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Brézé, son mépris de la mort, le sens de son devoir militaire dont il est pénétré au plus haut degré, ont donc triomphé de ses appréhensions et chassé les mauvais rêves. Jamais il n'aura fait preuve de plus de bravoure qu'au cours de cette campagne, jamais il ne sera davantage exposé au feu de l'ennemi. Toute l'armée connaît la prophétie : il s'agit de lui montrer que -son chef n'a pas peur.
Le journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson nous donne sur cette expédition les renseignements les plus circonstanciés : « Le vingt-troisième au matin (avril), dit-il, le coup de partance fut tiré et, sur le soir, tout le monde s'embarqua sur les vaisseaux, galères et barques de l'armée navale. » Celle-ci était composée de 16 galions, 10 galères, 8 brûlots, 2 flûtes et 68 barques ou tartianes chargées ae vivres et de victuailles, et d'une partie de l'infanterie et de la cavalerie de l'armée de terre, composée de 12 régiments : Normandie, Lyonnais, Provence, Navailles, Carignan, Huxelles, etc., et celui des galères.
Quant à la flotte, nous y retrouvons pour la dernière fois tous nos vieux amis les capitaines et leurs vaisseaux : « Les seize galions estoient commandés, sçavoir : U Admirai sur lequel estoit M. le duc de Brézé, par les sieurs du Cruzet et de Forgettes; le Soleil par M. de Montigny ; la Lune^ sur lequel était M. le comte du Dognon, par M. du Mé; le Saint Thomasrd^Aquin par M. de l'Eschasserie ; V Admirante par M. de Salvana; le Saint- Jacques de Dunkerque par M. Gabaret ; le Cardinal par M. de Linières ; le Grand Anglais par M. Paul ; la Vierge par M. de La Lande ; le Sourdis par M. Garnier ; le Triomphe par M. du Ménillet; le Triton par M. de Lusseraye; le Lion Couronné par M. de Gardane; le Saint-Charles par M. de Friambault ; la Magdelaine par M. d' Aimeras et la Duchesse par M. de Vieumarché. » Ainsi qu'on peut s'en rendre compte, le matériel naval ne s'est pas renouvelé, ce qui est regrettable; mais les chefs
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sont t'OujourB les mêmes (sauf Cangé et La Roche- Brasdefer qui ont été tués) et cela est un avantage, car tous ces capitaines expérimentés, ont coutume de mener leurs pavires à la victoire.
Quant aux a bruslots », ce sont ; Le Saint-Perdinandy capitaine Samin; la Marguerite dis Ponant^ capitaine Thibault ; la Marie^ capitaine Montenay ; la Levrette, capitaine La Borde; la Lionne, capitaine La Palue; les Deux Aigles , capitaine Payault; V Espérance, capitaine Mariauchau ; la Mecque, capitaine Sanvaget. Marins qui sortent du rang mais connaissent bien leur métier.
Les flûtes sont commandées : U Espérance de Lubeck par le sieur Cléron ; le Cancre d'Or par le sieur Boyer ; le Porteur de Bois par le sieur Pascal ; le Saint- Jacques de Portugal, servant d'hospital^par le sieur de Cour, Et soixante-huit barques et tartanes chargées de vivres, de munitions de guerre, chevaux et esquipages d'artillerie » portant un corps de débarquement d'une vingtaine de mille hommes et plus de six mille marins»
Enfin, voici les vingt galères commandées : la Capitane où M. de Vincheguerre estoit, par M. d'Estoublon ; la Baillebaude et la Valbelle par eux-mêmes ; la Princesse par le sieur de La Brossardière ; la Montaulion, la Pilière, la Bayarde et la Manse par eux-mêmes ; la Mazarine par M. de Bandol; la d'AUemange, la Vins et la Fortias par eux-mêmes ; la Rouç^iUe par le sieur François ; la Chatellux par La Tour ; la fiesque par le sieur Botte; la Montréal par le chevalier de Montréal, la Ducale par M. de Village; la Fronsac par M. de Bègue, la Vincheguerre par le sieur Martin ; la Cardinale par le sieur de Pérussis. Tous ces navires de guerre ont embarqué ce qui reste de cavalerie et d'infanterie que les barques n'ont pu prendre.
