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10 juillet, le conseil de guerre assemblé, ayant jugé que c'était perdre son temps que de penser à obliger la flotte ennemie à sortir, résolut que notre armée navale retournerait à Barcelone, où elle arriva le 11 juillet. Le 16, nouvel appareillage de notre armée qui prend la mer pour aller « derechef chercher les ennemis et les combattre, soit qu'ils fussent joints ou non, au secours qu'ils attendent de Naples ». Si elles n'y réussirent point, nos escadres prirent du moins cinq vaisseaux chargés de biscuit pour Perpignan et s'emparèrent « de plus de cent pièces de canon de fonte, dont ils estoient montés ». La déroute des espagnols était complète. En tenant compte de tous les engagements de cette campagne, ils avaient perdu une dizaine de vaisseaux ou de galions, plusieurs brûlots, plusieurs centaines de tués, plus de quatre cents blessés, plusieurs centaines de prisonniers parmi lesquels les amiraux Sotonaajor, Thomas de Echaburu, le mestre de camp de Tirconel, le capitaine de pavillon Andrès de Herrera. Mais ce qui surtout donnait à cette victoire de Brézé toute sa signification, c'est qu'il avait atteint son objectif : barrer la route de Perpignan aux renforts espagnols, si bien que, grâce à son action navale, la capitale du Roussillon tombait le 9 septembre au pouvoir de Richelieu. Brézé avait l'ordre d'éviter un combat général « maintenant que Perpignan est pris ».
Au cours de cette longue campagne qui avait duré cinq mois du 22 avril au 10 septembre, le marquis de Brézé, lieutenant général des armées navales et général des galères, avait montré les plus brillantes qualités. D'abord comme chef : là où Sourdis avait échoué, il avait réussi à rétablir la discipline et l'esprit de camaraderie dans son armée. Il avait apaisé les conflits latents du nord contre le midi, la « mauvaise » intelligence des galères contre les vaisseaux et fait oublier à la de Baumes les coups de canon qu'elle avait reçus du sieur du Quesne. L'autorité du marquis
de Brézé était faite de sa modestie, de sa réflexioa et de sa sagesse. On eût pu craindre obei cet enfant gâté de la légèreté, de Tinsuffisance et d'orgueilleux caprices. Mais lui ne montrait que réserve et discrétion. Il ne lûanquait jamais de réunir avant l'action son a conseil de guerre ». Il écoutait avec respect les avis d'un Cangé ou d'un Montigny, ceux d'un Forbin ou d'un Vinehe* guerre et, s'il est exact que Brézé faisait tout ce que du Dognon voulait, il n'eut pas à regretter, en Toc* currence, d'avoir suivi les conseils du capitaine de la Saint' Germain.
Ensuite, œmme marin* Les vieux loups de mer qui avaient labouré l'Atlantique et la Méditerranée de leurs étraves, étaient flattés du goût que ce jeune bomme de vingt-trois ans montrait jour le métier qui était le leur et dont il avait le sens. Brézé s'attribuait toujours les corvées les plus difficiles. Au lieu de bisw^r son pavillon âur l'escadre du Levant et de cingler en quelques heures de Toulon à Barcelone par le travers du mistral, il avait laissé cette besogne à Cangé et préféré le périple de Brest en Catalogne par le détroit de Gibraltar, traversée qui avait duré du 22 avril au 8 mai. Nous avons parlé de l'encombrement des galères, mais les vaisseaux eux-mêmes étaient chargés à couler bas. Les marins de cette époque avaient résolu ce problème effarant d'équilibre de loger sur un mauvais vaisseau de 500 à 1 200 tonneaux, qui manquait de stabilité, plus de 60 canons avec leur approvisionnement de lourds boulets à fond de cale et 500 à 600 hommes d'équipag^ont la subsistance pendant de longs séjours à bord exigeait un tonnage élevé de biscuit, de lard et d'eau douce. On devine le danger et rinconfort de la navigation sur ces navires.
Comme tacticien^ Brézé s'était fait remarquer par la rapidité de ses décisions et l'audace de ses ma» nœuvres. La jonction des éléments épars de son armée peut passer comme un modèle et la façon dont 11 prévint Ciudad-Real par sa concentration, comme
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un exemple d'ingéniosité. Brézé avait réalisé avec le plus grand bonheur cette liaison des armes si recherchée des stratèges. Ayant fait son premier stage sur les galères dont il était demeuré le général, il avait obtenu, par son ascendant sur ce corps d'élite mais ombrageux, le maximum de rendement. Jamais on n'utilisa le bâtiment léger avec plus d'à-propos. On admire la façon dont il tint le contact avec P amiral grâce € à la découverte » des navires à rames et à leurs observations. C'est grâce à cela qu'il put, après avoir été chercher l'Espagnol chez lui, virer de bord et lui barrer juste à point la route devant Barcelone. Et pendant le combat, quelle maîtrise !
Mais c'est surtout par son courage personnel que Brézé s'attira l'admiration générale. Ce jeune chef de guerre apparaissait à tous auréolé de flamme et de fumée. Passant comme un météore au milieu des brûlots incandescents et en sortant, telle une salamandre, .miraculeusement indemne, il avait quelque chose de sacré et inspirait des dévouements mystiques. On comprend, après cela, le sacrifice d'un Cangé, se laissant brûler à son bord pour ne pas survivre à ses marins dont les Espagnols avaient la barbarie de couper les mains quand ils se raccrochaient à leur chaloupe (1). Après Primauguet (Portzmaugeur), Breton comme lui, Hercule de Corrigan de Cangé préparait après son holocauste la rédaction du code d'honneur du marin.
Un (( Rocroy naval », telle fut cette grande bataille de trois jours que l'on devrait appeler, non de Barcelone, mais dès côtes d'Espagne. Quelques mois avant la victoire terrestre des Ardennes qui devait débarrasser le nord de la France de la menace espagnole, les journées du 30 juin au 16 juillet 1642 ne devaient pas avoir une moindre portée. En permettant la prise de Perpignan, elles rejetaient définitivement
(1) Parets.
rennemi loin des Pyrénées. En outre, si le grand Condé détruisit la légende de la fameuse infanterie espagnole, son beau-frère, le marquis de Brézé fit mentir le renom d'invincibilité de la flotte « vierge ». Cette invincibilité déjà compromise devant Cadix, Qvdad-Real devait à jamais en délester les galions sur la route de Barcelone aux lies Baléares. Seulement, il manquait au Maillé-Brézé pour le faire comprendre à la France l'éloquence d'un Bossuet et l'auditoire d'une cour du Roi-Soleil où tout était grand !