Guide, II, ch
a. Cf. ib., ch. i3, p. lo; et suiv.
Dès qu'on admet la création, en efïet, tous les miracles deviennent possibles. A toutes les questions que les faits merveilleux soulèvent on répondra : « Cest ainsi que Dieu Ta voulu », ou bien « C'est ainsi que Ta exigé sa sagesse ». De même qu'il a fait naître le monde sous telle forme quand il l'a voulu, sans que nous puissions sonder sa volonté sur ce point ni savoir pourquoi il a choisi telles formes et telle époque particulières, de même nous ne saurions comprendre sa volonté ni sa sagesse, quand il a déterminé les circonstances des miracles. Si la nouveauté du monde était démontrée, ne fut-ce qu'au sens platonicien, les objections des philosophes tomberaient ; au contraire, une fois l'éternité de l'univers établie à la façon dont le veut Aristote, ce serait la ruine de la religion (').
Si la croyance à la création est un article de foi fondamental, il n'en est pas de même de la périssabilité du monde ("■). Croire à la perpétuité de l'univers n'a rien de contraire à la foi. Le monde n'est pas né comme naissent les choses physiques, soumises à une loi naturelle. Ce qui est né selon le cours natui'el des phénomènes doit nécessairement périr selon le cours de la nature : les choses nées dépouillent leurs formes et se dissolvent en leurs éléments originels pour revêtir de nouvelles modalités. ]Mais, dans notre doctrine, qui attribue l'existence des choses et leur dissolution à la volonté de Dieu, et non à la nécessité, rien ne nous force d'admettre que Dieu, après avoir produit une chose, doive nécessairement la détruire. Il est possible qu'il lui confère la permanence. Ainsi en est-il. par exemple, des âmes des hommes supérieurs qui, bien que créées, sont immortelles. Jin somme, la spéculation nous amène à cette conclusion : que le monde n'est pas nécessairementt soumis à la destruction.
Mais nous allons plus loin ; nous nous appuyons d'un
I. Guide. II. ch. a3, p. 1S2; ch. 25, p. 199; ch. 29, p. 226: ch. 3o, p. 234. a. Guide, II, ch. 2;.
gi-and nombre de passages pour soutenir la perpétuité du monde, et nous prétendons que tout ce qui pris littéralement semble en indiquer la périssabilité est évidemment une allégorie (').
Nous sommes donc d'accord avec Aristote pour la moitié de son opinion. Nous croyons que cet univers existera perpétuellement avec la nature dont Dieu l'a doué et que rien n'en sera changé si ce n'est dans quelque détail et par miracle, quoique Dieu ait le [)Ouvoir de le changer totalement ou de le réduire à néant. Cependant le monde a eu un commencement, et, à l'origine, rien n'était en dehors de Dieu. Sa sagesse a exigé qu'il produisît la création au moment où il l'a produite, que ce qu'il avait produit ne fût pas réduit à néant, que l'économie du monde ne fût changée en rien si ce n'est dans quelques particularités. Quelques-unes des modifications introduites par le Créateur nous sont connues, il en, est d'autres qui nous demeurent cachées et qui appartiennent à l'avenir (■).