‹ Mahomet et la CoranChapitre 12 sur 50 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

envers lui, nous ne pouvons pas cependant le voir autrement que les mains teintes de sang et dans le cortège impudique de ses femmes. La politique peut bien ne pas s'émouvoir de ce singulier spectacle ; en général, ses héros ne sont pas même aussi scrupuleux que celui là. Mais la religion est plus exigeante, et les âmes ne se donnent point, quand elles sont un peu délicates, à qui n'a pas su dompter en soi de tels besoins, qui ne sont après tout que des souillures. Yoilà comment l'Islam n'a séduit que des races inférieures, et comment il est devenu l'horreur du Christianisme, bien qu'il en fût sorti et qu'il eût tout fait pour l'imitera

C'est que tout n'est pas également beau sur cette scène si diverse du monde. Les sociétés, les races, les gouvernements, les croyances, varient avec les latitudes et les temps. Le Christianisme lui-même, tout prodigieux qu'il est, paraissant quelques siècles plus tôt, n'aurait pas pu se développer, et selon toute apparence le germe en eût péri étouffé, bien qu'il contînt le salut du genre humain. Que dis-je ? Même à l'époque où il a paru, dans les conditions

* Danle est l'expression naïve de cette répugnance et de ce mépris des peuples chrétiens pour Tlslam, quand il inflige à Mahomet et à son cousin Aji unsupphce si atroce et si bizarre {Enfer, chantXXVLlI, stances 11 et suivantes), «pour avoir répandu le scandale et le schisme sur la terre. »

PREFACE. xxiii

OÙ il s'est montré pour sanctifier le monde, c'en était fait de lui s'il s'était dirigé vers l'Orient au lieu de marcher vers l'Occident. Saint Paul, arrêté sur le chemin de Damas et changeant sa route, est le symbole frappant de l'heureuse fortune du Christianisme. Transporté à Athènes, et surtout à Rome, le Christianisme respira l'atmosphère qu'il devait purifier, mais qui devait aussi le nourrir. Se confinant dans l'Asie Mineure, et cherchant à s'étendre vers la Mésopotamie ou la Perse, quel eût été son destin? L'exemple de l'Arabie nous l'apprend. Il n'eût trouvé dans ces déserts que des races abruties, qui l'eussent repoussé, parce qu'elles n'en étaient pas dignes; et le Christianisme languissant se serait contenté défaire nombre parmi tant d'autres sectes, dont il n'aurait guère dépassé l'impuissance et l'obscurité. Au contraire, une fois dans l'empire romain, au centre de la civilisation grecque, il a pu, grâce à Dieu, produire tous les fruits qu'il contenait dans son inépuisable sein, et dont les races supérieures se satisferont peut-être éternellement. Sans doute, Rome et la Grèce régénérées ont dû immensément à la foi chrétienne; mais la foi chrétienne, que n'a-t-elle pas dû, elle aussi, à cette Grèce et à cette Rome qu'elle convertissait !

C'est là un des enseigne'ments les plus certains que peut nous fournir l'histoire du Mahométisme.

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