‹ Maillé-BrézéChapitre 28 sur 44 · UN ROCROY NAVAL · texte numérisé non relu

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bat ». Ils avaient, en effet, de bonnes raisons pour le différer car ils avaient le vent contraÎFe. Mais Brézé ét€dt impatient « de donner ».

C'est alors qu'apparaît la parfaite utilisation des galères entre ses mains car elles furent conduites » si adroitement » qu'en moins de trois heures elles gagnèrent au vent de l'ennemi. Celui-ci, usant de l'avantage qu'il avait sur les vaisseaux a qui est le premier dessus la mer » combattait avec une grande vigueur. On n'avait jamais entendu «c plus de canonnade, ny gens plus délibérez de part et d'autre jusques à ce que nos galères ayant gagné, vinrent donner suf l'arrièregarde des Espagnols, composée de douze vaisseaux et de dix galères que Qudad-Real, en voyant venir les nôtres, avait détachées du gros de son armée ». Cette heureuse diversion de l'escadre légère de Forbin avait contraint l'amiral espagnol à changer son ordre de bataille. L'arrière-garde ennemie « ne rendit pa^ le combat qu'on attendait d'elle » parce que ne voulant pas perdre l'avantage du vent, « elle perdoit par là l'occasion de nous entamer. »

Nos galères profitent de cette circonstance, elles s'approchent de celles de l'ennemi, « lesquelles lorsqu'elles se virent à la portée du canon des nôtres, redoutant leur abord, s'enfoncèrent dans le gros de leur armée », abandonnant leurs douze vaisseaux d'arrière-garde. Notre amiral dessine alors une manœuvre remarquable. Tirant parti de la confusion qui règne dans les rangs des galions, il vire de bord, se retourne courageusement sur eux et sur leurs galères, coupant toute la ligne d'escadre adverse « avec un tonnerre de canonnades qu'il leur délâcha de ses deux bords »-

Cette tactique très personnelle à Brézé, et qui a fait sa fortune était si audacieuse, <c elle étonna tellement les ennemis, qu'aucun de leurs vaisseaux ne l'osa approcher. » Nqus ne saurions trop insister sur le courage personnel que déploya dans cette journée

notre amiral q\ii fit T admiration des ennemis, « L'appréhension des domestiques du marquis d^ Brézé n'étoit pas moindre. » Il apparut, en effet, au miliou de ses adversaires dont il avait disloqué la fonaation a tout environné de feu et de fumée et, ce qui ajouta à la merveille, fut que trois brûlots des ennemis qui se voulurent attacher à son vaisseau se oonsunièreiit sans aucun effet sinon qu'ils brûlèrent sa ba^IÛè^e de poupe ». On ne saurait tracer une plus belle image du combat.

Alors intervinrent nos brûlots. L'un d'eux jeta ses grappins sur un vaisseau de 40 pièces de oanou et de 400 hommes d'équipage, le contraignant à se rendre « pour se garantir du feu ». La nuit sépara les deux armées. La nôtre n'avait éprouvé aucune perte. Elle avait « tué beaucoup aux^ ennemis qui y perdirent aussi quatre vaisseaux ».

En effet, Ciudad-Real avait brassé ses voile» pour attendre les amiraux Sarelo de Urdanivia et Thomas de Echaburu, qui manœuvrèrent si maladroitement, qu'ils se prirent leur beaupré dans la place d'armes : le brûlot de Cristobal de Salinas s' étant par mégarde accroché à eux, Brézé fit donner un de nos brûlots qui acheva de consumer les navires de Salinas et de Urdanivia. Le San Thomas de Aquino^ enveloppé par les nôtres, se rendit avec 300 hommes d'Ecbaburu. Un autre navire fut ruiné.

Tel était le bilan de cette première journée ; la lutte était loin d'être terminée. Le lendemain, i^ de juillet, dès la pointe du jour/ on découvrit l'armée ennemie à huit milles de nous, au-dessous du vent, faisant mine de mouiller. Aussitôt, le marquis de Brézé, se souvenant de l'avantagé que sa manœuvre du jour précédent lui avait donné, signale ; Ordre aux galères de gagner le vent et de tourner l'ennemi. Mai» Ciudad-Real gouverne sur nous par le travers de Garrafa et tombe sur nos trois lignes d'escadre : Brézé, Gange, Montigny, qui reçoivent le choo sans

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plier, A midi, ridant toujours l'avantage du vent, Brézé continue le combat qui « ne fut pas moins furieux » que celui de la veille et dura jusqu'à la nuit.

