lb., III, ch. 20, p
Avant de clore ce chapitre sur les attributs, une remarque s'impose. Pour jugçr exactement un système philosol>liî<im*, il ne faut pas le considérer in abstracto, mais en fonction de son milieu et de son temps. À côté de l'équation personnelle, il y a L'équation circonstancielle. Un penseur prend position non seulement pour ses idées, mais contre certaines opinions. Cette préoccupation polémique es! d'autanl plus forte que L'erreur à combattre est plus grave et plus répandue. Cette préoccupation est plus vive encore chez le théologien, car, pour lui, il ne s'agit pas seulement de vérité, mais de salut. C'est sous cet angle qu'il convient d'apprécier la théorie maïmonidienne des attributs. La rigueur que notre docteur déploie s'explique par les croyances en laveur à son époque. Beaucoup d'esprits, même parmi les plus cultivés, admettaient la corporalité de Dieu l. De là cette particulière accentuation négative chez Maïmonide, de là la troisième place que la croyance à Timmatérialité divine occupe dans les Treize articles de foi, de là la flétrissure de négateur portée contre celui qui professe la corporalité 2.
La position de Maïmonide n'est donc pas une position absolue 3, mais relative à la tournure dominante des esprits du temps. Cela est si vrai qu'à certains endroits il laisse apparaître le fond intime de sa pensée. C'est ainsi que dans Guide, I, ch. 54 (p. 216), il déclare que Moïse, ayant demandé à connaître la véritable essence de Dieu, reçut cette réponse « que son essence ne saurait être perçue dans toute sa réalité » ; par conséquent, elle peut l'être en partie 4. Quand ailleurs on nous dit que Dieu est pensée éter-
1. Cf. Kobéç, II, 8a, col. 1; III, 9b, col. 2; 23b, col. 1; I. S. Reggio, 11a- Torah veha-Philosophia, Vienne 1827, p. 67-68.