‹ Maïmonide (volume 2)Chapitre 69 sur 94 · I. Guide, 111, ch. i3, p. 88 et suiv · texte numérisé non relu

I. Guide, 111, ch. i3, p. 88 et suiv

perfectionnement à lui, mais du nôtre, il y aurait alors lieu de formuler cette question : A quelle fin devons-nous exister avec cette perfection ? Nous arrivons à cette suprême réponse : « Dieu la voulu ainsi (') » ou « Sa sagesse Ta exigé ainsi ». Elïectivenient, c'est là la vérité.

S'il était vrai que tout n'existe qu'en faveur de l'homme , la croyance à la création nous obligeant d'admettre que cet univers aurait pu être créé autrement qu'il n'est, il en résulterait cette absurdité que tous les êtres, excepté l'homme, existeraient sans aucun but, puisque la seule lin que Ton ait eue en vue, et qui est l'homme, pourrait exister sans tous ces êtres.

La seule opinion exacte, conforme à la fois à la religion et à la spéculation, est la suivante : Il ne faut pas croire que tous les êtres existent en faveur de l'homme, ils ont été créés en vue d'eux-mêmes. On ne saurait chercher la cause finale de toutes les espèces. C'est par sa volonté que Dieu a créé toutes les parties du monde, les unes ont leur but en elles-mêmes, les autres existent en vue d'une autre chose qui a son but en soi. De même donc que Dieu a voulu que l'espèce humaine existât, il a voulu que les sphères célestes et leurs astres existassent et que les anges existassent. Dans tout être, il a eu pour but cet être lui-même, et chaque fois que l'existence d'une chose était impossible sans qu'elle fût précédée d'une autre chose, il a produit celle-ci d'abord, comme par exemple la sensibilité qui précède la raison.

Ainsi nous devons croire que la création de l'univers n'a été déterminée qxie par la volonté divine : il n'y faut chercher aucune autre cause ni aucune autre lin (^). Pas plus que nous ne saurions chercher la cause finale de l'existence de Dieu, pas plus ne saurions-nous découvrir la cause finale de sa volonté, en vertu de laquelle tout ce qui est a sa nature propre. Xe nous imaginons donc

I. Cf. I, ch. 69, p. 321-322; II, ch. iS. p. i4i. a. III, ch. i3, p. 95 et suiv. : cf. ch. 20. p. 202.

pas que les splières célestes et les anges n'existent que pour nous. Assurément riiomme est l'être le plus noble et le plus parfait du monde inférieur ; mais si l'on compare son être à celui des sphères et, à plus forte raison, à celui des Intelligences pures, il est bien peu de chose. Si la terre tout entière n'est qu'un point imperceptible par rapport à la sphère des étoiles fixes, quelle sera la relation de l'espèce humaine à l'ensemble de la création? Et comment alors pourrait-on se figurer que la création existe à son intention et qu'elle doit lui servir d'instrument? Mais cela n'est encore qu'une comparaison entre les corps ; que sera-ce, si l'on envisage l'être des Intelligences pures (*) ?

En dernière analyse, la série de toutes les fins aboutit à la volonté et à la sagesse de Dieu. Or celles-ci constituent son essence, et non point des réalités en dehors de son essence. Par conséquent. Dieu est la fin dernière, la fin des fins (^).

Le Problème du Mal.

En face de l'aflirmation de la providence et de la finalité se di'esse le problème du Mal. D"où vient qu'avec un Dieu qui veut le bien des créatures et qui a ordonné le monde suivant les lois de sa sublime sagesse, d'où vient qu'il y ait du mal dans l'univers ?

Les Motécallim estiment que la privation d'une qualité est une chose réelle, existant dans le corps et ajoutée à sa substance, un accident positif et créé. Pour eux, le repos n'est pas la privation de mouvement, la mort n'est pas la privation de vie, mais le repos et la mort sont des accidents créés par Dieu (').

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