‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 21 sur 47 · L'ARABIE AVANT LE MAQONÉTISME · texte numérisé non relu

L'ARABIE AVANT LE MAQONÉTISME

défendre ces sociétés ambulantes de marchands, qui ôlaient en môme temps des guerriers. Ces caravanes étaient forcées de ne point traverser le centre, qui res* tait à peu près inaccessible; elles s'éloignaient peu des bords de la mer, en contournant la presqu île, soit par Test, soit surtout parTouest. Les principales suivaient le Hidjàz sur les côtes de la mer Rouge, et elles y avaient quelques stations importantes, oà elles pouvaient trouver de Teau et renouveler leurs provisions ^

Ces stations devinrent naturellement des villes où • les populations se fixèrent un peu davantage; mais ces villes furent toujours trcs-peu nombreuses, et c*est à peine si Ton en compte cinq ou six vraiment illustres dans le cours des temps : Mareb ou Saba, dans l'Yémen; Guerra, sur le golfe Persique et sur la ruute de Testi Péira, au nord-ouest, avec son port d'Akaba sur la mer Rouge, puissante et très-riche entre les mains des Nabaléens, au début de l'ère chrétienne, grAce à la protection de Rome; Utra, fondée deux siècles plus tard sur les bor^s de TEuphrate, non loin de la moderne Koufa, et qui fut le siège d'un empire arabe assez étendu jusqu'à la con-

* Hidjfti en arafae signifie batrière, et ron désigne par là les ebalnes de moBUignes qoi 8*étcndent de la PalesUne & Textrémité sud de la presqulle e| à rYémen, Clles emtrent parallèlement à la mer Bouge. Le Htdjàs est ainsi une longue bande de près de cinq cents lieues et d'une largeur variable. \\ est probable que les caravanes y étaient plus protégées contre les vents d'est qu'elles n'auraient pu l'être sur les hauts |)lateaux dn Nedjd.

M MAHOMET, CHAPim II.

quèle SOUS Mahomet; et par-dessus toutes les autres,

la Mecque et Yathiib, depuis Médine, auxquelles étaient promises de si grandes destinées, et qui. se trouvaient placées dans une heureuse situation, à michemin à peu près de l'Yémen et de la Syrie ^ A part ces villes, qui ne purent jamais être très-peuplées ni très-tranquilles, le reste de la contrée était sans cesse livré au désordre, par suite des déplacements nécessaires de toutes ces tribus, de leurs dissensions et de leurs luttes implacables.

Cependant au milieu mèine de ces troubles permanents, il y avait entre elles quelques liens qui pouvaient amener un meilleur avenir. Ainsi elles avaient établi des marchés annuels où l'on se rendait de toutes les parties de l'Arabie, celui d'Ocazh entre autres, oasis entre Taif et-NakIa, non loin de la Mecque. Ce marché se tenait le premier jour du septième mois de rannée. A ces réunions^ les tribus ennemies vidaient souvent leurs différends par arbitres; elles échangeaient leurs prisonniers de guerre ; elles réglaient une foule d'aiiaires communes, pour lesquelles on n*avait pas d'autres occasions aussi commodes. Surtout, on y faisait assaut de poésie ; car ces peuplades, toutes barbares qu'elles étaient, aimaient les vers presque aussi ardenimenl que les combats. Dans les intervalles de loisir que laissaient toujours les trans-

* La Mccqiin et Médine font ]>artie du Hidjâz. La Mecque est plus spécialoiiieiili avec Djeddah, dans le Tihâiua, ou contrée cliaudc et maritime.

L'ARAL AV4(iT LE UAUOMÉTISME.

actions, diaque Iribu produisait son poète le plus habile ; le concours était jugé par l'assistance entièie^ et le vainqueur, outre la gloire qu'il acquérait pour lui et pour les siens^ voyait souvent sa pièce de vers, sa cacida, transcrite en lettres d^or, attachée aux murs sacrés de la Caaba de la Mecque* Ces poèmes, sanctionnés par le libre asseuUnient des auditeurs, devenaient célèbres sous le nom de Pocnies doiéâ ou Poèmes suspendus (Moudhahabât ou Moàllacât)'.

