‹ Maillé-BrézéChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La déclara^tion de guerre à l'Espagne. — Le « Petit marquis de Brézé » en Artois. — r II reçoit la survivance du gouvernement de l'Aunis.

Le 19 mai 1635, alors que Jean Armand de Brézé n'avait pas atteint la seizième année, se produisit un événement qui devait décider de sa vie et de sa gloire. Ce jour-là, trois mois avant la mort de sa mère, S. M. le roi Louis XIII, suivant la tradition chevaleresque qui avait été de mode sous François 1©^^ envoya à Bruxelles un héraut d'arijaes pour déclarer solennellement la guerre au cardinal infant et au roi d'Espagne. C'était le début de cette « guerre de trente ans » qui s'acheva par la défaite de la maison d'Espagne, le morcellement de l'empire germanique et par l'arrivée d'un Bourbon, petit-fils de Louis XIV, sur le trôiie de Philippe II.

Nous n'avons pas à retracer les phases de cette guerre au cours des dix années pendant lesquelles celui dont nous avons entrepris l'étude y participa, autrement que pour montrer la part qu'il y prit et les succès qu'il y remporta. Il est d'abord essentiel, pour la compréhension de notre sujet, d'indiquer quelle était, à la veille de ces hostilités mémorables, Ja position internationale de l'Espagne. « Ses rois, dit M. de Francheville, étaient incomparablement les plus riches. "^es mines du Mexique et du Potosi semblaient leur

fournir de quoi acheter la liberté de l'Europe. » Ce projet de la monarchie universelle de notre continent chrétien commencé par Charles-Quint, fut d'abord soutenu par Philippe IL II voulut, du fond de l'Escurial, asservir la chrétienté par les négociations et par la guerre. Il envahit le Portugal, il désola la France, il menaça l'Angleterre. Sous Philippe III, son fils, 1^ royaume conmiençait à s'épuiser, la fierté oisive des habitants laissa passer en d'autres mains les richesses du nouveau monde; l'or du Pérou devint le partage de tous les marchands de l'Europe; en vain une loi sévère ferme les ports de l'Amérique espagnole aux autres nations ; les négociants de France, d'Angleterre, d'Italie chargent de leurs marchandises les galions, en rapportent le principal avantage et c'est pour eux que le Pérou et le Mexique ont été conquis. La grandeur espagnole ne fut donc plus sous Philippe III qu'un vaste corps sans substance qui avait plus de réputation que de force. Cependant, la bête n'était pas près d'être forcée : elle allait, avant que de se mettre aux abois, donner de terribles coups de boutoir.

Richelieu destinait son neveu à la première campagne qui devait être dirigée contre les Espagnols. Il estimait alors que « les desseins de la maison d'Autriche étaient de rendre leur monarchie universelle en divisant princes, potentats et républiques ». L'objectif de la France pour abattre cette maison, c'était donc de « rétablir ses alliés en leurs États et dignités », Vest-à-dire la Hollande, la Savoie, Modane, Parme, Mantoue, la Saxe, l'Alsace. Le but principal à atteindre, c'était les Pays-Bas qu'il fallait attaquer par nos frontières du nord.

Le maréchal de Brézé qui, après avoir assisté au siège de La Rochelle, avait fait ses preuves comme maréchal de camp en Piémont où il dirigea les campagnes de 1629 et 1630, avait un rôle important à jouer dfiHtts cette nouvelle affaire, H ayait été fait

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maréchal de France en 1632 et envoyé comme ambassadeur auprès du roi de Suède Gustav Adolphe. En 1634, il avait été nommé commandant de Tarmée d'Allemagne et avait pris, en cette qualité, Heidelberg et Spire avec l'appui de Bernard de Saxe-Weimar. Sa conduite lui avait valu la lettre élogîeuse suivante, où Ton sent toutefois déjà percôr de l'inquiétude sous une pointe d'ironie au sujet du caractère violent d'Urbain et de sa passion pour le jeu :

