‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 23 sur 47 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

CARACTÊRC DC MAHOMET

Quelques détails de la vie de Mahomet; il n'a jamais connu son père Ahd-Allah ; orphelin de sa mère à six ans ; recueilli par son grandpère et son oncle; sa jeunesse chaste ; ses méditations pendant qu'il garde les troupeaux; associé à la ligue des Foudhoûl; El-owîn; son mariage a?ec Khadldja ; son porti*ait à vingt-cinq ans ; son honlieur domestique; pose de la Pierre noire; considération dont Mahomet «st dès lors entouré. — Sa vocation et st*s' premières visions; son Irouble extrême ; il est rassuré par Kliadidja et V^raka ; vii^ions nouvelles; l'ange Gabriel en rêve; le Fitreh ; réalité de l'inspiration de Mahomet; premières conversions; prédications secrètes; liiite des premiers musulmans en Abyssiiiie ; Intles de Mahomet contre les Coraychites durauL dix ans;; conversion des gens de Yatliiil); R(»rments d'Acaba. — llé^âre ou fuite de Mahomet à ^li diue ; il ;i alm s ciiiquantc-dcux ans. — Organisation do la religion nuu\r[li a Mi dîne; batnille de Bodr; victoire des musulmans sur les Un \acliil( s idiilfili i's ; ardeur smij^uniiure de MuliuiiK t, exciiséc par les mreurs de sou temps ; h s leinmes de la Mecque à la bataille d'Oliod; clémence naturelle de Mahomet ; traits nombreux de magnanimité et de miséricorde ; sa rentrée à la Merijne en (î">0 ; sn douceur égale à son habileté ; autorité morale qu'il exerce ^nr les siens ; sou allocution aux Ansàr (ie Médnie; destiuclion des idoles à la Caaba; pèlerinage d'adieu ; son dernier sermon aux musulmans sur le mont Arafat ; sa maladie ; sa mort, entre les bras d'Ayc^iia.

Je ne prétends pas faire ici une biographie de Maho*»

met, même fort abrégée; ce serait un soin assez inu-

82 MAHOMET, CHAPITRE tll

tile, après celui que j'ai pris au début de cet ouvrage.

D^iilleiirs la vie du prophète est trop connue pour qu'il y ait à en rappeler de nouveau les détails ; et, si l'on désire les retrouver toul au long, c'est à ses récents historiens qu'il faudrait recourir. Mais je veux m'arréler au caractère de ce grand homme, et Télu* dier suffisamment pour bien comprendre, par ce qu'il a été réellement, Pinfluence extraordinaire qu'il à exercée sur ses conlemporains et sur la posléiilè. Je voudrais prouver, et je crois n'y avoir pas trop de peine, que Mahomet a été le plus intelligent, le plus religieux^ le plus clément des Arabes de son temps, et qu'il n a dù son empii e qu*à sa supériorité ; je voudrais prouver que la religion nouvelle, prèchée par lui, a été un immense bienfait pour les races qui l'ont adoptée, et que cette religion, tout inférieure qu'elle est au christianisme, mérite l)eaucoup plus d'estime qu'on ne lui en accorde généralement.

Seulement il ne faut jamais isoler Mahomet du milieu dans lequel il a paru; et l'on doit se souvenir toujours qu'il s'agit de l'Arabie au septième siècle de notre ère, et non plus de ce monde gréco -romain, qui est sans doute un incomparable modèle, mais qui ne peut pas être cependant le type exclusif de Thumanité. Rien n'égale le monde chrétien ; mais on peut encore être très -grand, tout en restant foi t au-dessous de lui, par une imitation louable quoique incomplète.

L'enfance de Mahomet parait avoir été très-malheu-

CARACTÈRE DE MAHÛKBT. , 85

reuse ; il ne connut jamais son père Abdallah, mort

deux mois environ avant sa naissance. Sa mère Amina ne put l'allaiter elle-même que quelques jours, et elle dut le confier une nourrice, Ualimah, des Bénou- Saad, qui consentit à s^en charger, non sans difficulté, parce qu'il était orphelin, et qui l'emmena dum le désert, assez loin de la Mecque. Mais à peine était-il sevré, vers l'âge de deux ans, que cette femme inquiète de certains accidents dans la santé de Tenfant*, d'ailleurs très-fort, dut le rapporter- à sa mère. Amina repri^ son fils avec la plus vive tendresse, et elle le soigna à l'aide d'une esclave noire Oumm-Ayman, pour qui Mahomet conserva toujours un vif attachement. U avait ' six ans environ quand il perdit sa mère, morte au re« tour d'un voyage à Valhnb, où elle étail allée présenter son fils à une partie de sa famille. L'enfiint fut re* cueilli par son grand-père Abd-el-Mouttalib, qui lui montrait une aliection toute particulière,. et qui se plaisait souvent à lui prédire de hautes destinées. Mais cette protection même devait bientét, comme les

^ D iin accident assez mal constaté qui était arrivé àl enlanl, on a conclu que Mahomet avait eu dès lurs une attaque d'épilepsie, prélude de •loux ou trois autresqu'il paniît avoir éprouvées beaucoup plus tard dans son âge mur. Là-dessus la légende malii métane a bâti la Table des deux anges qui auraient ouvert le venlre de l'enfant, et auraient purifié son cœur en lui enlevatit la tache noire, signe du péché originel. Pour juslilirr cette invention absurde, les commentateurs musulmans allèguent la sourate xciv, verset 1, qui commence ainsi ; c N'avons-nous pas ouvert ton cœur, et ôté le fardeau de tes épaules? » Ceci montre une fois de plus comment se forment les légendes populaires. Voir le récit d'Halimah, la nourrice^ dans le Sirat^-raçoulf traduction de if.(}. Weil, t, i, 11.

Page 1