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CHAPITRE VII

Ce qu'était le général des Galères.

Le navire, ses aménagements et son armement.

Le généralat des Galères était à la fois une chaîne et un commandement. Celui qui en était pourvu était un grand oflScier de la couronne. Son prestige était alors d'autant plus grand qu^en se faisant nommer superintendant à la marine, Richelieu avait aboli la charge d'amiral. Le général des Galères devaitd' abord pourvoir à l'administration des galères, recrutement, subsistance des galériens, entretien des matelots et des soldats. A cette fin, il nonmiait un intendant des galères. Ce poste revint pendant de longues années à la dynastie des Amoul ou Arnoux de Marseille. Bien entendu, cette charge de général était lucrative. Dans la lettre précitée qu'il adressait à Pontcourlay, Richelieu lui faisait observer : « Je crois que vous savez bien que les droits de votre charge, à la rigueur, ne sont que de dix huit mil livres de façon que le surplus que vous en touchez, qui monte jusques à quarante-huit mil livres, est un extraordinaire que vous recevez par avance. » Mais en lui conférant une autorité absolue sur toutes les galères de France, cette charge de général imposait à son titulaire des devoirs militaires très importants.

Les galères doivent Jouer un tel rôle dans le récit 'fui va suivre, qu'il est indispensable d'expliquer leur

organisation et de savoir de quelle façon les galériens se recrutaient. Nous avons dit que les galères étaient de petits navires se manœuvrant à la rame. Elles Avaient environ 55 mètres, longueur d'un ancien vaisseau de 74 canons. (Les frégates qui ont fait les guerres du premier Empire ne dépassaient pas 47 mètres). Mais les vaisseaux sont d'ordinaire courts ramassés sur eux-mêmes, les galères au contraire étaient au moins cinq fois plus longues que larges. C'était des bâtiments essentiellement légers d'échantillon, effilés, calant fort peu d'eau. Elles étaient mues par cinquante rames environ et portaient un canon de 36 appelé « coursier », deux canons de 8, deux canons de 4, en châsse, et douze pierriers plantés sur la lisse, c'est-à-dire le long du plat bord. Ce qui caractérisait la galère, c'était l'encombrement des hommes qui la montaient. Dans cet étroit espace, il ne s'agitait pas moins de 500 hommes, ce qui constitue l'équipage d'un croiseur actuel.

Les officiers des galères formaient un corps spécial dans la marine sans relations avec les équipages du Levant et du Ponant. Les galères du xvii® siècle avaient Marseille comme port d'attache, elles ne rallièrent Toulon que plus tard, à la suite de la mésintelligence qui s'éleva entre leur chef et le gouverneur de la Provence. Elles étaient placées sous la direction du a général des galères » qui montait la galère dite « Galère Réale ». Des chefs d'escadre sous ses ordres avaient leur pavillon sur les « galères patronnes ». Enfin, les capitaines des galères commandaient les galères ordinaires. A bord de chaque bâtiment on rencontrait un lieutenant et un sous-lieutenant ; puis un comité et un sous-comite qui dirigeaient la manœuvre et tenaient « la courbache « destinée à fouetter les galériens. Un argousin et un sous-argousin s'occupaient du « ferrement » et de la garde des chiourmes. Il y avait enfin à bord des bombardiers pour les canons, des timoniers pour la barre, des pilotes et des soldats

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servant la moosqueterie. C'était cependant les galériens rameurs cpii composaient la plus grande partie de l'équipage de ces vais^aux dont ils étaient les moteufs car la galère, pourvue de voiles ne les employait qu'exceptionnellement. Le nombre des galériens atteignait, en effet, 300 à 350 environ.

Nous possédons sur les galères une abondante bibliographie (1). Les forçats eux-mêmes, comme Jean Marteilbe cpii avait été condamné aux galères pour cause de religion, se sont chargés de nous renseigner sur la vie qu'on y menait. Enfin, A. La Roërie et le commandant Vivielle, dans leur magnifique ouvrage Naçires et Marins se sont longuement appesantis sur la flotte à rames et spécialement sur les galères (2).

« Sous la Ve dynastie pharaonique, ont-ils dit, se place un fait capital pour l'avenir de la marine à rames. Le pagaye disparait peu à peu, elle est remplacée par l'aviron ». Celui qui, en effet, imagina le premier de fixer sa pagaye pour prendre un point d'appui sur le bord âge du navire, venait de faire une découverte sensationnelle en faisant passer les Méditerranéens à un stade que les peuples indigènes n'ont pas encore franchi; du même coup, la galère était inventée ; elle, et tout son cortège de gloire militaire, de fructueux négoce et aussi de misères hiunaines.

Pendant toute l'antiquité les navires à rames sillonnèrent les mers égyptienne, phénicéenne, grecque et latine. On vit les galères participer ensuite, durant tout le moyen âge, à toutes les rencontres navales de l'histoire : elles virent à Lépante triompher la Croix pour atteindre, au moment où Brézé devenait leur général, la perfection dans la construction et dans la tactique. On était encore imbu, à cette époque, de la supériorité d'un mode de locomotion qui ne dépen-

(1) Barras de la Penne, Jurien de la Gravière, etc..

(2) Éditions Duchatre et van Buggenhoudts.

dait en rien du caprice des vents et permettait aux chefs d'escadre de faire les mouvements qui leur plaisaient. Mais, déjà, le règne de la galère était à son déclin. Le navire à voiles allait peu à peu se substituer à elle pour des raisons que nous expliquerons et la construction de la Couronne^ relatée plus haut, marquait le début d'une ère nouvelle qui n'était toutefois qu'à ses débuts.

