‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 5 sur 47 · XI.VIU PUÈFACE · texte numérisé non relu

XI.VIU PUÈFACE

plus cnlie les citoyens réunis; et en même temps qu'il les provoque à monter à Dieu, il resserre tous les nœuds de la communauté sociale.

Pour le philosophe, il n'a guère besoin qu*on le rappelle à des pensées qui jamais ne lui man* quent. Mais pour cela il iie repousse pas des manifestations qu'il comprend et qu'il approuve; il les accepte dans la mesure où il peut le faire sans compromettre sa franchise ni montrer une hypocrisie indigne de lui. Les pompes extérieures d'un grand culle peuvent même l'émouvoir plus vivement que le reste des hommes. Dès lors»

par sympathie pour ses semblables et aussi par estime pour d'admirables doctrines, pourquoi ne prendrait-il point part à la prière commune? 11 y sentira toujours, dans quelque religion que le sort le jette, sous les formules les plus variées, une partie de ses propres aspirations. C'est une occasion de plus pour lui, et même une occasion plus touchante, de penser à Dieu. Mais il n'a point à réparer dans son cœur un oubli qu'il ne commet pas, une négligence qui ne peut être la sienne. Par la nature propre de ses labeurs et de ses méditations assidues, c'est comme un culte perpétuel qu'il porte en lui-même. L'expression du dehors n'y ajoute rien peut-être ; mais comme elle ne peut rien non plus en retrancher, le philosophe, quand

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il entre dans le temple, d^accord avec la foule, y retrouve le dieu qui ne le quitte pas et qui vit daus le fond de son inlelligence.

Ainsi donc, la philosophie ne s'astreint pas rigoureusemeiil au culte public, quelque respectable qu'il soit ; et elle doit s*absteilir d'un culte privé, qui ne serait qu'une puérilité, s'il n'était pas un sacrilège. Tout au contraire, le culle régulier est nécessaire et bienfaisant pour les peuples qu'il soutient, qu'il éclaire et qu'il fortifie.

Ce sont là des dissemblances entre la religion et la philosophie; mais il est des points par lesquels elles se rappiochênt. Issues Tune et TauLi c de l'esprit humain, pour connaître et servir Dieu, ayant en dernière analyse le même objet, ne serait-il pas bien étonnant qu'elles n'eussent que des différences? Voici un rapport sous lequel elles sont identiques.

C'est que l'une et l'autre également sont trèsdiverses , ici selon les peuples, et là selon les esprits. L'histoire nous atteste qu'un grand nombre de religions ont régné dans le passé, avec plus ou moins d'éclat, plus ou moins d'influence, grossières ou raffinées, morales ou corrompues, suivant les temps et les lieux, se modelant sur les nations qui les produisent, et portant Tiheffaçable cachet des mœurs, des traditions et des croyances vulgaires. Il n'en a pas été autiement des philo.sopliic$ ;

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les systômcs ge sont mullipliés, non moins nombreux et ûOQ moÎDs opposés. En clierchanl à ]es considérer dans leur ensemble, IMiisloirei si justement aimée de notre âge, a pu les réduire, comme il serait facile aussi de réduire la quantité des religions, en les ranfifeant sous quelques classes générales. Mais« en réalité, les systèmes ont surgi louL autant de fois qu'il s'est trouvé des individus capables de les concevoir. Qu'on parcoure leur suecession, et Ton verra qu'ils n ontpas fait défaut h l'esprit humain, fécond pour ces enfantements isolés, tout aussi bien que pour les enfantements communs. Ce speclacle du passé se renouvelle sans relâche et pose devant nous, pour nous apprendre qu'à cet égard rien n'est changé, et que les religions sont toujours aussi différentes entre elles que

le peuvent être les plûlosophies. La religion chrétienne, par les vérités sublimes qu'elle proclame, par les nations puissantes qui la professent, par la civilisation qui la répand, peut être desliiiée à l'empire du monde entier, et je lui souhaite cet utile et glorieux avenir; mais, à l'heure qu'il est, elle tient peut-Aire sur le globe moins de place que d'autres croyances, qui ne paraissent pas disposées à se retirer devant elle. Il y a tout au moins encore quatre ou cinq grandes religions sur la terre. Quant aux philosopiues, nous n'avons qu'à regarder autour

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de nous pour être eonyaincus qu'elles ne manquent

pas plus qu'autrefois, si d'ailleurs elles ont moins de retentissement et peut-être moins d'action.

Notons bien cette ressemblance de la philosophie et delà religion. On l'a méconnue Irès-souvenl ; el, pour démontrer la prétendue impuissance des philosophes, on leur a mille fois reproché leurs dissensions et leurs controverses. Les religions n'en ont pas moins. Ce n'est pas là un triomphe pour la philosophie. Elle pourrait aisément retrouver dans autrui la faiblesse qu'on lui impute; mais elle n'en fait rien, et elle reconnaît pour tout le monde la profonde sagesse de ce mot : « Tradidit mundum dûputatiombus eorum. » On peut concevoir et mçme approuver l'intention qu'a eue la grande Église catholique de maintenir T unité de la foi et de défendre rorlhodoxie,bien que les moyens employés par ses chefs n'aient pas toujours répondu à l'esprit de son fondateur. Ce pouvait être là une œuvre trèslouable et une politique digne des traditions de l'empire romain. Mais je ne puis m 'empêcher de voir que ces efforts, louL convenables qu'ils pouvaient être, ont été inutiles, ainsi que tant d'autres. Le Proiestantisuie a échappé avec ses sectes innombrables au giron commun; l'Église grecque n'a jamais voulu y rentrer; il n'est pas très-sûr que l Êglise. d'Orient y soit renfermée loul entière. Le

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