XII PREFACE
tournés, pleins de défiance, des apôtres qui les instruisaient ; souvent même ils les ont immolés à leur fureur. Le seul miracle de Mahomet, c'est le Coran, qu'il récite au nom de Dieu, et qui transporte d'enthousiasme et convertit tous ceux qui ont pu l'entendre. On croit à l'Eternel et à la vie future dès qu'on a écouté le prophète.
En face de cette doctrine courageusement prêchée, et convertissant en quelques années des multitudes de peuples, à quoi bon s'inquiéter de savoir d'où elle vient, ni même ce qu'elle a produit? Quelle qu'en soit la source, quel qu'en ait été le succès, il n'importe; cette croyance est en soi digne du plus grand et du plus légitime respect. La gloire de celui qui l'a propagée n'est pas moindre, parce qu'il n'a fait que l'emprunter au Judaïsme et à la religion chrétienne. Depuis de longs siècles, le Mosaïsme s'était efforcé vainement d'éclairer l'Arabie; le Christianisme n'avait pas été plus heureux. L'idolâtrie subsistait, toujours vivante et hideuse, favorisant les mœurs les plus cruelles et les plus dépravées. C'est Mahomet seul qui l'a vaincue et pour jamais extirpée, service immense qui lui conquiert à bon droit la vénération éternelle, si ce n'est le culte, des peuples musulmans. A défaut du Christianisme, qu'ils n'ont pu comprendre, l'Islam les a tirés des ténèbres où, sans lui
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peut-être, ils seraient encore; plongés. En honorant Mahomet comme ils l'honorent, ils ne lui rendront jamais tout le bien qu'il leur a fait; leur reconnaissance restera toujours au-dessous de ce qu'ils lui doivent. D'autres, plus aimés de Dieu, peuvent avoir une foi plus pure et plus sainte. Celle-là, dans sa grandeur un peu nue et même un peu sèche j est la seule que le peuple arabe pût recevoir et conserver. 11 lui a dû tout ce qu'il a été sur le théâtre de l'univers ; et le patriotisme est venu se joindre à la reh'gion pour faire de Mahomet, aux yeux de ces races ennoblies par lui, un mortel imcomparable ; pour elles, c'est l'Envoyé de Dieu, c'est le Prophète du Tout-Puissant.
On ne peut pas le placer aussi haut, quand on a le bonheur d'être chrétien ; mais il y aurait aujourd'hui une bien aveugle intolérance à nier son génie, et l'histoire ne doit point ressentir une animosité qui n'est plus de notre temps.
11 est vrai qu'auprès du fondateur de religion il y a en outre le fondateur d'empire. J'en conviens : la gloire de l'un n'est plus du tout celle de l'autre, et nous entrons ici dans une sphère fort abaissée. C'est ce double rôle qu'§n n'a pas en général bien démêlé, et qui a longtemps défiguré l'action religieuse de Mahomet. La politique a des exigences qu'on ne sent pas assez quand on n'a pas soi-