‹ Mahomet; drame en cinq actes, en versChapitre 79 sur 83 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

CllAXT LUGUBUE, au loin.

Tous deux dormiront Sous les palmes vertes, Les tombes ouvertes Les engloutiront...

Hélas !

La tomjje est profonde, Ils n'entendront pas, Sur les monts, là-bas, La foudre qui gronde...

llélas !

Ce cortège qui sort lugubre des murailles, Mon père, tu le vois ?

ABOU-BECKEH.

Ce sont les funérailles De Hafsa, de Hassan.

M.\nOMET.

Mes deux victimes, oui I .— Père, j"ai donc frappé l'innocent aujourd'hui Le Prophète a commis l'injustice suprême ! Maintenant, froidement je me juge moi-même. Ce qui va se passer, ce que je te dirai, Jure d'en bien garder le secret !

ab:;u-becker.

C'est juré.

Eh bien, toi qui seras l'héritiei' du Prophète,

Apprends comment il faut que jusLice soit faite,

Ce qu'on doit à soi-mènie, à son jieuple, au devoir,

Et garde le frisson de ce que tu vas voir!

Dieu ne veut i)lus de moi, Dieu me ])rise et me blâme,

Car je viens de descendre aux làclietés de l'âme!

Jusqu'où donc tomberais-je à présent, au milieu

De quel effondrement qui ferait honte à Dieu ?

Je deviendrais pareil, moi qu'un peuple vénère.

Aux lions aveuglés par un coup de tonnerre

Qui s'en viennent, captifs des ténèbres, domptés,

Conduits [lar un enfant aux portes des cités!

Ma force, mou iionneur, mon œuvre, mon génie,

Subiraient cette lente et hideuse agonie !

Le monde, avec mépris, peut-être avec effroi,

Apprendrait à douter des hommes tels que moi;

Aux plus grands, aux meilleurs il ne voudrait plus croire,

Et mon abaissement calomnierait la gloire!

>;on ! la Jionte pour rhomme après de tels condjats,

C'est de toujoars décroître et de tomber plus bas;

11 doit donc, haïssant sa chair vile et grossière.

Pu ri lier la fange en la faisant poussière !

Mahomet va mourir.

(Il va vers la coupe sous les éclairs plus rnpprochés.) ABOU-BECKEK.

Prophète, toi, mourir?

Non : renaître meilleur

Page 1