de ces émissions, Law put prêter au roi un milliard 50 millions en actions, afin de rembourser les dettes de l'Etat.

Aussitôt, on crut la situation sauvée. Bien plus, on crut à la fortune.

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A chaque nouveau privilège acquis par la Compagnie, son papier montait. Les spéculateurs s'écrasaient dans la rue Quincampoix. Law était le dieu du jour, Tidole de la France.

Cependant, on finit par comprendre le vice d'un système financier qui confondait la richesse fictive, avec la richesse réelle. Le bruit se répandit qu'il n'y avait pas de mines d'or au Mississipi, mais seulement des brouillards.

Les spéculateurs avisés s'empressèrent de réaliser. Bien vite, ce fut la traînée de poudre. Une catastrophe était imminente. Alors la Compagnie offrit de reprendre tous les billets et de les rembourser, sur le prix de 50 millions, payables en douze termes mensuels, à la condition que ses privilèges commerciaux deviendraient perpétuels.

Cette offre fut acceptée par édit royal du mois de Juin 1720, et la Compagnie prit alors le titre de Compagnie perpétuelle des Indes,

Cependant, le Parlement refusa d'enregistrer cet édit royal. La Compagnie dut alors se réorganiser en simple société commerciale privée. Les actions tombèrent à 2.000 francs. Son droit de battre monnaie lui fut enlevé, ainsi que celui de percevoir les revenus de l'Etat. Law dut s'enfuir. Les propriétés de la Compagnie furent saisies et des régisseurs furent chargés de liquider sa situation.

De la gestion de ceux-ci, il résulta qu'en 1723 la Compagnie des Indes était devenue une simple société de commerce, au capital de 112 millions, et ne possédant plus, de tous ses avantages passés, que le monopole du tabac.

Pendant ce temps, quels furent les principaux événements extérieurs dus à l'initiative de la Compagnie ?

Elle recourut immédiatement aux Malouins, ainsi qu'avait fait sa devancière, et un de ses premiers, actes fut d'envoyer l'un d'eux prendre à nouveau, au nom du roi, possession de l'île Maurice.

32 MAHÉ DE LA fiOUEDONNAlS

Le choix de la Compagnie s'arrêta sur Jean-Baptiste Garnier du Fougeray (1).

Ce hardi navigateur, issu d'un Jean Garnier, sieur de Chambreux, qui commandait en 1535 un des navires composant la flotte de Jacques Cartier, aborda à Tile Maurice le 23 septembre 1721, avec le navire le Triton.

Garnier du Fougeray, qui était un ancien officier de Dufresne et commandait alors le navire le Chasseur, avait été témoin de la prise de possession de 1715.

Aussitôt débarqué à l'île Maurice, « il fit célébrer la messe, dit l'abbé Manet (2), en prit solennellement possession pour Louis XV, et lui imposa le nom d'Ile de France qu'elle a toujours conservé depuis. »

Un savant historien malouin, Charles Cunat (3), conteste cette seconde prise de possession et dit qu'il n'en a été conservé aucun souvenir à l'Ile de France, d'où il était cependant originaire et où il eut même l'honneur de représenter Saint- Malo, au moment de la fête séculaire qui y fut célébrée en 1816, en mémoire du centième anniversaire de la prise de possession de l'île Maurice par Guillaume Dufresne (4).

Pour mettre au point cet intéressant côté de notre histoire maritime, et établir qu'en la circonstance c'est le docte abbé Manet qui avait raison contre Charles Cunat, je ne puis faire mieux que de reproduire ci-dessous le procès-verbal même qui relate cette prise de possession, et se trouve inséré au registre du Conseil provincial de l'île Bourbon (5).

(1) L'abbé Manet et Charles Cunat. Ouvrages précités. (Bibliothèque municipale de Saint-Malo).

(2) L'abbé Manet. Hommes de mer et de guerre, ouvrage précité. (Bibliothèque municipale de Saint-Malo).

(3) Charles Cunat. Saint-Malo illustré par ses marins, ouvrage précité. (Bibliothèque municipale de Saint-Malo).

(4) Voir le récit détaillé de cette fête, journal la Vigie de l'Ouest, n* du 21 juillet 1843. Récit de M. Cunat. (Bibliothèque municipale de Saint-Malo).

(5) Registre du Conseil Provincial, de Tlle Bourbon.

