SIEGE D ORBITELLO
« fit battre de six de ses navires et de quelques galères (jusqu'à ce) que celui qui y avait été envoyé le jour précédent, afin de commander dans ce fort, ayant été tué d'un coup de canon, ceux qui étaient dedans perdirent le cœur et se rendirent au duc de Brézé sur les 8 heures du soir à discrétion. »
Le 11, le grande amiral visite le fort de San Stephano, d'Argenson l'accompagne. Les ouvrages ayant été trouvés en assez bon état, le duc y laisse le chevalier de l'Eschasserie, avec des troupes de la marine, en attendant que l'on y mît un gouverneur. Alors le « duc s'en alla incontinent après à cette tour des Salines accompagné du comte du Dognon et tout le reste de ce jour fut employé à faire la circonvallation pour le siège. » L'opération se révéla plus difficile que l'on ne l'avait cru à cause des éminences voisines et du lac au travers duquel les ennemis firent entrer dans Orbitello des barques chargées d'infanterie. Le samedi 12, M. le prince Thomas et M. le duc de Brézé prennent leurs quartiers devant Orbitello. Ce dernier a quitté son navire pour mener lui-même, avec du Dognon, les opérations à terre. Les journées des 13 et 14 sont employées à débarquer les canons, les munitions. Le même jour, M. d'Argenson se concerte avec M. le commandeur de Vincheguerre « pour faire traistier et conduire le canon au camp par les forçats des vingt galères ». A cet effet, on prend un homme de chaque galère, tant turcs que mariniers.
Le 17, M. le duc de Brézé fait augmenter le nombre des chaloupes que l'on avait commencé de jeter sur l'étang. Dans l'après-midi, il visite la tranchée et donne les ordres nécessaires pour la continuation du travail. Le 18 et le 19, la chiourme et les mariniers des galères amènent au camp sept pièces de canon. C'est vraiment l'opération type de débarquement.
Du Dognon se dépense alors sans compter; le 23, il « fit un fort beau logement sur la contre-escarpe du fossé de la place, d'où les ennemis sortent pour s'y
opposer ; mais ils furent .repoussés si vigoureusement jusques à vue des demi-lunes, que l'un de leurs officiera fut tué d'un coup de pistolet par La Rente, l'un des gardes de M. le duc de Brézé, desquels gardes il y en eut sept ou huit de blessés ou de morts sur la place. Dognon fît lui-même fort courageusement tout ce qïii se pouvait en cette occasion, où il exïk)sa fort sa personne ». Le chevalier d'Anstrain, aide de camp du duc, fut blessé d'une mousquetade à la cuisse. La ^osse, enseigne des gardes de Brézé, lequel « combattit un officier des ennemis, qui se présenta avec l'épée et la rondache, le contraignit de se retirer honteusement, bien que ledit La Brosse n'eût que son épée ».
Au cours de ces opérations à terre, qjui ne relèvent pas de la science du marin mais de celle du maréchal de camp Brézé, se souvenant des leçons de son père devant Pontoise et Amiens, a fait preuve d'un sens remarquable de tacticien et montré, comme toujours, devant les cassines comme sur le pont des vaisseaux, un mépris total de la mort. Auprès de lui, il a vu tomber la fleur de son état-major et de ses gardes sans rien perdre de son sang-froid et de sa bravoure. Il a réussi, par son exemple, à coordonner l'action combinée de la flotte et du corps de débarquement qui aurait dû être couronnée rapidement de succès si l'étude des possibilités de forcement des défenses, terrestres avait été mieux prises en considération. En tout état de cause, il a jeté, comme il le lui était ordonné, plus de 20 000 hommes devant Orbitello dans les conditions les plus heureuses.