‹ Maïmonide (volume 2)Chapitre 53 sur 94 · I. Ib., ch. 21. — 2. Guide, II, ch · texte numérisé non relu

I. Ib., ch. 21. — 2. Guide, II, ch

simple ne peut émaner qu'une chose simple : 2° il faut toujours nécessairement qu'il y ait une certaine relation entre la cause et retl'et : par exemple la quantité ne saurait émaner de la qualité, ni la matière de la forme : 3° tout agent qui opère avec dessein et volonté, et non de par sa nature, peut accomplir des opérations diverses et nombreuses ; 4° un tout composé de substances diverses juxtaposées forme plus véritablement une composition qu'un tout composé de substances diverses mêlées ensemble : les os ou les nerfs sont plus simples que l'ensemble de la main ou du pied.

Ces propositions reçues comme démontrées, nous demanderons : comment les intelligences pures ont-elles pu devenir la cause des sphères émanant d'elles ? Quel rapport y a-t-il entre la matière des sphères et l'intelligence pure, qui est absolument immatérielle? Supposé même que chaque sphère eût |)our cause une intelligence, laquelle serait composée en ce qu'elle se pense elle-même et qu'elle pense ce qui est en dehors d'elle — si bien qu'elle est en quelque sorte composée de deux choses, dont l'une produit l'autre intelligence qui est au-dessous d'elle, et dont l'autre produit la sphère — on pourrait demander :

Cette chose une et simple dont émane la sphère, comment a-t-elle pu produire la sphère, puisque celle-ci est composée de deux matiè.ies et de deux formes : d'une part la matière et la forme de la sphère, d'autre pari la matière et la forme de l'astre fixé dans la sphère ? Si donc tout se passait pair voie de nécessité, il faudrait supposer dans cette intelligence composée une cause également composée de deux parties donLl'une produisît le corps de la sphère et l'autre le corps de l'astre. Il ne faut pas oublier non plus que la matière des astres dilTère et que tout corps est composé de matière et de forme.

De môme, la diversité du mouvement des sphères n'est pas en rapport avec leur ordre successif. En outre, si la matièi^e de toutes les sphères est une, comment se fait-il que les corps célestes ne reçoivent pas successivement la

lormo les unes des autres, comme cela arrive dans le monde suhlunaire où la matière première qui est une est susceptible de revêtir toutes les formes ? Chacun des corps célestes ayant une existence qui lui est particulière et à laquelle ne participent point les autres, comment se fait-il pourtant qu'il y ait communauté en ce qui concerne le mouvement circulaire des sphères ou la fixité des astres ?

Dans l'hypothèse de la nécessité, tous ces phénomènes demeurent inexplicables, tandis que tout devient clair dès l'instant qu'on pose un Créateur qui a agi avec intention, de par la libre volonté de sa sagesse incompréhensible.

Aussi bien, remarque Maîmonide ('), si nous évitons de professer l'éternité du monde, ce n'est pas que le texte scripturaire proclame absolument et sans contestation possible la création du monde. Les textes pourraient être interprétés allégoriquement en faveur de l'éternité. Deux raisons nous ont engagé à ne pas recourir à l'interprétation allégorique en l'espèce : i" l'éternité du monde n'étant pas démontrée, il ne convient pas de faire violence au texte ; 2° admettre l'éternité comme une nécessité à la façon d'Aristote, ce serait saper la religion par sa base, taxer de mensonge tous les miracles, tout ce que la religion a fait espérer ou craindi'e.

Que si l'on s'avisait d'admettre l'éternité au sens platonicien ('"), on ne commettrait pas d'hérésie et l'on ne serait pas acculé à nier les miracles. On pouri'ait expliquer les textes dans le sens de cette doctrine et même trouver des passages qui l'appuient. Mais comme cette opinion n'est pas démontrée, il n'y a pas lieu de s'y rallier. Xous préférons prendre les textes dans leur sens littéral, et nous disons que la religion nous a fait connaître une réalité que nous sommes incapables de concevoir, et le miracle atteste la vérité de notre doctinne.

Page 1