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Prise de possession de l'Ile de France PAR Jean - Baptiste Garnier du Fougeray

(23 Septembre 1721)

a Sur risle aux Tonneliers, à la pointe qui forme l'entrée du port, est élevée une croix qui a trente pieds de haut, sur laquelle il y a trois fleurs de lys en relief et sur le bas de laquelle est gravé ce qui suit :

« Lilia fixa crucis capiti mirare sacratœ ne stapeas ;

hic Gallia stare crucem (1)

•f Anno MDCCXXi »

et de l'autre est écrit :

«r Dufoiigeray, Garnier^ de Saint-Malo, « commandant le Triton. »

€ Sur Tisle Maurice, vis-à-vis la dite croix, est arboré un pavillon blanc qui a dix-huit pieds de guindant sur trente de battant, lequel est élevé sur un arbre, laquelle peut avoir cinquante pieds, y compris la grille au pied de laquelle est une cordaille de chêne où est gravé ce qui suit :

t Vivat Ludovicus XV, rex Galliorum et Navarrœ! In œternum vivat! Hanc ipse insulam suis ditronibus volait adjungi illamque juré vindicaiam, in posterum insulam francicam numcupari, ingratiam honoremque tanti principi, istud vexillum niveum extulit Joannes Baptista Garnier du Fougeray, dux navis dictas le Triton, ex urbe San-Maclovio, oriundus in minore Britanniâ cum ipse appulerit die 23^ Septembris, anno 1721, unde 3^ Novembris eodem anno, in Gallium navigaturus, Deo favente, anchoras solvit (1). »

(1) Ne soyez pas étonné de voir la couronne de lys en haut de cette croix sainte, puisque c'est la France elle-même qui a fait élever cette croix.

(1) Vive Louis XV, roi de France et de Navarre. Puisse-t-il vivre à jamais ! Lui-même ayant donné Tordre d'c^outer cette île à ses domaines et de l'appeler à l'avenir File de France. Ce fut en Thonneur de ce grand prince qu'a été arboré ce drapeau blanc par J.-B. Garnier du Fougeray, capitaine du navire

« Nous, capitaine et officiers du vaisseau le Triton, certifions avoir vu planter la croix et arborer le pavillon blanc, auxquels est correctement gravé ce qui est dit d'autre part.

ce En foi de quoi nous avons signé le présent en triple, afin que l*un des procès-verbaux demeurât à Fisle Bourbon, pour être enregistré au greffe.

(c A Saint-Paul, ce 13« jour de novembre 1721. Signé : Dufougeray, Garnier, Jacques Hayes, J. Rouillatid, p''®, Cinq- Mars, Pinet, Des vaux, Léveillé, Nicolas Baudry, Porrée, L'Huillier de Moroland, Prarrosily, F. Forty.

« Enregistré par moi, Joseph Déguigné, le 11 décembre 1721. »

Il est vraiment fort curieux et édifiant de rapprocher cette prise de possession de File de France, par le pieux et vaillant du Fougeray, de celle que son aïeul, compagnon de Jacques Cartier, effectua sur les rives du Saint-Laurent, lors de la glorieuse découverte du Canada.

On le voit, en effet, c'est toujours la croix que nos pieux aïeux se plaisent à planter, au chant des cantiques, sur le rivage qu'ils viennent de découvrir.

Elle avait aussi trente pieds de haut, celle-là que Jacques Cartier avait édifiée, sur les bords du Saint-Laurent. « Et l'ayant élevée, dit Jacques Cartier lui-même, nous nous agenouillâmes tous, ayant les mains jointes, l'adorant à la vue de ces sauvages, et nous leur faisions signe en regardant et en leur montrant le ciel, que d'elle dépendait notre rédemption (1). m

le Tritotit et originaire de la ville de Saint-Malo, lequel est abordé en ce lieu, le 23 septembre 1721 et en est reparti le 3 novembre de la même année, pour retourner en France, avec Taide de Dieu.

(1) Au Berceau de l'Autre France, par Rouvier. Paris, Retaux et fils, éditeurs. Voir surtout Voyage de Jacques Cartier au Canada, bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDXXV et MDXXVI par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada... Réimpression figurée de l'édition originale rarissime de MDXLV, avec les variantes des manuscrits de la Bibliothèque impériale, par d'Avezac. Paris, 1863 Palais Royal. Imprimerie Tross.

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« Et, ajoute un distingué littérateur, il en planta de semblables, sur divers autres points où successivement il atterrit, affirmant de cette façon que s*il avait en son cœur l'amour de la patrie, il y portait aussi celui du Sauveur du monde (1). »

On le voit, ces hardis et pieux Malouins de 1535, héroïques compagnons de Jacques Cartier, avaient vraiment bien intimement transmis leur pieuse façon de conquérir les mondes, à leurs descendants du xviii*^ siècle.

Quelle belle et glorieuse déclaration de principes celle-là^ en effet, que du Fougeray trace, lui aussi, sur la croix de, trente pieds de haut qu'il se plaît à dresser sur les rives radieuses de la tant poétique Ile de France, dans les circonstances que nous venons de raconter I

« Passant, ne soyez pas étonné de voir la couronne de lys au sommet de cette croix sainte, puisque c'est la France elle-même qui a fait édifier cette croix, t

Mais ce qu'il importe surtout de résumer ici, ce sont les rapports de la Compagnie avec Pondichéry, son Comptoir principal.