« Mon frèrej

« Tous ceux qui viennent de l'armée se louent de la façon avec laquelle vous vous y gouvernés ». Et le cardinal qu'on représente toujours comme plein de morgue fait cette remarque typique î « Je ne saurai vous dire l'aise que j'ai d'avoir appris la courtoisie avec laquelle vous vivez avec tout le monde » ce qui sera d'ailleurs le trait de caractère du fils d'Urbain Jean Armand. Richelieu continue t « 11 n'y a rien de si aisé que de servir son maître sans acquérir la haine des particuliers, vu que pour parvenir à cette fin, il ne faut que faire les choses avec raison et sans passion, vous rendant assidu et appliqué aux affaires, accessible, égal et courtois à tous les particuliers, indiftérent à la perte ou au gain qui se fait au jeu. Vous aimant comme je fais, je ne puis que me réjouir d'avoir lieu d'espérer ce que vous est du tout avantageux. »

D'ailleurs, Arnaud d'Andilly, intendant de l'armée, avait écrit le 17 novembre au cardinal ; après lui avoir rendu compte de l'état des choses, il ajoutait : « M. le mareschal de Brézé se conduit de telle sorte que jamais général ne fut receu avec plus de joye... »

Aussitôt après la déclaration de guerre à l'Espagne, le maréchal de Brézé fît passer son armée dans les Pays-Bas. Jean Armand qui, quelques mois auparavant, avait eu son régiment, reçut l'ordre de rejoindre son père. C'était de cette façon qu'on faisait l'éduca-

tion des enfants. A vingt-trois ans, Turenne était maréchal de camp et avait déjà gagné une grande bataille. Jean Armand de Brézé, colonel à quinze ans, faisait à seize ans sa première campagne militaire ; il n*y a rien là pour nous étonner. Cette épreuve du feu décidait de la carrière de ceux que leur naissance appelait à recevoir éventuellement d'importantes charges militaires. Ils avaient la ressource, s'ils se comportaient mal devant l'ennemi, de se faire abbé.

Le plan de Richelieu était d'attaquer le cardinal Infant au cœur même de ses possessions. Si l'on consulte une carte de Louis XI II, on est étonné de constater que les Impériaux sont aux portes de Paris. Sous le nom de Pays-Bas espagnole, . ils n'englobaient pas seulement toute la Belgique, mais la Flandre avec le port de Dunkerque, où naissait Jean Bart, et toute la province d'Artois, avec le Cambrésis. Les marches impériales sont truffées de places fortes, notamment celles d'Arras, de Landrecies, de Cambrai, de Denain. C'est cette menace qui pèse sur le royaume de France que le grand cardinal a le dessein d'éliminer pour toujours afin que l'on puisse dormir tranquille à Paris.

Ce sera donc dans les Pays-Bas espagnols que les armées françaises vont exercer leur principale action pendant que leurs alliés protestants, notamment le Brandebourg, le Mecklembourg, opéreront dans le Saint-Empire et c'est en cette occurrence que le « petit marquis Brézé » va donner la première mesure de son courage, de son sang-froid et de ses aptitudes guerrières.

Le maréchal de Brézé remportait, le 20 mai 1635, sur les Impériaux la bataille d'Avein. Son fils, colonel à quinze ans, se trouvait auprès de lui et les exemples qu'il eut sous les yeux n'étaient pas faits pour lui donner une haute idée de la guerre. « Les alliés prirent Tirlemont où ils tuèrent, pillèrent, violèrent à plaisir ; mais ce fut le terme de leur succès. » Les troupes françaises durent retraiter dans des conditioni lamentables,

« rarmée, qui comptait vivre sur le pays, fut en quelques semaines réduite de 2Ô 000 soldats à 6 000 mendiants que les Hollandais furent obligés de rapatrier sur mer. »

Ce fut bien pis l'année suivante. Le cardinal Infant don Fernando franchit la frontière et, le 15 août, foïça le passage de la Somme à Corbie. On peut suivre alors dans les lettres -de Richelieu l'angoisse dans laquelle il vit. Pour sauver Paris, il fera appel à sa famille, aux « deux Brézé ». Le cardinal qui, en cette occurrence, eut une conduite admirable, n'hésite pas à jeter en travers de l'armée assaillante ce qu'il a de plus cher : le corps de son neveu. Quel meilleur exemple à donner au peuple de France dont l'exode douloureux encombre les routes du nord de Paris ! Il écrit, en effet, au roy le 5 août 1636, dans une lettre datée de « Chabot », cette phrase tynique qui peint à la fois l'orgueil du cardinal et son désir de mettre les siens en avant :

« J'envoie le « petit marquis de Brézé » à Pontoise avec son gouverneur (La Vergne) qui est homme de guerre. Il faut à cette occasion mettre toute pierre en œuvre ». La « pierre » qui va barrer la route, c'est un enfant de seize ans. Tous les historiens s'accordent à dire que Richelieu, en cette occurrence, se montra au-dessus de lui-même en donnant le spectacle d'une confiance que rien ne pouvait ébranler.