Jusque-là, ce que nous appellerons le « régime des galères », c'est-à-dire l'utilisation de la main-d'œuvre humaine à des fins de propulsion maritime, avait eu sur la civilisation une incalculable portée. De ce fait, des contacts réguliers s'établissent entre les peuples de la mer Egée, notamment entre l'Egypte et la Grèce. Les Phéniciens nouent des relations commerciales avec tous les riverains de la Méditerranée. Rome associe ses trirèmes à sa domination impériale. ^ Puis, au moyen âge, les- idées et les arts de l'Orient pénètrent peu à peu en Europe. A ce point de vue, le rôle de Venise, dont la flotte à rames assure la richesse, fut prépondérant. Les galères, en convoyant et remorquant les nefs, ont rendu possible le succès des croisades. Plus tard, aux mains des Chevaliers de Malte, elles serviront de rempart à la Chrétienté. Par contre, que de drames, de pillages, de servitudes inhumaines ne faut-il pas rattacher à cette exploitation de la chiourme I Ce ne seront, au cours de plus de deux mille ans, que razzias de rameurs, qu'expéditions de pirates dont les exploits datent du temps de Pompée, que débarquements et enlèvements de popu- . lations paisibles par les Barbaresques sur les états très chrétiens.

f C'est pourquoi dans son généralat des Galères,

Armand de Brézé ne se voyait pas seulement attribuer une grasse prébende et un haut commandement sur mer. Il était investi d'une lourde charge administrative impliquant l'entretien d'une dizaine de milliers ) d'hommes, ce qui était beaucoup à l'époque, et d'une

vingtaine de navires dont il fallait assurer la construction, € Tesplamage »,. la réparation et l'armement. Enfin, une fonction sociale était dévolue à ce jeune homme de vingt ans. En effet, un tel régime était une tare sociale, une survivance de l'esclavage. Bien que les esprits colorassent ce maintien de l'homme à la rame d'une excuse de défense contre les Barbaresques, l'infraction au commandement de la charité chrétienne n'en subsistait pas moins. On s'en rendait compte en haut lieu. Nul doute que Brézé ne le sentît lui-même. Par nécessité, le service du roy ne pouvait s'y soustraire, mais il était possible, d'apporter à cette coutume des adoucissements. Nous verrons à cet égard qu'Armand de Brézé améliora la vie des galériens grâce aux ordonnances de Richelieu.

Quoi qu'il en soit, au moment où Brézé recevait son commandement, le corps des galères était dans toute sa splendeur. Il fallait que le jeune chef s'initiât d'abord à ce milieu très spécial, a La flotte à rames avait, en effet, son jargon, disparu avec elle, la langue maritime du Levant, distincte de celle du Ponant, qui prévalut sur les vaisseaux. » Ajoutez à cela qu'elle était prononcée avec l'accent provençal, ce qui la rendait encore moins compréhensible.

Afin de connaître le cadre dans lequel va évoluer le sujet de cet ouvrage, voici la description d'une galère du xvii« siècle, d'après les cartons de Barras de la Penne et l'ouvrage de La Roërie et Vivielle : « A l'avant s^ trouve l'éperon, bloc de sapin d'environ 6 mètres de long, fixé sur le capion de proue, soutenu par une espèce de console, le « taillemer ». Cette structure supporte en dehors de la coque proprement dite une petite plate-forme basse, triangulaire, qui est le € tambouret », fort utile pour la manœuvre des ancres. A l'arrière du « tambouret » commence le a talar », vaste rectangle posé sur la véritable coque et dans lequel s'aménage la chiourme. Les deux petits côtés du rectangle sont les « jougs », joug de poupe

et joug de proue, faisant saillie d'environ 65 centimètres sur la plus grande largeur du bordé. Les grands côtés sont les « apostis », poutres longitudinales où se fixent les « escales » (tolets).

Une galère large de 6 mètres au fort se tennine ainsi par une caisse rectangulaire de 8 mètres de large environ. A l'intérieur se logent les 25 bancs des ra-. meurs, distants l'un de l'autre d'à peu près 1 m. 25. Ces bancs laissent dans l'axe une allée, la coursie, où l'on peut circuler. Entre les bancs sont deux marchepieds, l'un dans la position normale, la banquette, l'autre un peu plus sur l'avant, la « pédague », sur laquelle l'homme prend appui en faisant effort sur l'aviron. Au-dessus^ de l'apostis règne la « pavesade », léger écran de planches. Un étroit chemin de ronde, la coursie, permet aux soldats d'y circuler. Là n'est pas cependant leur poste le plus ordinaire, car l'on se bat surtout par l'avant.

A l'arrière, nous rencontrons l'espalle divisée en deux parties et qui sépare la chiourme de la poupe où se trouve une sorte d'antichambre rappelant une tonnelle. Dans la « partaguette », sorte de perchoir, se tient l'officier de quart. « Les gravures du temps, disent La Roërie et Vivielle, nous le représentent couché sur le flanc, accroupi, à quatre pattes, « cramponné avec la peau du ventre » comme disent les gabiers. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un seigneur considérable : le soin de la navigation est laissé à un sousordre, pilote ou bas-officier. Le capitaine ou l'officier de quart se tient, en temps normal, à l'intérieur du « carrosse », ou « tabernacle ».

La galère cale si peu qu'on ne loge presque rien dans ses soutes : un peu de charbon, l'hôpital ou plutôt un grabat, la « taverne » (cantine de bord), la « chambre des poudres », la soute aux vins, la « compagne » cellier, la « chambre des conseils » carré des officiers et le « gavon dç poupe », cabine du capitaine.

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