‹ Mahomet et la CoranChapitre 13 sur 50 · XXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXIV PREFACE

Au fond, la pensée religieuse est la même; et le prophète arabe avait assez raison de dire aux juifs et aux chrétiens : a Mon Dieu est le vôtre. » Mais ce qui était différent, c'étaient les peuples, c'étaient les races, c'étaient les mœurs. Mahomet, tout sincère qu'il était, ne pouvait se l'avouer, parce qu'il ne le sentait pas lui-même. Il croyait ne reproduire que la doctrine des prophètes anciens; c'était vrai, quoique peut-être un peu moins qu'il ne le supposait et qu'il ne l'eût voulu. Mais l'auditoire était autre, et ce simple changement a suffi. Ici le Christianisme, là l'Islam; d'une part la civilisation avec toutes ses lumières, ses forces, ses progrès; et d'autre part, une demi-barbarie, qui, après avoir franchi d'un premier élan certaines limites, s'est arrêtée court et demeure immobile, jusqu'à ce qu'une main étrangère vienne lui rendre le mouvement et la vie.

Ceci ne rabaisse pas le Mahométisme, mais le place à son rang. Il vient immédiatement après le Christianisme, et les races musulmanes forment, par leur position sur la terre, aussi bien que par leur foi, comme un intermédiaire entre l'Europe chrétienne et les populations asiatiques. Les musulmans sont moins éclairés que nous; mais, tout compris, ce sont les plus éclairés des Orientaux. Ils ont moins d'originalité que plusieurs autres de

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ces peuples, ceux de l'Inde par exemple; et tout ce qu'ils possèdent, ils Tonl reçu du dehors par les Juifs, les Chrétiens et les Grecs; mais dans cette situation moyenne de croyances , d'arts et de sciences, ils ont fait preuve d'une aptitude que les autres races orientales n'ont jamais eue au même degré. Leur apparition dans l'histoire est, il est vrai, bien plus récente, de même que l'est aussi leur origine ; mais tirant assez peu de chose de leur fonds, ils ont été du moins des héritiers intelligenis. C'est une gloire que tous les peuples n'ont pas su se donner. Que ce soit là le mérite réel des Arabes, et leur titre durable à l'estime et à la reconnaissance du monde.

Mais je m'aperçois, un peu tard peut-être, que je parle bien sérieusement du Mahométisme et des religions en général. Aujourd'hui il y a sur ce grave sujet des opinions bien différentes de celle-là. On regarde les religions, y compris la religion chrétienne, comme les bégayements du genre humain. Elles ont pu naître, et même être utiles, quand l'humanité était dans son enfance ; elles l'ont nourrie et bercée, quand elle essayait avec peine ses pas chancelants ; elles l'ont guidée, quand elle ne voyait pas clair encore. Mais une fois parvenue à sa majorité, l'humanité rejette des enseignements qui ne peuvent plus Téclairer, comme l'enfant devenu

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