LUI PRÉFACE
infraction. Le citoyen peut n'élre pas croyant; car Tautorité, malgré ses précautions les plus étroites, ne saurait atteindre jusqu'aux consciences; mais il faut qu'il soit respectueux tout au moins, s'il veut échapper à la répression. L'autorité règne en religion, même quand la religion, comme en Grèce, ne parle point au nom de Dieu ; elle règne à plus forte raison quand le livre du dogme national est, selon les croyances reçues, la parole divine ellemême révélée à quelques hommes privilégiés, Voyants, Prophètes ou Apôtres.
La philosophie est dans une condition toute différente. Comme, en son domaine sans limite, la raison de l'homme ne s'adresse qu'à elle-même, elle est absolument dégagée de tout pouvoir extérieur et étranger^ N'obéir qu'à soi, c'est ce qu'on appelle la liberté; et voilà comment la liberté est l'essence même de la philosophie, ainsi qu'elle est l'essence de l'intelligence humaine. Ne se fiant qu'à sa raison, l'homme, tout en sentant sa faiblesse, ne peut pas re'connailre une autorité plus haute ni plus compétente. Même quand il veut abdiquer celle-là, pour en adopter une autre qu'il croit meilleure,
* « Il n'est point dans Tordre que Tintelligence soit sujette ou esclave de quoi que ce soit ; c'est elle qui est faite pour commander à tout, lorsqu'elle est appuyée sur la vérité et entièrement libre, comme elle doit l'être de sa nature. » Platon, livre IX des Lois, traduction de M. Victor Cousin, p. 195.
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c^esl encore celle-là qui le guide ; elle ne Tabandonne même pas quand il y renonce; car, quoi qu'on fasse, cest toujours une obéissance raisonr nable qu'on demande à Thomnie : Ohequium raiiona6t/e. Faisant ainsi acte de souveraineté tout en se soumettant, la raison est pleinement et éminemment souveraine quand elle agit sous sa seule responsabilité, usant des forces dont elle est douée, n'empruntant rien à ce qui n'est pas elle, risquant des chutes, que la religion même n'évite pas, mais marchant dans les voies qui sont exclusivement les siennes.
La liberté est certainement un grand péril. Qui pourrait le nier? La philosophie le sait mieux que personne, précisément parce que tout son labeur se fonde sur l'étude de l'homme. Mais elle sait aussi que sans la liberté l'homme n'est plus; il ne reste en lui que la brute; et, puisque la bonté et la toute-puissance de Dieu nous ont accordé ce don merveilleux et presque surnaturel, la philosophie s'en sert, en s' efforçant de n'en point mésuser. Elle s'en sert avec tous les dangers que la liberté comporte ; mais elle se dit, comme le patriote de l'antiquité : c( Malo periculosam liberlatein. » Les dangers qu'elle redoute ne sont pas ceux dont la menace le dehors, les seuls que le monde songe à fuir. Les siens se réduisent à l'erreur, qui est Té-