Guide, III, ch. 25; cf. 1, ch. 19, p
2. On retrouve la même idée chez Guillaume d'Occam, Gerson, Destartes, Schopenhauer.
était possible, l'existence étant indubitablement un bien. L'être et le non-être dépendent de la sagesse divine ; mais souvent nous ignorons comment cette sagesse se manifeste dans les œuvres de Dieu. C'est sur cette croyance qu'est fondée toute la doctrine mosaïque. Elle dit au commencement : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et c'était très bien » (Gen., 1, 31), et elle prononce vers la fin : « Le Rocher, son œuvre est parfaite » (Dt., XXXIÏ, 4).
Comme toutes les actions divines, les lois que Dieu a prescrites à Israël ont toutes une raison, bien que nombre de ces raisons nous échappent1. Tout commandement et toute interdiction poursuivent une fin utile. Tantôt l'utilité saute aux yeux, comme la défense de tuer et de voler; tantôt elle est obscure, comme lorsqu'on interdit les mélanges hétérogènes2. Mais c'est toujours notre bien que la divinité a en vue 3.
L'esprit des penseurs s'est exercé sur la question 4 de savoir si l'univers a une fin dernière. Or, c'est une question vaine.
L'idée de dessein ne saurait s'appliquer qu'à une chose qui n'existe pas encore 5. Mais l'être nécessaire qui toujours a été ne tombe pas sous l'idée d'efficience ni de finalité6. Comme il n'a pas été fait, on ne saurait en chercher le but final. On ne saurait demander : « Quelle est la fin dernière de l'existence du Créateur? » puisqu'il n'est pas créé. Dès lors, il est clair que la question du but final ne peut se poser que pour une chose née qui a été faite avec intention par un être intelligent.
Après ce qui précède on comprendra qu'on ne saurait chercher un but final à l'ensemble de l'univers ni selon les partisans de la création, ni selon l'opinion aristotélicienne de l'éternité du monde. Une fois admise, avec Aris-