Richelieu a l'œil à tout. Le 17 août, deux jours après la prise de Corbie, il écrit à Chavigni après avoir donné l'ordre à son neveu de monter sur Compiègne : « J'ai retenu le sieur de Mailly sous prétexte d'avoir des nouvelles du roy (1). J'ai écrit à M. de Longueville pour tâcher de faire jeter de Normandie dans Abbeville 5 ou 600 hommes avec de bons officiers. Amiens est de telle importance qu'il est du tout nécessaire d'y jeter des gens. Je ne «ais pas ce que feront les

(1) Tome V, page 549.

ennemis, mais ma pensée est qu'ils iront à Abbeville ou à Amiens. On ne saurait être en état d'aller aux ennemis de trois semaines. Je coudrais que les deux Brézé, qui sont à Compiègne, fussent dans Amiens,,, »

Nouvelle lettre le lendemain : « Je supplie le roy de pardonner l'inquiétude que j'ai sur le sujet d'Amiens que je crains plus pour la raison des personnes qui sont dedans que pour la place. Ma pensée est que Sa Majesté y doit envoyer Charost et les deux Brézé qui sont à Compiègne^ envoyant en leur place le régiment de Beausse, qui couche aujourd'hui à Senlis... »

C'est* alors que Richelieu stimule le roi lui-même qui a pris le commandement de l'armée. Il lui écrit le 18 octobre 1636 (i) : « Plus je pense à l'importance d'empêcher qu'on ne puisse ^eter des moulins dans Corbie, plus j'estime qu'il faut faire tout ce qui se "^ïourra pour cet effet et, partant, je crois si Sa Majesté le trouve bon, qu'il serait à propos de loger M. Lambert avec les deux Brézé et un autre régiment ou à Vert ou à quelque autre logement où il y ait bon couvert » afin d'empêcher le passage de la rivière à ceux qui voudraient jeter quelque chose dans la ville. On sait le reste : Corbie fut reprise et, le 3 novembre, les envahisseurs avaient quitté le royaume. La France était sauvée. En cette occurrence, les lettres qui précèdent témoignent de la part que le « petit Brézé » prit à cette libération du territoire qui s'accomplit comme NicoUe venait de rendre le dernier soupir.

Son oncle n'avait pas attendu ce moment pour le faire nommer gouverneur de Brouage, montrant alors vers quel destin il comptait diriger son jeune neveu : vers la mer. Mais comme ce commandement ne suffit pas à contenter son ambition, il profite du désarroi dans lequel se trouve le royaume pour payer les services du « petit marquis de Brézé ». Le 27 juillet 1635, il écrit au roy :

(1) Tome V, p^ge 629.

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« Lorsqu'il plut au roy m'accordet la survivance de Brouage pour le petit Brézé, j'oubliais de faire comprendre l'Aunis, ce qui fait que je supplie maintenant Votre Majesté de l'avoir agréable, afin que Brouage, l'Aunis et les îles ne soient pas dans diverses mains. Le commandement que Sa Majesté m'a fait d'user librement en son endroit, fait que je prends la hardiesse que je fais sur l'assurance que j'ai qu'elle ne le trouvera point mauvais (1) ».

De cette nomination date la carrière navale du marquis de Brézé, La change de gouverneur équivalait à ce que serait de nos jours le poste de préfet maritime, cumulé avec celui de préfet régional et de com* mandant en chef de corps d'armée. Nonobstant les précieux avantages pécuniaires qui y étaient attachés, c'était un commandement civil et militaire presque sans contrôle de toute cette province qui passait àjuste titre pour le boulevard de l'océan,

