‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 31 sur 47 · JUGEMENT SUR LE MAHOUETISME · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR LE MAHOUETISME

lant, c'est surtout la vie nomade qu'il lui faut. Il est

comme la religion de la lente et de la caravane. H est resté parqué sous certaines latitudes, qu'il a vaine* ment essayé de franchir, tandis que \v. chiistianisme, vraiment humain, peut s'établir sur toute la surface de la terre pour éclairer tous les peuples et les civiliser.

Mais, quoi qu'il en soit de cette infériorité trop réelle, c'est un immense honneur pour i Islam que d'être une des trois religions qui ont reconnu et consacré le monothéisitie. Toui s'en convaincre, il suffit d un coup d'œil jeté sur l'histoire religieuse^u monde. Est-ce le paganisme gréco-romain qu'on peul lui comparer? Est-ce le brahmanisme hindou? Est-ce la foi bouddhiqne? Est-ce la religion deConfucius, si toutefois on peut due de Confucius que ce soit une religion qu'il ait fondée? Dans ces divers cultes, les plus élevés de tous après les trois cultes monothéistes, qu'est l'idée de Dieu? Entrevue à travers bien des nuages par le paganisme, indéterminée et confuse dans le chaos brahmanique, absente dans le néant bçuddhiste, presque aussi complètement oubliée par les lettrés chinois, on peut dire qu'elle a été cherchée, mais il est impossible de soutenir qu elle ait été comprise. Je ne veux pas aflirmer que cette ignorance soit la cause de l'état misérable où tous ces peuples sont demeurés; *et cette ignorance elle-même peut être TefTet d'une dégradation incurable. Mais l'Islam, du moins en tant que croyance, n'est pas tombé dans ces obscurités et ces déplorables erreurs. Il a connu une

MAHOMET, CHAPITRE YI.

grande partie de la vraie lumière, qu'il trouvait, je |

Tavoue, n ses côtés ; mais il a eu le mérite de l'accepter et de Tembrasser avec une sincérité et une ardeur dont il faut que noire impartialité lui sache quelque gré.

Ou voit que je serais assez porté à absoudre l'Islam, en ne le considérant que comme doctrine, et en laissant à part les conséquences qu'il a portées dans les circonstances peu favorables où il était. Mais ses récents historiens, MM. Weil S Caussin de Perceval, William Muir et A. Sprenger, soul loin d'élre unanimes sur ce point. M. Caussin de Perceval n'a pas voulu formuler, à vrai dire, de jugement général, ainsi que j*ai indiqué plus haut'. M. A. Sprenger n*en est pas encore à ce point de sou ouvra<'e qu'il ait à se prononcer sur l'ensemble du Mahométisme; mais il est assez probable qu'il se prononcera avec quelque indulgence. MM. W. Muir et Gustave Weil, qui ont terminé leurs livres, ont exprimé leur opinion, l'un pour condamner presque complètement , et l'autre avec une bienveillance qui me semble plus équitable.

Voici d'abord comment M. W. Muir fait la part du

* H. Gustave Weil» Tauteur de la Vie de Maltomet, a poussé plus loin ses rechercUes, et il s'est occupé de VHûtoire àes Calt^, à laquelle U a consacré d^à plusieurs ouvrages, les meilleurs, sans conoparaison» qui aient été feils sur ce dilUcile sujet : Histoire des Califes, de 632 & i2dS» 3 vol. in-S*, en allemand, Mannheim, 1846-1851; HUtùhreûeêcaUpBS abbassides en Égypte, de 1258 à 1517, 2 vol. in-K, Stuttgart» I8I$0-1S62. U y a joiut, en 1864, la traducUon du SM-erraçoul, dont j'ai fait m souvent usage dans le cours de mon travail*

* Voir plus hautf page Iftt

JUGEMENT srn LE MAIIOMÉTISME. 233

bien cl celle du mal qu'il trouve dans Tislamisme : « îtous pouvons accorder sans peine, dit-il, que Mahomet a banni pour toujours quelques-uns des plus noirs éléments de la superstition qui, depuis des siècles, couvraient la péninsule. L*idolfttrie a disparu devant le cri de guerre de l'islam; la doctrine de l'unilé et des perfections inûnies de Dieu, et d'une Providence spéciale qui s'étend à tout| devint un principe vivant dans le cœur des sectateurs de Mahomet, aussi bien que dans le sien propre. Une résignation et une soumission absolues à la volonté divine, c'est le nom môme de l'Islam, furent exigées comme la première condition de la religion. Les vertus sociales ne manquèi enl pas non plus. Un amour de frères fut inspiré dans le cercle de la foi ; les orphelins furent proté» gés; les esclaves traités avec douceur; les boissons enivrantes défendues; et le Mahométisme peut se vanter d'une tempérance inconnue dans toute autre croyance.

«c Mais ces bienfaits ont été achetés bien chèrement. En laissant de côté des considéra lions de moindre importance, trois conséquences radicalement mauvaises sont sorties de cette foi dans tous les temps et dans tous les pays, et elles ne cesseront d*en sortir lant que le Coran servira de roadciiienl aux croyances. C'est d'abord la polygamie, le divorce et Tesclavage maintenus et perpétués, sapant la moralité publique par sa base, empoisonnant la vie domestique et désorganisant la société. En second lieu, toute liberté reli-

2U NAriOMET, CUAPITRE VI.

gieuse est repoussée et délruile. Le glaive est le châtiment inévitable de tout ce qui nie Tlslam. La tolérance est inconnue. Enfin, c'est une bau ière infranchissable qui s'est élevée contre l'adoption du chrislianisme. On aurait grand tort de s'imaginer que le Mahométisme puisse jamais préparer les voies à une doctrine plus pure... L'Arabie idolâtre, à en juger par analogie avec d'autres nations, aurait pu s'élever à la vie spirituelle et adopter la foi du Christ; F Arabie mahoiuèiaiie, autant que peuvent le voir des yeux humains» est fermée à l'action bienfaisante de TEvangile... L'épée de Mahomcl et le Coran sont les plus funestes ennemis de la civilisation, de la liberté et de la loi que le monde ait jusqu'à présent rencontrés*. »

Je ne répéterai pas ce que j'ai dit plus haut sur tous ces points ; mais il en est un cependant sur lequel je veux insister. Je ne crois pas du tout avec M, W. Huir que l'Arabie idolâtre pût devenir chrétienne, pas plus qu'elle n*avait été juive. Le raisonnement de M. W. Muir serait juste si, en eliet, le christianisme n'avait point tenté de convertir les Arabes avant Mahomet; mais il y a fait de vains efforts pendant quatre ou cinq siècles; et il n'a pu se faire accepter. Eût-il été accepté plus tard? 11 est pei-

« M. William Muir, The Life of Mahomet, t. IV, p. 320 et suiv. Ala

suite de ce jugement èrénéral, M. \\, Muir le confirme en essayant de montrer toutes les inconséquences Uu caractère de Mahomet et celles du Coran.

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