‹ MaïmonideChapitre 11 sur 195 · Heilberg, NitéNamanim, Breblau · texte numérisé non relu

Heilberg, NitéNamanim, Breblau

un passage d<1 Gléarque, disciple d'Aristote, qui met en rapport l<4 Stagirite avec un Juif1.

Les théologiens juifs avaient à leur disposition, traduits en arabe, la République, les Lois, \eTimée, le Criton,le P hé don, peut-être Le Parménide de Platon ; la plupart des écrits d'Aristote. Ce fut le nestorien Honein ibn Ishak qui inaugura l'œuvre de traduction arabe (809-873); il compta aussi un recueil des sentences des philosophes qu'on lisait avec assiduité dans les milieux juifs. On possédait en outre les commentaires d'Alexandre d'Aphrodisias m siècle après l'ère chrét.), de Thémistius (ive siècle), de Jean Philopon (vu0 siècle). On consultait des ouvrages de Ptolémée, d'Euclide, de ïhéophraste, d'Hippocrate, de Dioscoride, de Galien. Si l'on ne connaissait pas directement Plotin, on n'ignorait pas pour autant ses idées et celles de son école, attendu qu'on étudiait avec une particulière ferveur deux écrits d'inspiration néo-platonicienne : la Théologie d'Aristote, composée d'extraits des Ennéades de Plotin 2, et le Livre des Causes, tiré de Y Institution théologique de Proclus3.

Jusqu'au xne siècle, c'est Platon et le néo-platonisme qui prédominent. Avec Abraham ibn Daoud, Maïmonide et Gersonide \ Aristote prend la première place et règne en maitre — non absolu, d'ailleurs — sur la philosophie juive jusqu'au xve siècle, où Hasdaï Crescas4 provoque une réaction. L'astre d'Aristote va déclinant, la Cabbale gagne de plus en plus et, avec elle, le néo-platonisme.

1. Dans le traité Dérekh éréç, V, les rabbins saluent dans Aristote un collègue. D'après Abraham Bibago (xve siècle), Aristote aurait été un juif de la tribu de Benjamin. Schém Tob ben Isaac de Tortose (xme siècle) le nomme « le maître de tous les philosophes », et Élie ben Éliézer de Candie (tin du xiv" s.j l'appelle «le divin ».

2. Toutefois, la Théologie n'obtint pas chez les Juifs le même succès que chez les Arabes; voir Dukes, Philosopliisches mis dem Xleu Jahrliundert, Nakel 1868, p. 17. La Théologie fut traduite de très bonne heure en arabe; Al-Kindi l'avait lue de près; cf. Casiri, Bibl. arab. his., p. 306. L'original grec s'est perdu; Dieterici a édité le texte arabe avec une traduction allemande, Leipzig 1883.

3. Voir 0. Bardenhewer, Die pseudo-arislolelische Schrifl ueber das reine (Jn/e, Fribourg-en-B. 1882.

't. Voir le dernier chapitre.

SOURCES DE MAÏMONIDE. 43

Notons que l'influence des philosophes grecs n'a pas été directe; elle s'est généralement exercée par le canal des Arabes qui eux-mêmes connaissaient la pensée grecque surtout par Porphyre et par Alexandre d'Aphrodisias. Cette filiation explique les accointances néo-platoniciennes qu'on relève chez les aristotéliciens les plus décidés.

La troisième source où s'alimentent les théologiens juifs, ce sont les Arabes. Dès le ixe siècle, ceux-ci prennent une part considérable au mouvement scientifique et philosophique, et s'appliquent à harmoniser les doctrines du Coran avec la spéculation rationnelle. Les Juifs qui vivent au milieu d'eux et qui sont agités par la préoccupation des mêmes problèmes, lisent attentivement leurs ouvrages et s'en inspirent plus ou moins fortement : ils doivent beaucoup à Al-Farabi (Abraham ibn Daoud), aux Frères de la Pureté (Baliya), aux Motazélites (Saadia), à Al-Gazali (Juda Halévi), à Avicenne (Abraham ibn Daoud), àAverroès (Gersonide).