Mais la poésie malheureusement peut s'accorder très-bien avec des mœurs grossières et féroces ; elle ne les adoucit qu'à la longue ; quelquefois môme elle ne peut rien isur elles, et la délicatesse de l'esprit qu elle suppose n'exclut pas les habitudes les plus sanguinaires et les plus odieuses. Il y en a mille exemples à côté de celui que nous présentent les Arabes de ces époques reculées^

Du reste, comme pour se rendre à ces marchés annuels et en revenir avec une suffisante sécurité il fallait un certain temps, et qu'ils étaient toujours précédés ou suivis de quelque pèlerinage à des lieux saints, la nécessité avait imposé une trêve à la fureur

< M. CausBln de Perceval a donné la traduction de plusiears de ee» MoAUacàt, dans son second volnme : celle d'Imroulcays, fils de Ho^jr, p. 536; celle de Tarafa, p. 552; celle de RArith, fiU de Hilltzé, p. 306; celle d'Amr, fila de Golthouni; p. 3S4; celle d'Antara, p. 521; celle de Zohayr, fils d'Abou-SoIma , p. 530, etc. Tous ces poètes sont un peu anléricurs à Mahomet ou ses contemporains. Ils ne chantent Qvière que Tamour ou les batailles, leurs plaisirs ou leurs exploits.

MAHOMST, GliÀFITR£ Il

des combats ; il y avait quatre mois dans l'année où il était interdit de se servir des armes et d*inquiéter les caravanes et les voyageurs. On ne peut pas croire que tout indispensable qu'était cet usage, il n ait jamais été violé; mais combalUe durant les mois réservés était toujours un sacrilège, que Ton regardait géaéraiemeat avec horreur, et qui provoquait les plus terribles expiations K

Quant à la religion de ces peuplades, elle était aussi ardente que toutes leurs autres passions ; mais elle était, comme il est facile de le supposer, bien peu éclûrée. Jadis elle avait été celle même d'Abraham, c*est-à-dire l adoration d'un Dieu unique, aux volontés duquel l'homme devait être profondé* ment soumis ; mais ensuite ces pures notions que rislam devait réveiller s'étaient éteintes, ou du moins très-affaiblies, et une aveu*,^le idolâtrie les avait remplacées presque toutes. Cette idolâtrie était descendue môme au plus absurde fétichisme; et, outre les divinités particulières de chaque tribu, représentées le plus souvent par des statues, les adorations s'adres-

^ Ainsi peud'annéej après la naissance de Mahomet, les Coraycliites et les Benou-Havàzin en vinrent aux mains pendant le mois lunaire Dhottlcada» oi> se tenait la foire d'Ocftib. Le souvenir de eeUe lutte impie a été consacré sous le nom de guerres de Fi^jàr» eu guerres sacrilèges. EUe avait commencé par des défis individuels et des rites durant le marclié. Aussi, pour inrévenir le retour de ces scènes déplorables, on convint que chacun serait tenu de déposer ses armes avant de prendre part à la foire, et elles étaient confiées pour ce tempe à quelque personnage considérable; voir M. Gaussin de Perceval, t T, p. et suiv.

L ARABiË AVANT LL MAliOMEllSME. 57

saienl aux objeis les plus vulgaires de la nalurc; et, par exemple, à des pierres. Cependaul les antiques lelalions entre les Juifs et les Arabes avaient toujours coQlinué, et le judaïsme avait fait bon nombre de

prosélytes; il avait poussé ses colonies laborieuses et avides dans les parties septentrionales de la prèsqu'ile, et elles étaient parvenues jusqu'à Médine et à la Mecque, sans se mêler à la population indigène. Dans le troisième siècle de notre ère, un des plus illustres tobbas ou rois de rVémen avait converti ses sujets à la foi juive.

A côté du judaïsme, le christianisme avait fait plus de conquêtes, sans étendre non plus son action frésloin. 11 avait pénétré en Arabie par le nord et aussi par le sud. Dès le second siècle, saint Barthélémy et saint Tanlénus, parti d'Alexandrie, avaient, disaiton, prêché le christianisme dans l'Yémen. Ce qui est plus certain, c est qu en 345 i empereur Constance 11 y envoyait une ambassade pour s*assurer de Talliance des princes himprites contre la Perse. Dans cette ambassade se trouvaient un évèque et des moines qui obtinrent, malgré Topposilion des Juifs, la penuission de bâtir trois églises, Tune à Zhafâr, capitale du tobba, Faulre à Aden, eiUiepot, dès celte époque, du commerce des Indes, et une dernière dans une ville sur le golfe Persique. Cette mission avait eu surtout pour résultat d'établir des relations suivies entre Conblautiiiople et les chrétiens de l'Yémen. Aussi lorsque la ville chrétienne de Nadjràn fut saccagée et détruite.

