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CHAPITRE IX

Devant le spectacle des souffrances et des injustices, des penseurs ont posé le dilemme suivant : de deux choses Tune, ou Dieu ne connaît rien des conditions individuelles ou bien il les connaît1. S'il les connaît, ou bien il y établit Tordre le meilleur, ou il est incapable de les régler, ou il ne s'en soucie point par indifférence ou mépris. Sur ces trois hypothèses, on a rejeté comme inadmissible l'impuissance de Dieu et son mépris du monde. Il reste donc que ou Dieu ne connaît rien des conditions humaines, ou bien il les connaît et il les règle au mieux. Mais, ajoutentils, puisque nous les trouvons sans ordre, nous en devons conclure qu'il ne les connaît en aucune façon.

Ainsi, pour ne pas imputer à Dieu l'indifférence en matière humaine, ces philosophes ont déclaré qu'il ignore tout ce qui se passe dans ce monde. D'après eux, il est impossible d'attribuer à Dieu la connaissance des phénomènes individuels, ceux-ci étant perçus par les sens et non par l'intelligence; or Dieu ne perçoit pas au moyen d'un sens. Ensuite, les choses partielles sont infinies; orlascience consiste à embrasser la totalité, mais ce qui est infini ne saurait être embrassé. Enfin la connaissance des phénomènes qui apparaissent et se transforment ferait subir à Dieu une sorte de changement, car ce serait un renouvellement successif de connaissances.

Voyons ce qu'il faut penser de ces difficultés. C'est une

1. Guide, III, oh. 10 ; cf. Ieçodé ha-Torah, II, 8-10; Introd. à Sanh.tX.

1VV WAIMONIDE.

notion première que Dieu réunit en soi toutes les perfections et que toute imperfection doit être écartée de lui1. Or l'ignorance de quoique ce soit est une imperfection, donc Dieu m1 peul iî«mi ignorer.

Il ne peut survenir à Dieu aucune science nouvelle, de manière qu'il sache maintenant ce qu'il n'a pas su auparavant1. Il ne peut pas non pins, puisque sa science se confond avec son essence3, posséder des sciences multiples. C'est par une science unique qu'il connaît les choses multiples et nombreuses. Les phénomènes nouvellement apparus, il les connaissait avant qu'ils survinssent, il les savait de toute éternité. Par conséquent, il ne lui est advenu aucune science nouvelle.

Mais il en résulterait que la science divine : 1° a pour objet le non-être, puisqu'elle connaît ce qui n'est pas encore; 2° qu'elle embrasse l'infini, puisque les individus à venir sont infinis. — Effectivement! Il n'est pas impossible que la science de Dieu ait pour objet ce qui n'est pas encore, mais dont il sait d'avance la future existence et qu'il est capable de susciter. Ce que la science divine ne peut pas avoir pour objet, c'est le non-être absolu qui jamais n'a d'existence.

Le fait pour Dieu de savoir qu'un être possible quelconque arrivera à l'existence ne fait aucunement sortir ce possible de sa nature de possible. La connaissance anticipée des futurs contingents n'exige pas que l'un d'entre eux se réalise nécessairement. Toute la législation sacrée implique le principe que la prescience divine ne fait pas sortir le possible de sa nature.

Ce qui paraît plus difficile, c'est que la science divine embrasse l'infini. Pour éviter cette difficulté, on a soutenu que la science divine ne porte directement que sur le permanent, c'est-à-dire sur les individus du monde supérieur et sur les espèces du monde sublunaire. Mais d'autres ont

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