‹ Mahomet et la CoranChapitre 15 sur 50 · PREFACE. XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXVII

des phénomènes que nous observons, et même de chacun de nous. L'homme n'est pas Dieu ; mais il est une partie du divin. Le monde est éternel et infini ; il est l'Être universel, formé de tous les êtres particuliers que perçoivent nos sens, ou que notre intelligence peut concevoir. Avec toutes ses contradictions et ses laideurs, il est le dieu réel, si ce n'est le seul dieu. Quant à cet être parfait, auquel aspirent si vainement toutes les religions et parfois même les philosophies, il n'est qu'une simple idée enfantée par la raison de l'homme, et ne durant pas plus que nous. L'homme périt sans retour, après la courte existence qu'il mène ici-bas, l'ayant reçue il ne sait de qui, la perdant sans savoir pourquoi, n'étant sorti du néant que pour y être replongé presque aussitôt, ne devant compte qu'à lui seul de ses actes et de ses pensées, de ses vertus et de ses crimes. L'ensemble de l'univers n'a point eu de commencement; il n'aura pas. davantage de fin. Même à dire vrai, l'univers-Dieu n'est pas; il devient sans cesse, et cet objet de la science, dont l'homme est si fier en son orgueil, s'il est perpétuel, est perpétuellement insaissisable et mobile.

Regardées du point de vue de cette métaphysique, les religions doivent produire un bien pauvre effet ; tout au plus semblent-elles des œuvres puériles et passagères, quand elles ne semblent pas des œuvres

xxviH PREFACE.

de fourberie et des machinations de despotisme. Les religions, il est vrai, peuvent se consoler de ce jugement hautain; car pêle-mêle avec elles et sans plus de considération, on précipite dans le même abîme tous les systèmes philosophiques antérieurs à cette science nouvelle, un peu trop dédaigneuse, qui s'intitule la Critique et dont le nom serait plutôt le Scepticisme. Englobées avec toutes les métaphysiques du passé dans cette condamnation commune et sommaire, les religions doivent en prendre leur parti. Elles sont aguerries contre de tels anathèmes, qui ne leur ont pas beaucoup nui jusqu'à cette heure, quand ils n'ont pas été plus mérités ni plus raisonnables. Elles peuvent se dire aussi, dans leur stabilité séculaire, que ce présent, si altier pour elles, deviendra bientôt lui-même du passé; et qu'à son tour il sera, sans plus de pitié, dénoncé à l'oubli, si ce n'est à la haine du genre humain. La Critique est un peu comme Saturne; elle se repaît de ses enfants. Le scepticisme n'a bien accompli toute son œuvre que quand il s'est dévoré lui-même, essayant de douter de son propre doute. C'est le cercle fatal qu'il doit parcourir tout entier. Après avoir tout détruit, il ne lui reste qu'à se détruire lui-même. Il joue avec ses propres affirmations, comme il a joué avec toutes lesautres, se trompant jusqu'au bout sur son

Page 1