CHAPITRE XX
UN ROCROY NAVAL Victoire de Barcelone (30 Juin-3 Juillet 1642).
Nous voioi au jour « failly », à l'heure H marquée par le destin pour la rencontre des armées navales de France et d'Espagne, marchant, pour la première foi«, concentrées Tune contre l'autre : amiral de Sa Majesté catholique contre lieutenant général du Roy Très-Chrétien : Ciudad-Real contre le marquis de Brézé. C'est une date dans l'histoire de nos deux nations.
M. le général est satisfait du beau travail de ses galères et notamment de celles de M. le commandeur de Vincheguerre à qui revient l'honneur du succès du 26 juin. Le bailli de Forbin espère qu'il aura le temps de préparer au combat ses navires en vue de la grande journée qui s'annonce. Cette préparation consiste à c esplamer » les galères pour les suilfer. On sait que la vitesse joue un rôle primordial dans la actique de ces navires. On peut même dire que, de cette vitesse jointe à leur liberté de manœuvre et à leur endurance, dépend tout l'avantage de la rame sur la voile.
Les gabarits des Réaies, Patrones et Ordinaires ont été étudiés pour présenter le moins de résistance possible à la lame. Mais cette résistance est encore diminuée par le suifîage de la coque. Ou fait cette opération au dernier moment, m mettant toute la
chiourme à tribord, par exemple, ce qui fait sortir la carène hors de l'eau du côté opposé ; on suiffe rapidement et l'on recommence à bâbord la même manœuvre. Après quoi, la palamante pourra souquer sur ses longs avirons avec la certitude de voler comine une mouette à la crête des vagues.
Nos galères, qui avaient d'abord été à l'aiguade pour faire de l'eau et se trouvaient au fond du môle de Barcelone en train « d'esplamer », daiis la matinée du 30 juin, furent surprises par l'arrivée de l'ennemi. Elles commençaient à se mettre à la bande pour donner le suif, y> quand la vigie de Montjuich signala l'approche de la flotte ennemie. Il était 10 heures du matin.. En un instant, toute la population de Barcelone se pressa sur le môle pour assister à l'incroyable spectacle d'une bataille navale qui allait se dérouler en partie sous ses yeux (1). En effet, du haut de son formidable îrocher, « la garde du Mont-Juif, qui pour sa hauteur domine avantageusement sur toute cette côte et découvre de fort loin en mer, fit signal qu'elle voyait les ennemis qui approchaient en bon ordre, » couverts de voilures, étendard en tête de mât, « étant au-dessus du vent et ayant bon nombre de barques, outre les vaisseaux et galères. » Aussitôt, le marquis de Brézé « tesmoignant à sa contenance une grande joie », envoie au bailli de Forbin l'ordre d'appareiller. « lequel ne demandant aussi pas mieux de son côté, fit cesser nos galères d'esplamer et leur donna ordre de sarper (lever l'ancre), ce qu'elles firent nonobstant une grosse pluie et un vent contraire. »
A midi du même jour, nos vaisseaux qui avaient fait voile, étaient sortis du port, civac^ère au vent, par une houle qui les obligea à fermer les sabords de la batterie basse. Le marquis de Brézé et son conseil de guerre ^ firent voir combien ils désiraient le com-
(1) P. Foumier. Consulter également la Gaxette de France, des 19 avril et 8 août 1642. Archives nationales Marine B4 fol. 445.