Brouage n'était pas alors ce misérable port de barques, obstrué par les alluvions de la Charente et de la Seudre que nous connaissons aujourd'hui, mais l'un des ports les plus fréquentés et les plus riches de l'Océan. Richelieu, voulant avoir en Saintonge a un point militaire qui fût, avec le château d'Oléron et le fort de la Prée (île de Rhé) comme l'arsenal de sa puissance en Occident, avait choisi Brouage ». Il en fit établir les fortifications sur les plans de l'habile ingénieur d'Argencourt et cette place, dit un vieux chroniqueur, « siège d'une amirauté et d'un bureau de fermes, fut dès lors une des places frontières les plus fortes et les mieux bâties du royaume. »

Quant aux « îles et tours de La Rochelle » et de l'Aunis, c'était une région hérissée de défenses côtières et insulaires : Oléron, Rhé, Madame, Boyarville, etc.,, et qui, depuis le siège de La Rochelle, représentaient pour la Couronne une valeur d'actualité considérable

(1) Tome V, page 123.

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ainsi que lea événements U prouveront dan» la suite. Les donjons de la Chaîne et de la Lanterne rendaient quasi impossible le forcement de ce port que le cardinal avait dû prendre par la famine.

Enfin, dans Brouage et dans *La Rochelle, il y avait « des magasins de la marine » et ^ quantité de vaisseaux et de barques ». Ces deux ports accouplés, que Rochefort devait détrôner sous Cçlbert, constituaient le centre de l'armature navale du Ponant. C'est en étudiant le gouvernement de ce» établissements de guerre que le marquis de Brézé, dès l'âge de seize ans, devait commencer son apprentissage de marin.

Il est assez difficile, à ce propos, de savoir à quel moment il prit effectivement ses fonctions. La survivance de la charge lui avait bien été assurée par le roy le 10 novembre 1635 (l'original des lettres patentes autographes n® 61 361 fait partie de la collection Delavaud). Mais à ce moment-là, Richelieu en était titulaire. Ce qui ferait croire que Brézé fut de bonne heure lieutenant général de ce gouvernement, ce sont les lettres relatives à la Fronde en Saintonge, extraites des Archives historiques de Iq Saintonge^ XLVI, p, 7 :

« Des dites places de Brouage, Oléron, et Ré, ledit deffunt sieur cardinal a toujours joui sans qu'autre que le dit ^eur cardinal et M. le duc de Brézé, qui étoit lieutenant de Roy, n'ayant eu dans les dites places jamais d'autres personnes ayant commandé qu'en çualité de capitaines, sous l'autorité du dit gouverneur et lieutenant de Roy »,

Ce n'est qu'après la mort du cardinal, que Brézé se démit de sa charge de « lieutenant général pour le Roy de Brouage entre les mains du comte du Daugnon »

Quant à la date à laquelle le marquis de Brézé cessa d'être lieutenant pour devenir titulaire de la charge, on devrait la placer au 2 juhi 1642, c'est-à-dire quelques mois avant la mort de Richelieu. Ce jour-là, en effet, il prête serment au Parlement comme « gouverneur lieutenant général de Brouage, isles de Ré et d'Oléron,

de PAunis et de La Rochelle ». Cette façon de voir est corroborée par l'extrait suivant (page 9) des Archives historiques précitées :

« La ville 'et gouvernement de La Rochelle et pais d'Aunis est un gouvernement dont feu M. le cardinal de Richelieu feût pourveu par la démission de feu M. de Thoras et depuis M. le duc de Brézé en a été pourvu par son déceds. et le comte du Duagnon a été pourvu de la lieutenance de Roy que son Éminence a trouvé bon qu'il recompensât au comte de Jonzac qui Tavoit achetée du comte de Parabaire. »

D'après J. Sottas (Reçue de Saintonge 1928), le gouvernement géijéral de l'Aunis, Brouage et îles adjacentes devait comprendre quatre gouvernements particuliers : 1^ Le gouvernement de Brouage ; 2P celui de l'île d'Oléron avec la ville et la citadelle ou château d'Oléron; 3^ le gouvernement de l'Aunis avec La Rochelle et les tours du port ; 4° celui de l'île de Ré avec le bourg de Saint-Martin et le fort de la Prée.