5S nauumët, cii.U'irHt: ii.

eu 525, par le ieruce Dhou-Novùs, fervent adepte du judaïsme S les victimes adressèrent leurs plaintes à l eaipereur Justin V\ Sur sa prière, le nédjàchi ou roi d'Âbyssinie, nommé Caleb, se chargea de punir les. forfaits de Dtiou-Novâs. L'Yémen (ut conquis par les Abyssins, et converti au christianisme vers 1 an 530. Saint Grégentius, qu'y avait envoyé le patriarche d'Alexandrie, donna à celle contrée un code, emprunté en grande partie atiic lois romaines*. Mais Tempire bimyarile, un instant détruit, se releva contre l'étranger par Tappui de la Perse ; et, sous les vice-rois qu'elle maintint dans l'Yémen, les religions païenne, juive et chrétienne purent jouir d'une tolérance égale, justju'à ce qu'elles vinssent toutes les trois disparaître dans 1 islamisme', un siècle environ après la conquête abyssinienne.

Ainsi, ni le judaïsme ni le christianisme n'avaient pu faire des progrès bien étendus ni bien durables dans la presqu'île. Tantôt accueillis, tantôt repoussés,

* M. Caiissiii do Perceval, Essai sur l'histoire des Aral/es, l. i, p. 1*21 el buiv.

* Laiiiliecius, dans :?es Commentaires sur la BibliolliOtjUf iiiipi^Tialti de Vieillie, l. V, p. 151, nous apiuentl que 1 original do ce code, é :rit en gree, se trouvait dans la riche colleclioii dont il laisail le catalogue. Voir M. Caussîn de Perceval. Essai sur l'histoire des Arabes, t. I, p. 143. (Tétait un immense bienfait i\w^ ce code app;"»rlê aux Arabes de l'Yémen, par un êvôtine chrétien; mais le peuple auquel il s'adressait n'était pas iiinr pour en proliter.

5 M. Caussin de iVrceval, ihid, p. 150. 11 faut lire t<.)Ul ce qui < omcerne les rois de I Vénien, descendants d'Isniaël, et le chriëlianibitie à Nadjràn, dans le Sirat-er-raçoul, dlbn-Isliâc et U>n-lli6liàm, Uaduclton de M* G. Weil, t. I, p. S et 14.

L'ARABIE AVANT LE IfAHOMiTISNE. 89

ils n'avaient pas jeté de racines profondes et solidjes.

De longs siècles d'elforts inutiles attestaient non pas précisément leur impuissance, mais rincapacité des races qu'ils essayaient de convertir à des dogmes et à des mœurs qui n'étaient pas faits pour elles. Au fond, l'idolâtrie était resté la religion dominante ; et, par la diversité capricieuse à laquelle elle se prétait, elle convenait beaucou|) mieux à rindépeadance turbulente et à la division infinie des tribus, qui la pratiquaient avec le plus violent fanalisiuc. Aussi quand un des vice*rois abyssins de l'Yémen, Abraha-ei-Achram, lit construire, en concurrence conire la Mecque, une magnitique église à Sana, et prétendit y attirer les hommages des Arabes, aux dépens de la Caaba, le soulèvement fut général. En vain Abraha-el- Achram conduisit une armée sous les murs de la Mecque, Tannée même de la naissance de Mahomet , l'année de TÉléphant (570 après J.-C) K Sa défaite ne lit que donner à Vidolàtrie plus de force el do cohésion.

Parmi tous les lieux saints qu avaient consacrés les respects superstitieux des peuples et les intérêts du commerce, la Mecque tenait la première place; et comme les caravanes les plus importantes devaient

nécessairement y passer et s'y arrêter, elle avait

* Voir Sirat-er-raçoul, traduction allemande de ^1. G. ^Veil, t. I, p. 54 el 102. L'année de V Éléphant, c'a^i ainsi qu'on appelle i uiuiéc où uaquil k proplii-te, à cause de rélépliaiit sur lequel était monté Abralia, et (fui sans doute étoniiu beaucoup les babiiauls de la Mecque, et les terriiia*

MAHOMET, CllÀPlThË 11.