Le 27 avril à midi, on lève l'ancre de la rade a des Isles d'Hyères ». « Le 3 mai au matin, le vent s'estant trouvé un peu bon, l'on mit à la voile pour continuer la route vers la ooste d'Italie. » Mais, pendant la nuit,
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le calme survient et les courants rejettent l'armée vers Savone, Le 6 et le 7, « il fut jugé à propos de a'arrester à la rade de cette iale de la Piaubsa pendant le reste de ce jour pour donner loisir à nos barques fort escartées dé s'y rassembler* et ppur donner aussy du temps aux galères de s'avancer vers nous, a Les 'arques avaient -suivi les galères, cependant de crainte que quelquesunes d'entue elles ne se fussent avancées jusqu'à San Stéphane, où le reîidez-vous de toute l'armée avait été donpé, M.* le due de Brézé envoya M. le comte du Dognon, vice-amiral, avec ordre de mouiller vers San Stéphane « pour assurer nos barques s'il "y en trouvent ». La précaution était bonne, car nous avions été avisés que deux galions croisaient devant Pôrtl'Ercole. *
Enfin, le 9 mai au matin, le gros de la flotte entrait dans la baie entre Telamone, San Stephano et la rade d'Orbitello, où le comte du Dognon, avec ses trois vaisseaux, avait déjà mouillé. « Le mespie comte du Dognon apporta à M. le prince Thomas et à M. le . duc de Brézé un plan de toute cette coste et du fond pour le mouillage des vaisseaux, qui fut iait le plus proche qu'il se put du fort de San Stephano, hors de portée du canon, où nos douze galères et le reste de nps barques escortées nous vinrent joindre sur le soir dumesme jour. » ^
Dans toute la carrière de Brézé, nous n'avons guère trouvé qu'un acte contestable : ce fut d'avoir Tiommé comme vice-amiral Louis de Foucauld de Saint- Germain Beaupré, comte du Dognon, sur lequel nous nous sommes déjà expliqué. Des Réaux a dit qu'il « l'avait empaulmé » et qu'il faisait « tout ce que l'autre voulait », ce qui fut son « malheur ». Il semble bien, en effet, que ce fut du Dognon qui entraîna son chef et ami dans cette malheureuse expédition où il devait trouver la mort.
Brézé l'avait comblé d'honneurs, « il l'aimait, dit Jal, d'uae affection sérieuse et l'avait reçu des mains
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du cardinal ; le duc se démit en sa faveur de la lieutenalice générale du. gouvernement de Bouage, Oléron, etc.. Outre cela, il lui fit dohner, le 9 mai 1646, un brevet de marr chai des camps et armées du roy. » C'est en cette qualité et comme vipe- amiral qu'il accompagnait le duc de Brézé à Orbitello. Il semble que cet acte de favoritisme eût indisposé les vieux capitaines que nous venons de citer et qui n'obéissaie/it qu'avec répugnance au jeune vice-amiral, non pas que du Dognon manquât de courage; il avait au contraij*e fait preuve de bravoure dans tous les combats où il avait assisté aux côtés de son chef depuis six années « mais, dit Jal, il était peu expérimenté, hautain, avare, violent et, par ses défauts, s'était aliéné bien, des -gens. » Nous verrons plus loin lesf conséquences de cette nomination prématurée. Pour le moment, il est bon de remarquer que du Dognon assista de son mieux le duc de Brézé au cours du siège d'Orbitello, qu'il ne ménagea point s,a peine et ne craignit jamais d'exposer sa vie, mais en exposant en mênîe tpmps celle du grand amiral.
Revenons à notre récit. Le transport de forces si importantes, qu'on n'en avait jamais convoyé de telles, s'était accompli dans les meilleures conditions possibles. Aucune unité navale, aucune barque, aucun soldat ne manquait à l'appel devant le point désigné par le code 463, c'est-à-dire Orbitello et, le fait d'avoir déjoué tous les plans de la flotte ennemie qui devait s'opposer Vlu débarquement, constituait pour Maillé- Brézé un succès stratégique des plus remarquables. Le débarquement des troupes, sous le feu de l'ennemi, ne se réalisa pas avec moins d'audace ni moins de bonheur.
Le récit d'Olivier d'Ormesson, respire tout l'enthousiasme du soldat pour le grand maître de la navigation. M. le duc de Brézé commande au comte du Dognon de descendre sur le mont Argentaro avec 400 hommes, pour s'approcher du fort de San Stephano, que le duo