ACTE TROISIEME
MAHOMET, appuyé sur sa Inuce et couvert de ses armos.
A présent, silence!
— 11 faut bien, compagnons, que vous pensiez cela Pour l'avoir dit devant les femmes qui sont làl Car toutes elles sont d'une race guerrière; Quand, dans une bataille on les voit en arrière. C'est pour fermer la route et ramener souvent,
A coups de javelots, les fuyards en avant.
— Vous demandez la paix? Mais il en est plus d'une. Vous craignez les retours soudains de la fortune. Vingt peuples jusqu'ici poussant leurs ra'gs épais, Et vous dites : Cédons, nous obtiendrons la paix! Qu'en savez-vous? Céder à la seule menace,
C'est rendre l'ennemi plus dur et plus tenace;
JN'on ! A moins que l'honneur d'un peuple n'ait vécu.
On n'offre pas la paix sans même être vaincu!
Quelle paix ce serait! hélas! La chute est prompte;
Qui n'aime plus la gloire aime bientôt la honte;
Toutes les peurs ei\ lui glacent le sang vermeil,
Et des rêves honteux tourmentent son summeil.
Au soupçon vil, au doute obscur, il s'habitue,
Et pour sauver sa chair, c'est son âme qu'il tue.
Non, d'une telle paix faite de tels affronts,
Je n'en veux pas! J'en veux une autre, et nous l'aurons.
Non pas la paix qui tremble et fait rougir l'histoire.
Mais la paix qui descend des ailes de la gloire!
Quoi! Quelqu'un tremble ici? Quelqu'un craint à ce point
Les Romains près de nous? — Je les trouvais trop loin!
Toute guerre me plaît, qui mettra moins d'espace
Entre nous et ces tils de la louve ra[iace.
Nos autres enneniis, Persans, Égyptiens,
Leur sort était fixé dans mes projets anciens :
Je vois mieux sous le ciel que Médine et la Mecque :
Je vois la péninsule italique et la grecque.
Je vois l'Asie ouverte après quelques combats,
Constantinople, clé de l'Europe, là-bas,
Puis PEspagne qu'un double océan enveloppe.
Et puis les profondeurs obscures de l'Europe!
C'est là qu'il faut aller, c'est là que nous irons!
Battre ces froides mers de nos fiers avirons,
A nos cbevaux guerriers ouvrir ce monde immense,
C'est Pœuvre de l'Islam, c'est moi qui la commence.
Pour atteindre un tel but, par un chemin pareil,
J'ai pris deux étendards, oui, Paigle et le soleil.
Symbole deux fois vrai de ma marche féconde,
Car l'un doit éclairer, l'autre saisir le monde!
— Omar, Abou-Becker, Ali, Safwan, tous,
Piépondez, compagnons de l'hégire, est-ce vous,
Combattants et vainqueurs de ces grandes journées
Où contre nous deux cents tribus étaient tournées,
Est-ce vous qui pourriez disputer en ce lieu
A moi Pheure présente et l'avenir à Dieu?
Ah ! si quelqu'un Posait, l'emportant vers sa tache,
Aux flancs de mon cheval j'attacherais ce lâche !
La guerre donc!