acquis un leuuia qui s'était propagé daus 1 Arabie enliëre K On en faisait remonter Torigine vénérable jusqu'à Abrahaiiî iui-méme; et la fameuse source de Zemzem était celle que Tangc Gabriel avait fait jaillir du sol, lorsque lo jeune Ismaél, perdu dans le disert, allait y périr de soif avec sa pauvre, mère. Comblée par les Djorhomites, elle fut creusée de nouveau par Abd*el-Mouttalib, grand-père de Mahomet. La Caaba avait été construite par Abraham, de ses propres mains, quand il était venu revoir son fils exilé ; et la pierre noire, incrustée dans un des angles da temple, pour marquer le point où doivent commencer les tournées des pèlerins (Tavâf), avait été apportée des cieux par Tange Gabriel. D*abord elle était d une blancheur éblouissante ; mais Tattouchement des pécheurs l'avait bienlol noircie. Kon loin de cette pierre miraculeuse, on montrait, et Ton monti'e encore au* jourd'hui, un fragment de roche sur lequel montait Abraham {Maeâm IbraMtn)^ avec son fils Ismaêl, pour travailler plus à Taise. Abraham avait donné à la Caaba , le Caf ré, d*assez petites dimensions : neuf coudées de haut, sur trente-deux de long cl vingtdeux de large. Elle n avait pas de porte qui la fermât^

' Diodore de Sicile est le premier historien de l'antiquité, un demisiècle avant l'ère chrétienne, qui parle des temples vénérés par les Arabes, et d'un, entre antix^, qui passail pour le plus saint de tous dans l'Arabie entière, 1. 111, ch. sut, p. 157, lig. édition Firmin Didot. Mais les renseignements donnés par Diodore de Sicile ne sont pas assez clairs pour qu'on puisse affirmer qu'ils se rapportent au temple de la Caaba. Il parle aussi d'un autre temple moins célèbre, même livre, ch. xun, t A,

L'ARAaii^ ÀVAM LE MAIIOMÊTISME.

et elle élail au niveau du sol, au lieu d ctie élevée au-dessus, comme elle l est actuellement Détruite par l'irruption d'un lorreni, vers le milieu du second siècle de notre ère, elle avait été reconstruite par la tribu des Djorhom, qui dominaient alors la Mecque. . Cinquante ans plus tard environ, elle avait été pieusement visitée par un tobba de l'Yémen, Abou-Carib, vers 206 de 1 ère chrétienne, qui lui avait fait une couver lure d'éloffes précieuses, et y avait posé une porte avec une serrure, pour mettre en sûreté les dons précieux qu'accumulait sans cesse la générosité des pèlerins.

La garde d'un temple si vénéré était une des fonc*

lions les plus recherchées, et les tribus s en disputaient Tbonneur* Aui Djorhomites avaient succédé les Chozâa, auxquels on devait d'avoir retrouvé la Pierre nmre , soustraite par leurs adversaires et cachée quelque temps. Puis, après deux siècles et demi de possession, les Khozéa avaient été supplantés par les Corayclutes, tribu qui s'était enrichie successivement par le commerce, et qui eut le bonheur d*avoir un

• M. W. Muir a donné plusieurs plans pour ropréscnter la ville de la Mecque et ses environs 1. l, p. 5), la Caaba, avec loulet. its. constructiuus «jui rcntoiirent, et la Pierre noire t. II, p. 18V de grandeur naturelle. Cette pierre, dont les bords sont assez liss(\s el couverts d'une i'iscription, i)araît être un assenibla^ic de plusieurs autres ; elle est at tnellenient placée à l'angle oriental de la Caaba et à cinq jdeds au-di ;:sus du sol. 31. William Muir n'a pas pu prendre lui-in»'inc les dessins (pi il donne; ils sont empruntés aux voyages de Kurckhardt, d'Ali bey et de Burton, et l'on peut se lier à leur exactitude. Ou peut d'ailleurs les comparer à ceux de Itiebuhr et de d'Ohsson.

62 MÀilUMM, CliÂPlTHf; tl.

chef des plus enlrepreoants et des plus habiles dans la personne de Coeaayy, fils de Kilab, le qualriëme

aicul de Mahuinet. L;i lorlune extiaordiriaire de Cossayy prépara cerlainement les voies à celle du pro* phèle; et même, indépendamment de celte circonstance! la carrière de Cossayy mérite la plus grande attention, et elle est foite pour exciter beaucoup d'intérêt ^

Issu d'une tribu obscure des Odsrah en Arabie-

Pétrée, il entra en rapport avec les Khozâa, et obtint bientôt la contianeede Holayl, leur chef, qui lui donna la main de sa iiiie. Mais les Inbus des Kin^na, ennemis des Khoifta, gagnant tous les jours de Taseendant, il se fit leur confédéré*; et, avec leur aide, après une lutte sanglante, il devint maître reconnu des clefs de la Caaba et de la ville de la Mecque, qui lui obéit plus de quarante ans. Quand on parle de la Mecque à cette époque, le milieu du cinquième siècle de notre ère, il faut bien savoir qu'il n'y avait point encore en ce lieu de Ville propi eiiieat dite : a La vénération des Arabes pour la Caaba et pour :1e sol môme qui l'environnait

