‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 20 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'ARABIE AVANT LE M ANOMÉTItME

Sineérité trét-louable des tradition» routulnianes; leur exactitude générale; elles n'ont rien caché de ce qai a précédé et préparé Vahomct. — Élat des tribus arabes avant le mahométisme ; elles prétendaient toutes remonter à Abraham; vie nomade et guerres perpétuelles; commerce par caravanes; slaiions importantes dans quelques villes; la Mecque et Yathrib, plus tard Môdinc; quelques grands marchés; foires annuelles; cuUiiiv de la poésie; les Monllacàl; les quatre mois de trêve. Religion de ces tribus, idolâtrie et fétichisme; vaines tentatives du mosaîsme et du christiainsiae; i apports de rVcni 11 avec la cour de Constant inople et l'Abys^inie; défaite du Ncdjàchi devant la Mec<iiie; saiuielé et antiiinité de la Caaba. Règne de Cossayy; son lunivoir ; »l bàlil la Mecque; ses successeurs, nncAtres de Mahomet. — Mouvement religieux des espi ils; précurseurs de Mahomet; Hanyfcs attachés à la foi d'Abra- ]\mn : Varaka, Othmàn, iils d'Alhouveyreth, Oubeidallah, et surtout Ze.d, ûls d'Amr; poésies d'Ommayya très-populaires et à demi maliométanes.

J*avoue que je suis très-frappé de eette sollicitude

el de cette sincérité de Tlslamisme. On ne peut pas se livrer à des efforts plus sérieux ni plus constants pour

nri iver à la véiilé et pour la Uansmellre aux autres. Sans doute, à c6të de ces documents authentiques, il s'est formé une légende qui est devenue avec le pro-

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grte des lemps bien déraisonnable, surtout entre les mains des Persans et des Turcs ; mais i'hisloire a son ample part dans les traditions que les premiers califes se sont aitadiés à recueillir ; et ces traditions offrent toute Texaciitude qu'on peut exiger de cette époque et de ces pajs. Chez une nation où il n'y avait m administration, ni presque de gouvernement organisé, on ne pouvait procéder autrement qu'on ne Ta fait; à défaut d'archives et de papiers d'État, que ces peuples n ont jamais employés et n'emploient pas encore, on a interrogé des témoins dignes de foi, et Ton a consigné scrupuleuseaieat leurs dépositions, qui ont bientôt acquis un caractère officiel et orthodoxe. Une enquête de ce genre, si elle avait eu lieu dans une civilisation telle que la nôtre, aurait été accomplie probablement avec plus de précision et de régularité ; mais il est douteux qu'elle l'eût été avec autant de candeur ; et nos historiographes, quand nous en avons eu, n'ont pas brillé par une véracité irréprochable. Au contraire, on peut se fier aux musulmans des premiers siècles de THégire ; et si parfois ils ont été égarés par leur enthousiasme, jamais du moins ils n'ont calculé le mensonge. Ce n^est pas une des moindres singularités de rislam d'avoir porté une si vive lumière sur ses origines ; et c'est un avantage qui restera son privilège, parmi les peuples qui tiennent une place sur la scène de l' histoire \ Somme toute, il n'y a pas de na-

* VoUaire fait une rom.u-que analogue en commençant l'histoire de Mahomet dans VEssai sur iet mœurê, chap. vi.

L'ARABIE AYANT LE HAnOHtTISHB. M

tion au monde qui ait moins perdu de cette partie de

son passé qu'elle voulait conserver; et la nôtre par exemple, malgré de très-légitimes prétentions, connait beaucoup moins bien Ciiarlemagne que les musulmans ne connaissent ilahomet, venu près de deux siècles avant lui.

Cependant tout grand qu'est Mahomet, il n'a point échappé à la loi commune. Seul punni les chefs des hommes, il a fondé tout à la fois une religion, un peuple et un empire. Mais il a trouvé des matériaux tout préparés pour son œuvre : deux grandes croyances antérieures, auxquelles il a fait les plus larges emprunts, des populations idolâtres cherchant un dogme nouveau qui leur fût approprié, et des tronçons épars d'une nation qui ne demandait pas mieux que de se réunir sous un chef vénéré et puissant, pour ter-: miner une anarchie séculaire et dévastatrice. Ce n est rien ôter au génie de Mahomet que de montrer comment son succès a été possible. Bien d'autres ont échoué là où il a réussi ; et sa part individuelle reste immense, quelle que soit celle des circonstances où il a paru èt sans lesquelles il serait inexplicable.

Il est d'ailleurs inutile de remonter très-iiaut dans Thistoire du peuple arabe, ou pour mieux. dire de ces tribus innombi ables, aussi obscures que divisées, qiii parcouraient et peuplaient la presqu'île arabique, depuis 1 Yémen, THadramaut et le Mahra, au sud, jusqu'au golfe Persique et à la Syrie, au nord ; et depuis l'Oman et le Bahrayn, à Test, jusqu'au llidjàz, à

MAUOMëT, CUiPIXRfi II

l'ouest, en passant par le Nedjd, ou pays haut, qui occupe loul le centre*. Ces tribus se vantaient en général de descendre d'Abraliam ; et leur langue, par ses rapports avec Tliébreu, attestait que le peuple arabe et le peuple juif avaient un même berceau. C'était donc du nord que la population était arrivée dans la presqu'île; mais il parait bien qu'avant cette, invasion le midi de l'Arabie avait ses habitants indigënosf qui se distinguèrent longtemps de leurs voisins et des conquél*ants^

Toutes ces peuplades étaient perpétuellement en guerre les unes avec les autres. Dans une contrée brûlante et déserte, la vie était excessivement pénible; et Ton s'arrachait mutuellement par le pillage le peu de richesse que procurait un ti avail accablant et précaire» L*élève des troupeaux était la ressource ordinaire de ces races nomades. Les plus industrieuses et les pins assises s'adonnaient au commerce, et de grandes caravanes parlaient chaque année du sud, pour aller au nord en Syrie et en Mésopotamie ëchan*

gor et rapporlcr des marchandises précieuses ci rares. Mais il fallait toujours avoir les armes à la main pour

* 31. Caussin de Pereeval a consacré ses deiii fireniiers TOliimes presque tout entiers h rhîstoire très-confase de ces tribus depuis les temps les plus reculés jusqu'à Mahomet. CW une suite non interrompue de combats, de pillages, de Teogeanoes, d'établissements et de ruines de principautés. Cest un tableau fort curieux, qui fait bien comprendre la tie de ces nomades & demi sauvages. Voir aussi le W Tolume de M. W. Huir, p. cvi à cglui.

s U est à remarquer que le nom d'Arabes, ÀrWa, est celui des plus anciens habitants de la contrée.

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