‹ Maïmonide (volume 2)Chapitre 50 sur 94 · De intellectu et intellecto, in fine · texte numérisé non relu

De intellectu et intellecto, in fine

2. Dieu est toujours intellect en acte, sa perception n'éprouve aucun empêchement ni de lui-même ni d'ailleurs : Guide, ch. G8, p. 3ii.

monde qu'à une certaine époque, sans que pour autant on soit fondé à soutenir qu'en créant le monde il aurait passé de la puissance à l'acte, ce qui supposei'ait un efficient antérieur à Dieu.

On conclut encore à l'éternité du monde de ce que pour Dieu il n'y a ni besoin ni obstacle qui l'engagent à modifier son vouloir, que, partant, il n'y a pas de raison pour qu'il agisse aujourd'hui plutôt qu'hier. — Nous répondrons : Lorsqu'une action n'a absolument pas d'autre but que d'obéir au vouloir même de la volonté, cette volonté n'a pas besoin de sollicitation extérieure. Et. dans ce cas, il n'est pas nécessaire non plus que celui qui a la volonté, tout en n'éprouvant aucun empêchement, agisse toujours. Car il n'a pas de but extérieur qui le fasse agir, de manière qu'il soit forcé d'agir dès l'instant qu'il n'y aurait pas d'entrave, puisque l'action, dans l'espèce, obéit à la seule volonté.

Mais, objectcra-t-on, n'y a-t-il pas changement en cela même que tantôt on veut et tantôt on ne veut point? — Non pas. car il entre dans la définition de la volonté de vouloir et de ne pas vouloir. Dans un être matériel, la volonté, étant déterminée par un fait extérieur, il y a changement ; mais la volonté de l'être pur. qui n'est aucunement déterminée par autre chose, n'est point sujette au changement, et s'il veut maintenant ceci et que demain il veuille cela, il n'y a pas là changement dans son essence pas plus qu'il n'est sollicité par quelque cause externe.

Le troisième argument qu'on allègue en faveur de l'éternité du monde se formule ainsi : Tout ce que la sagesse divine décide doit appaimitre immédiatement: or la sagesse de Dieu étant éternelle comme son essence, ce qui en résulte est également éternel. — •* De même que nous ignorons pourquoi sa sagesse a exigé que les sphères fussent au nombre de neuf, par exemple, de même nous ignorons pourquoi sa sagesse a fait que l'univers existât après n'avoir pas existé. Nous ignorons totalement la loi de cette sasresse.

Nous avons donc montré, conclut MaïmoniJe, que notre . hypothèse est admissible, qu à tout le moins elle nest pas impossible. A présent, il s'assit d'établir que notre opinion est préférable au point de vue spéculatif et que l'autre opinion conduit à des conséquences absurdes (').

Suivant Maïmonide, les choses sont par suite d'un dessein, et non par nécessité. L'univers prouve un Créateur agissant avec intention. Non pas qu'il faille croire avec les Motécallîm que Dieu détermine à chaque instant chaque phénomène, sans être enchaîné par une loi quelconque ('). La détermination (') doit se fonder sur la nature de l'être.

Nous poserons d'abord à Aristote la question suivante : Les choses sublunaires ayant une seule et même matière, commune à toutes, d'oii vient donc la diversité des espèces et la diversité des individus ? — 11 nous répondra que la diversité des objets s"e:vplique par la diversité des mélanges.

Nous adresserons à Aristote cette autre question : S'il est vrai que le mélange des éléments est la cause qui dispose les matières à recevoir les formes diverses, qu'est-ce donc alors qui a disposé cette matière première de façon qu'une partie reçût la forme de feu, une autre la forme de terre, etc. '? Puisque tout a une matière conmiune. qu'estce donc qui a rendu la matière de la terre plus propre à la forme de terre, la matière de feu plus propre à la forme de feu ? — Aristote répondra : Cela s'explique par la différence des régions qu'occupent les éléments (*). Ce sont ces régions qui ont déterminé dans la matière unique des

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