CHAPITRE XXVII
SIÈQE d'oRBITELLO
9 mai 1646.
Le duc de Brézé commandant en chef des troupes de terre et de mer.
Depuis BÎx ans, nous avons l'emporté sur mer, le long des /îôtes d'Espagne, des succès ininterrompue et fait de la Méditerranée occidentale une mare nostrum. Cette action nous a permis de nous emparer du Roussillon, de soulever la Catalogne et de prendre Rosas. Malheureusement, nos armées de terre se heurtent à des difficultés considérables dans cette péninsule ibérique ingrate, inculte, au milieu d'une population fanatique. Nous nous usons dans ces ports ^comme sur les piquants d'un hérisson. L'Espagne, d'ailleurs, ne réussira jamais à la France. En diplomate rusé, qui connaît la maison d'Autriche, Mazarin revient à la pMitique italienne. Là, au moins, les habitants des riches territoires de Toscane, de Lombardie et des Deux-Siciles, sympathiques et pénétrés de la civilisation de la Renaissance, réservent un accueil agréable à nos armées.
La grande pensée de Maiiarin, c'est de donner comme roi aux Napolitains le prince Thomas de Savoie et de reprendre la route suivie par Charles VIII et Louis XII. Un pli secret remis à la flotte et portant le mystérieux chiffre 463, lui assigne comme mission de débarquer eh Toscane un corps expéditionnaire, sous le commandement du prince Thomas de Savoie et du marquis
d'Hexelles. Le point choisi, c'est Orbitello, port qui est toutefois placé dans une position extrêmement forte. Une presqu'île, sorte de promontoire sur lequel s'élève une masse énorme, le Monte-Argentaro, est reliée à la terre par une mince lagune et, à l'abri de ce môle naturel, s'incurvent deux baies : celle de Port-l'Ercole au sud, celle de San Stéfano au nord. Entre les deux baies, dans un lac, a été construite la place d'Orbitello. On se demande comment on a choisi pour débarquer cet endroit si facile à défendre et où nos ennemis s'apprêtent à une résistance opiniâtre.
C'est cependant vers Orbitello que le duc de Brézé va conduire toute sa flotte et, avec elle, un nombre infini de barques qui transporteront les troupes destinées à prendre la ville. En fait, toute la^ responsabilité de cette affaire, sur terre comme sur mer, a été laissée au grand maître de la navigation ; la présence du prince Thomas de Savoie étant plutôt nominale. C'est la première fois, et cela manquait à la collection de ses ordres, que Brézé commande en chef dans une action combinée avec des éléments de terre et de mer. Pour son début, on ne lui a pas donné une tâche aisée. Mais on sait qu'il est capable de la mener à bien. Luimême a confiance dans son étoile.
Et cependant, il sait qu'il sera tué. Une magicienne le lui a prophétisé et le duc de Brézé croit à un tel point à cette prédiction que des Réaux nous apprend qu'avant de partir pour hisser son pavillon sur le vaisseauamiral, il a mis de l'ordre dans ses affaires, fait son testament, acquitté toutes ses dettes, embrassé tendrement son père, dit adieu à ses amis. Telle est la droiture de ce beau caractère, la fermeté de cette âme bien trempée qu'Armand de Maillé duc de Brézé, ayant ainsi assuré sa dernière traversée, « part content » dit l'auteur des Historiettes, lequel n'est pas suspect de prêter à ses contemporains de beaux sentiments qu'ils n'ont pas. Le courage légendaire de Maillé-