* On lie sAit pus au jiiilc la date de lu naissance ni de la iiioii de Cossayy; il mourut vers i80, dans une extrême vieillesse, et il conquit le pouvoir vei-s voir le Sh'al-er^raçoul de M. (j. >Veil, t. 1, p. 57, et M. Caujs&ia (le Tercevai, E(mi *ur l'/Ustoire fks Arahe^, 1. 1, p. 2ÔÔ à 251 .

- Un se cDiilédérait avec un homme d'une trilut diflérente, quand on ne trouvait pas dans la sienne tous les avaiilai^es qu'on désirait. On acquérait ainsi tous les droits cl on contractait tous les devoirs ^de la tribu dans laquelle on eiUrait; voir M. A. Spren|^er« LÀfe of Mohammoiif p« 17.

L'ARÂfilË ÂYAM LE MÂHOMËTiSMË. 63

était si grande, dit M. Caussin de Perceval \ qu iJs n'avaient pas osé jusqu'alors prendre de demeures fixes ,ni construire de maisons dans le voisinage de ce sanctuaire. On passait la journée à la Mecque, c'est-à-dire dans la circonscription du terrain pari iculièi ornent saeré ; mais le soir on s éloignait par respect. » Cette enceinte si respectée, le Haram, comprenait toute la vallée de la Mecque, dont la circonlèrence est d'une quinzaine de lîèues. Chaque tribu avait dans le Haram, qui était devenu un véritable asile, ses idoles particulières ; et les Kinflna avaient pu placer la leur, Ilobal, non loin de la Caaba, au-dessus d'un puits, où elle recevait presque autant d'hommages que la Pierre noire eile-méoie. Aussi Hobal fut-il placé plus tard par Cossayy dans Pintérieur et dans le trésor de la Caaba. Al-Lât et Al-Ouzza, si souvent mentionnées dans le Coran, étaient les idoles des Thagyf de Taïf ; d'autres étaient placées sur les collines sacrées de Safa et de Marvah, comprises dans la ville, et où jadis Agar avait cherché vainement de Teau pour étancher la soif de son fils mourant. C'était donc, comme le dit trèsbien M. A. Sprenger, une religion fédérative * ; et nous verrons qu'au temps de Mahomet les idoles accumulées autour de la Caaba montaient à prte de quatre cents, Cossayy, investi de la charge du Haram, après de

* Sirat-er-raçoul do M. G. Weil. t. T, p. 61, et M. Caussin de Perceval, Essui sur l'hisloire des Arabes, t. I, p. 2r»6. ^ M. A. Sprenger, Ufe of Uohawmad, p. 0, Allaliai^ad, 1851, in-8*.

M VAHOHBT, CHAPITRE II.

longs combats, voulut en assurer tous les privilèges à lui et à ses successeurs, en s'y fixant par une résidence perpétudie* Il résolut donc de bâtir une ville dans le Uaram ; cl comuie les Coraychiles, craignant de se souiller d'un sacrilège, hésitaient a abattre les ai Li es dont la vallée était couverte, il y porta le premier la hache pour donner Texemple, et la ville fut bientôt balie. Il est probable que la Caaba lut aussi reconstruite ; du moins, il parait certain qu'elle fut alors pour la première fois couverte d'une toiture en bois. Des quartiers divers iurcnt assignés aux nombreuses familles des Coraychites. Cossayy se fit élever tout près de la Caaba un palais, où une salie avait été réservée pour les réunions du conseil de la tribu (Dàr-ei-Nadwab) ; mais au lieu (ie iaire un domaine . public de cet Hôtel du conseil, il en resta prudem^ment le propriétaire, aiin de pouvoir en disposer à son gré pour les convocations. Tout Coraychite ou coniédéré âgé de quarante ans avait droit d*entrée au conseil* On n'y décidait rien à la majorité des suiiiages, car on n'y votait pas. C'était au plus sage ou au plus éloquent de faire prévaloir son avis et d y amener ses antagonistes par la persuasion, seul moyen , sans parler de la force, que ces barbares eussent imaginé pour résoudre les questions d'intérêt commun.

A ces attributions de gardien de la Caaba et de président du conseil de la confédération, Cossayy en joignit d'autres non moins importantes. C'était lui

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