XIV PREFACE
même mis la main aux affaires. Tandis que la réforme religieuse peut se maintenir dans la pure région des idées, la politique doit nécessairement . descendre plus bas. Si elle est bien inspirée, elle peut s'abstenir du mensonge, de la fraude et de la violence; elle peut, à plus forte raison, se. défendre du crime, bien qu'elle s'y perde trop souvent. Mais elle doit toujours user de la force, sans laquelle elle ne serait pas ; etla force, même bien employée, est toujours loin de cette douce et calme influence de la persuasion, la seule arme à laquelle la religion doive recourir.
Est-ce par ambition que Maliomet s'est fait chef d'empire? Est-ce un calcul égoïste qui l'a poussé au rôle de général d'armée, après celui de prophète, qui a tiré le glaive à Tappui du Coran, et uni la guerre à la prédication ? Je ne le pense pas ; et en regardant à la vie du prophète, je me persuade que de lui-même il n'avait jamais songé à combalire. Jusqu'à cinquante ans passés, il n'avait pas montré la moindre tendance belliqueuse; il n'y eut que les provocations incessantes de ses ennemis pour le réduire à cette extrémité, qui n'était ni dans son caractère ni dans ses habitudes. Il supportait les injures avec une patience exemplaire ; et il n'est pas une seule rencontre où il ait pensé qu'on pût. y opposer une au(re résistance. Sa douceur égalait
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Sa sincérité ; ce n'est que quand il fut poussé à bout, qu'il se résigna à user des moyens dont tout le monde usait autour de lui. Au milieu de ces races turbulentes et toujours en armes, de C( s conflits sans cesse renouvelés et toujours sanglants, de ces luttes toujours bomicides, c'était un phénomène surprenant, qui ne pouvait durer, que celte humeur si pacifique, qui supportait même les coups après les insultes^ ne comptant que sur c( le charme de la parole » pour adoucir la rage des assaillants.
Il fallut donc que Mahomet fût menacé directement dans sa personne et qu'une tentative d'assassinat eût été faite contre lui, pour qu'il pourvût à sa sûreté. Mais il ne pensa même pas encore à des représailles. A Médine, où il s'était réfugié, il fut d'abord aussi paisible qu'il l'avait été à la Mecque. Il est probable qu'il ne serait jamais sorti de cette réserve, dont tous les prophètes ses devanciers lui avaient offert le modèle, s'il n'avait tenu qu'à lui. Mais sollicité par les émigrés qui l'avaient suivi, et par cette population toute dévouée de Yathrib, qui s'était donnée à l'Envoyé de Dieu depuis plus de deux ans, il ne pouvait résister davantage. 11 n'eût pas été le digne chef des Mohadjirs et des Ansâr, s'il ne s'était pas mis à leur tête, et s'il n'eût pas intrépidement donné de sa personne, comme il le