‹ Maïmonide (volume 2)Chapitre 59 sur 94 · Guide, III, ch. i;; cf. ch. a3, p. iSo · texte numérisé non relu

Guide, III, ch. i;; cf. ch. a3, p. iSo

2. Physique. II, ch. 5 et 6 ; Métaph., XL ch. 8 : cf. Gaide, II, ch. ao.

3. Cf. Guide, III, ch. 23. p. 198. Les Ascharites sont les disciples d'Al- .\schari de Bassora (880-940). Ils admettent des attributs de Dieu distincts de son essence et nient le libre arbitre de l'homme ; cf. Mimk, Guide, I, 338, n. I.

88 RAPPORTS DE DIEt: AVEC LE MONDE

riiomme n'est pas libre, et dès lors les lois religieuses n'ont aucune utilité ; enfin, les actions de Dieu ne sauraient avoir de but final.

4° Les Motazales (') admettent que Dieu sait tout, que sa providence s'étend sur tous les êtres et en même temps que l'homme est libre. Dieu ne saurait être injuste : toutes les créatures, jusqu'aux plus vils insectes, ont droit à une compensation dans une autre vie.

5'' L'opinion juive tient à la fois que l'homme est absolument libre et que Dieu e-t absolument juste. Les malheurs qui fondent sur les hommes ou les bienfaits qui leur échoient sont proportionnés à leurs mérites et sont l'effet d'un jugement équitable.

En résumé, les conditions où se meuvent les individus sont pour Aristote l'efiet du pur hasard, pour les Ascharites Tefiet de la seule volonté divine, pour les Motazales l'efiet de la sagesse divine, pour les juifs l'eff'et de ce que l'individu a mérité selon-ses œuvres. C'est pourquoi il se pourrait, selon les Ascharites, que Dieu fît soufl'rir l'homme vertueux dans ce bas monde et le condamnât au feu éternel, car, dirait-on, Dieu l'a voulu ainsi. Mais les Motazales pensent que ce serait là une injustice et que la créature qui a souffert, fût-ce une fourmi, aura une compensation ; car c'est la sagesse divine qui a fait qu'elle souffrît, afin qu'elle eût une compensation. Quant aux juifs, ils pensent que tout ce qui advient à l'homme est la conséquence de ce qu'il a mérité, que Dieu ne châtie qu'autant qu'on est coupable ('),

1. La secte des .Motazales (= séparés, dissidents) eut pour fondateur Wàcil ibn 'Atà (:oo-749). Les MCtazaJes admettent: i' que l'homme est doué de liberté, qu"il fait le bien et le mal de son propre mouvement, que donc il a des mérites ou des démérites: 2° que Dieu est absolument un, que, par conséquent, il n'a pas d'attributs distincts de son essence. La doctrine des .Motazales rencontra une grande faveur parmi les penseurs juifs; cf. .Munk, ib.', p. 337, n. i.

2. Cf. Guide, III, ch. 17, p. i36: « Cest tantôt une exasrération qui aboutit à nier l'intellig-ible et à contester le sensible (les Ascharites et les Motazales soutiennent, contre le témoignaîre évident de la raison et des sens.

Après avoir exposé les diverses opinions sur la Providence. Maïmonide développe sa propre doctrine.

Dieu est à la fois cause efficiente, cause formelle et cause finale du monde (*). C'est par l'existence du Créateur que tout existe et que tout se perpétue. Dieu est à l'univers ce que la forme est à chaque être et qui par elle est ce qu'il est. la forme constituant son véritable être. Dieu est la forme dernière, la forme des formes (').

Pour Dieu l'existence est si pleine qu'il ne lui suffit point d'exister à lui seul. De son existence il émane de nombreux êtres, et cela, non pas comme la chaleur émane du feu. mais par une action divine qui leur donne la durée et l'harmonie. C'est par l'épanchement qui découle de Dieu que tout se maintient (').

Il y a dans l'univers quelque chose qui en gouverne l'ensemble et qui meut le membre dominant et principal, de manière à gouverner par lui les autres membres. Ce membre dominant c'est la sphère céleste, à qui le premier moteur communique la faculté motrice. Par son mouvement, la sphère gouverne les autres parties de l'univers et envoie leurs facultés à toutes les autres créatures ('). Supposé que le principe directeur suprême vînt à disparaître, la sphère tout entière, tant la partie dominante

que la Providence s'étend sur chaque individu, fût-ce le plus infime insecte; : tantôt cest une trop grande reserve qui conduit à des croyances pernicieuses concernant la divinité, détruit le bon ordre dans l'existence humaine, eftace toutes les qualités morales et intellectuelles de l'homme, et ici je veux parler de l'opinion de ceux qui (comme Aristote) refusent d'admettre la Providence pour les individus humains et mettent ceux-ci au niveau des individus des autres çàpéces aniuales ».

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