En 1720, elle y avait expédié trois vaisseaux chargés d'or, d'argent et de marchandises précieuses.

Le gouverneur de Pondichéry était M. Lenoir, un des plus dignes successeurs de Martin. Désireux de rétablir le crédit de la Compagnie, il employa une partie de la somme qu'il reçut alors, à régler les dettes qu'elle avait laissées à Surate.

En 1723, la Compagnie à nouveau expédia à Pondichéry deux -navires dont l'un apportait la nomination de M. Beauvallier comme successeur de Lenoir.

Comme Lenoir qui, du reste, reprit son poste, le 4 septembre 1726, Beauvallier s'occupa de la prospérité de l'île, acheva ses fortifications, planta des avenues, édifia le palais destiné à servir de siège au Gouvernement.

(1) niidem.

Alors, le Gouvernement se composait d'un Conseil composé de cinq membres et présidé par le gouverneur. Celui-ci était une sorte de vice-roi qui, sous sa responsabilité, exécutait les ordres du Conseil dont il avait la présidence, ainsi que celle de la justice, la direction des affaires administratives et le commandement des armées. Nommé par la Compagnie, il recevait, en outre, du roi une sorte d'investiture.

En leur temps, les autres comptoirs de la Compagnie, Mahé, Chandernagor, Karikal et Calicut, s'organisèrent sur le même modèle ; leur Conseil, toutefois, demeurant sous la dépendance de celui de Pondichéry.

M. Lenoir qui, comme nous le disions, reprit son poste le 4 septembre 1725, était un négociant sagace, affable et sympathique. Il était très versé dans les affaires de l'Inde.

Son auxiliaire le plus intelligent, en qui il avait placé toute sa confiance, était un jeune homme nommé Dupleix.

Né le l**" janvier 1697, à Landrecies, dans le Hainaut français, Dupleix n'avait pas eu une enfance heureuse. Son père, qui était un riche fermier-général, était maussade, despote et surtout parcimonieux. Son plus ardent désir était que son fils devînt un gros négociant, gagnant beaucoup d'argent.

Or, le jeune Dupleix avait des goûts diamétralement opposés à ceux de son père. C'était un enfant mélancolique, ayant l'âme exaltée et des goûts artistiques. Son bonheur était de s'enfermer des heures entières dans sa chambre, et d'y jouer du violon. Ou bien, il aimait à rêver et s'égarer sous les vertes frondaisons et dans les belles vallées de la Sambre.

A son goût pour les arts, il joignait de remarquables dispositions pour les mathématiques et, dans ses promenades sur les remparts de Landrecies, qui ressemblait plus à une forteresse qu'à une ville, il s'était épris de l'art de la fortification.

Pour faire diversion aux penchants de son fils, Dupleix résolut de l'embarquer.

En 1715, le futur conquérant de l'Inde prit son premier

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engagement sur un navire de la Compagnie des Indes et fit, pour le compte de celle-ci, différents voyages successifs qui lui permirent de visiter l'Inde et F Amérique. A son retour, il sut charmer tout son entourage, par la précision de ses connaissances techniques et la couleur attrayante dont il savait colorer ses récits. Le père de Dupleix fut lui-même séduit au point de dénouer les cordons de sa bourse et d'acheter, pour son fils, à la Compagnie des Indes dont il était un des gros actionnaires, un poste de membre du Conseil supérieur et commissaire des guerres. Le titre était du reste plus ronflant que rémunérateur.

Nanti de ce titre et de la bénédiction paternelle, Dupleix partit pour Pondichéry où il ne tarda pas à s'attirer la confiance de Lenoir qui en fit son confident et son secrétaire.

Lenoir lui confia la comptabilité de la Compagnie, la correspondance avec la métropole et les nababs indiens. Ainsi, il arriva à découvrir les étranges errements de la Compagnie qui, négligeant de parti -pris l'importation des produits européens, se contentait d'exporter en France quelques affrètements acquis avec des fonds venant de ce pays. Alors, remédiant à ce défectueux système, il s'ingénia, au contraire, à écouler, sur les marchés de l'Inde, les marchandises venues de la métropole, et à faire afïluer ainsi les roupies dans la caisse sociale.

Après avoir occupé le poste de gouverneur de Chandernagor (30 septembre 1730), il finit par atteindre celui de Pondichéry. Puissant comme un monarque, il tint alors entre ses mains les rênes d'un véritable empire francoindien. Mais sa politique se heurta alors à celle de son glorieux rival, Mahé de la Bourdonnais, qu'il importe maintenant de faire entrer en scène.

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