En ce qui concerne plus particulièrement Maïmonide, il connaît la littérature scientifique et philosophique alors accessible, grecque, arabe, chrétienne. Il a lu Ptolémée {Guide, I, ch. 72, p. 358 ; II, ch. 9, ch. 24), Galien (I, ch. 72 p. 363; ch. 73, p. 381; II, ch. 13, p. 105; III, ch. 12, p. 72; ch. 32, p. 250), le mathématicien Apollonius de Perga {Guide, I, ch. 73, p. 410; Huit Chap., ch. 4, p. 38), les astronomes arabes Al-Batâni {Guide, II, pe 187; III, p. 100), Al-Farghâni (III, p. 98-100), Al-Kabîci (II, p. 187, 191; III, p. 100), Ibn Aflah Djâber (II, p. 81), Thâbit ben Korra (II, p. 189), les Beni-Schâkir (I, p.384- 385), le médecin arabe Al-Râzi (III, p. 66-69). Maïmonide affirme avoir lu tous les ouvrages arabes sur les religions païennes (voir Lettre aux docteurs de Marseille et Guide, III, ch. 29, p. 231 et suiv.).

Au sujet des écrits authentiques ou apocryphes d'Empédocle, de Pythagore, d'Hermès, de Porphyre, il déclare

qu'ils ae valent pas la peine qu'on s'en occupe l. Par contre, il esl imprégné d'Aristote et il le cite à chaque instant '. Tandis (pie Platon lui paraît trop « obscur et plein d'images » ?, Aristote est pour lui « le prince des philosophes » '. Maïmonide a pris soin de préciser lui-même son attitude à L'égard d'Aristote. « Tout ce qu Aristote, écritil, a dit sur tout ce qui existe au-dessous de la sphère de la lune, jusqu'au centre de la terre, est indubitablement vrai. Personne ne saurait s'en écarter, à moins de ne pas le comprendre, ou bien d'avoir des opinions préconçues (prou veut défendre à tout prix. Mais, à partir de la sphère de la lune et au-dessus, les affirmations d'Aristote ressemblent à des conjectures; à plus forte raison, ce qu'il dit de l'ordre des intelligences, ainsi que certaines de ses opinions métaphysiques qui renferment de grandes invraisemblances, des erreurs évidentes » 5.

Maïmonide a lu Aristote dans les versions arabes; dans sa lettre à Samuel ibn Tibbon il vante la traduction d'Isaac b. Honein0. Cependant il semble qu'il ne remontât pas toujours aux sources même. Ainsi, dans Guide, I, ch. 71, p. 345, il attribue à Thémistius une parole qui est d'Aristote, ce qui fait dire au commentateur du Guide, Moïse de Narbonne : « Il me semble que l'auteur, en composant ce traité, consultait particulièrement les modernes ».

1. Voir la Lettre à Samuel ibn Tibbon. Il est intéressant de noter que Maïmonide ne mentionne pas la Théologie d' Aristote parmi les pseudépigraphes, que donc il l'a tenue pour authentique.

2. Voir p. ex. Guide, I, p. 46; II, 24-27, 51, 110-112, 114 et suiv.. 144, 153-156, 164-168, 179, 194; III, 62, 84-88, 115-119, 415-416. 11 cite nommément Y Ethique à Nicomaque dans Guide, III, ch. 43, p. 343; ch. 49. p. 403 et 416; dans ce dernier passage il cite aussi la Rhétorique.

:;. Maïmonide cite Platon dans Guide, I, p. 68; II, pp. 69, 107-109. 197.

4. Guide, I, ch. 5, p. 46; lettre à Samuel ibn Tibbon, dans le Recueil, édit. d'Amsterdam, 14b.

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