Cette charge était avantageuse : « Les appointements sont de six mil livres par chacun an, savoir : pour Brouage par mois 500 livres, pour Oléron 100 livres et pour Ré 100 livres. Somme totale par mois 700 livres et pour huit mois de monstre la dite somme de 6 000 livres. Outre cette somme, les appointements de capitaine du fort de la Prée à trois cents livres par mois. » Jean Armand avait été gâté par son parrain qui lui assurait ainsi une fonction aussi politiquement importante que lucrative et qui, à partir de 1635, faisait partie de son patrimoine.

Tallemant des Réaux a porté ce jugement sur lui : « Il n'avait pas un grand esprit ; il était timide et embarrassé. » Armand de Brézé, élevé sous la férule du cardinal, n'affirma jamais beaucoup sa personnalité; mais, s'il fut timide à la cour de Louis XIII, il ne l'était plus sur le pont de son vaisseau ni dans l'exercice de son commandement. D'ailleurs, l'auteur dés Historiettes rectifie : « Il ne laissait pas pourtant

d'être glorieux et se tenait découvei*t tout le matin afin que l'on ne se couvrît pas « devant lui. Ce neveu de Richelieu avait le sens de sa grandeur. On pourrait faire, à cet égard, un parallèle entre lui et son roi Louis XIII. Tous deux ayant reconnu la supériorité du grand cardinal, avaient su s'effacer devant son génie.

Des Réaux ajoute : Brézé « était brave et libéral )i. Ce sont là les vertus les plus nécessaires pour un chef des galères qui doit chercher le corps à corps à l'abordage. Aucun marin, à aucune époque, mais surtout à ce moment, n'a pu s'imposer à ses équipages sans donner l'exemple du mépris de la mort. Toute la vie de Brézé en témoignera.

Autre remarque touchant Armand. Dans un siècle où les grands seigneurs se flattaient de ne pas payer leurs créanciers, avant d'engager la bataille d'Orbitello, il avait fait dresser l'inventaire de ses dettes et pris les mesures pour qu'à son décès il y fût pourvu. « L'ayant ainsi réglé, il partit content. » A ce trait, nous reconnaissons déjà dans le surintendant à la navigation et au commerce un des prédécesseurs inmiédiats du grand Colbert dans cette charge où le respect des engagements pris, la ponctualité dans l'exécution des promesses et l'économie étaient indispensables pour créer une grande marine.

Pour nous le représenter physiquement, nous avons plusieurs portraits de Jean Armand marquis de Brézé. Celui qui le peint dans la force de l'âge mérite surtout de retenir notre attention par la franchise un peu dédaigneuse du regard et la pureté des traits. C'est une physionomie sympathique, ouverte, sans arrogance, qui laisse, en effet, entrevoir une certaine timidité, bien ju'il y ait beaucoup de recherche dans la toilette. Sa perruque est soigneusement ondulée au fer et séparée par une raie impeccable en deux parties égales. Ceint d'une cuirasse parfaitement adaptée à son buste élégant et sur laquelle flotte l'écharpe du commandement,

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portant un col, de fine dentelle en point d'Angleterre, Jean Armand, duc de Fronsac, apparaît comme un spécimen typique de ces gentilshommes du xvii^ siècle qui avaient le plus grand souci de leur tenue. Le nôtre est particulièrement bien ordonné et peigné. Au visage émacié, nerveux du cardinal auquel il ressemble par certains côtés de son exproasion, il oppose une figure sereine et reposée. Sa fine moustache, retroussée « à la Richelieu », lui doniie l'allure classique du mousquetaire. C'est un beau garçon, une gravure de mode du temps de Louis XIIL A Tangle dextre du tableau, on voit les armoiries des Maillé avec leurs trois lasces de gueules qui semblent passer comme une houle sur le champ d'or du blason. Celui-ci posé sur le manteau hermine et sommé d'une couronne ducale, est traversé par une ancre en pal avec cette devise : Stetit unda ftuens. Qn se saurait trouver d'armes parlantes ni de devise plus éloquentes que celles de ces Maillé-Brézé et qui annoncent déjà l'éclatante gloire navale de celui dont le portrait porte cette suscription : a Armand de Maillé, marquis de Brézé, duc de Fronsac. Pair, Grand Maître, Chef et Superintendant général de la Navigation et Commerce de France, etc., tué devant Qrbitello en l'an 1646. » Et, pour rappeler cet événement tragique, l'on voit dans l'angle senestre de la peinture toute une mêlée de vaisseaux et de galères engagées au combat.

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