No§ galères, dans les rangs desquelles figure toujours la Saint-Germain, ayant gagné un gros vaisseau ennemi, ouvrent le feu sur lui avec leurs coursiers, ce qui oblige deux gros vaisseaux dunkerquois à se porter à leur secours. Nos galères voyant alors que celles de l'ennemi « estoient éloignées de leurs vaisseaux » n'héBitent pas à abandonner les Dunkerquois pour aller charger les galères ennemies. Ciudad-Real se rend compte du danger; il quitte le gros de son encadre pour s'opposer à nos galères. Il y avait imprudence à les y poursuivre, nos galères retournèrent donc aux trois vaisseaux qu'elles avaient quittés. Elles ^mirent l'un d'eux, la Testa de Oro, en si mauvais état que Jean Philippe de Valbelle put monter à F abordage comme un simple matelot et reçut une balle au travers du corps.

Nous avions fait malheureusement au cours de cette bataille une autre perte très sensible. Le Galion de Guise^ battant pavillon du vice-amiral chevalier de Corrigan de Cangé, ayant abordé la Magdeleine armée de 66 pièces de canon, montée par 1 200 hommes et bien que très inférieure à elle, l'avait réduite à demander quartier lorsqu'un de nos vaisseaux, ayant accroché le vice-amiral de Dunkerque pour le brûler, fut repoussé si maladroitement sur le vaisseau de Cangé qu'il le brûla. Cette circonstance imprévue nous privait d'un magnifique vaisseau « enrichi de dorure de la poupe au phanal ». Mais, chose plus grave, elle devait entraîner la mort d'un de nos meilleurs chefs d'escadre breton en la personne de M. de Cangé, lequel après avoir lutté plusieurs heures durant contre le mestre de camp irlandais de Tirconel et perdu 150 hommes sur les 540 composant son équipage, « eut le bras droit rompu d'une mousquetade ». Il ne

voulut pas survivre à la perte de*son vaisseau (1). Après avoir conseillé à ceux qui étaient avec lui de se retirer dans sa chaloupe, il resta seul à son bord et se laissa embraser avec lui. Cependant, l'un des trois vaisseaux que nos galères avaient si rudement et si longuement combattus, la Magdeleine, comme pour nous venger, coulait à fond en même temps que le brave Cangé. La nuit, une fois de plus, sépara nos deux armées.

Le 2 juillet, elles se trouvent à douze milles Tune de l'autre. Brézé donne la chasse à Ciudad-Real qui s'enfuyait vers les Baléares. Le calme qui survient empêche nos vaisseaux de poursuivre leurs ennemis. Au coucher du soleil un vent frais qui se lève permet à la flotte espagnole de battre en retraite. L'obscurité avait permis à Ciudad-Real de nous échapper.

Le 6, une tempête « inopinément survenue du côté du Levant » donna beaucoup de peine à nos galères. Mais tant est grande la résistance de la chiourme qu'eUe ne les écarta pas toutefois de leurs vaisseaux. La poursuite continue le 7, par temps modéré; nous sommes en vue de Majorque, Ciudad-Real s' enfuyant toujours. Pendant toute la journée du 8 et durant la nuit suivante, nous nous efforçons vainement d'attirer les ennemis au combat. Le marquis de Brézé détache même en avant-garde, pour les forcer à se battre, quelques vaisseaux et quelques galères ; mais les Espagnols ne veulent point virer de bord. Le 9, les nôtres ayant perdu les ennemis de vue, nos galères sont envoyées en reconnaissance devant Majorque où elles aperçoivent l'escadre espagnole « de l'autre côté de la ville » refusant tout engagement.

Le marquis se tint encore la nuit à son bord et employa tous les moy-ens pour attirer Ciudad-Real au combat. Il n'y parvint pas davantage ; alors, le

(1) Journal d^ bord d'un officier de la flotte du Ponant. Archives de la Marine.

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