‹ MaïmonideChapitre 120 sur 195 · Tel Saadia, Emounôth, IV · texte numérisé non relu

Tel Saadia, Emounôth, IV

Dieu, on pourrait encore demander : à quelle fin Dieu doit-il être adoré, puisque sa perfection ne peut s'accroître et que, lors même qu'il n'existerait absolument rien en dehors de lui, il n'en souffrirait aucunement dans sa perfection? Que si Ton répondait qu'il ne s'agit pas de son perfectionnement à lui, mais du nôtre, il y aurait lieu de formuler cette question : à quelle fin devons-nous exister avec cette perfection? Nous arrivons à cette suprême réponse: « Dieu l'a voulu1 » ou « Sa sagesse l'a exigé ainsi ». Effectivement, là est la vérité.

S'il était vrai que tout n'existe qu'en faveur de l'homme, la croyance à la création nous obligeant d'admettre que cet univers aurait pu être créé autrement qu'il n'est, il en résulterait cette absurdité que tous les êtres, excepté l'homme, existeraient sans aucun but, puisque la seule fin que l'on ait eue en vue, et qui est l'homme, pourrait exister sans tous ces êtres.

La seule opinion exacte, conforme tout ensemble à la religion et à la spéculation, est la suivante : les êtres n'existent pas en faveur de l'homme, mais en vue d'eux-mêmes. On ne saurait chercher la cause finale de toutes les espèces. C'est par sa volonté que Dieu a créé toutes les parties du monde, les unes ont leur but en elles-mêmes, les autres existent en vue d'une autre chose qui a son objet en soi. De même donc que Dieu a voulu que l'espèce humaine existât, il a voulu que les sphères célestes et leurs astres et les anges existassent. Dans tout être, il a eu pour but cet être lui-même, et chaque fois que l'existence d'une chose était impossible sans qu'elle fût précédée d'une autre, il a produit celle-ci d'abord, comme par exemple la sensibilité qui précède la raison.

Ainsi nous devons croire que la création de l'univers n'a été déterminée que par la volonté divine ; il n'y faut chercher aucune autre cause ni aucune autre fin 2. Pas plus que nous ne saurions chercher la cause finale de

t. Cf. Guide, I, ch. 69, p. 321-322; II, ch. 18, p. 141. 2. III, ch. 13, p. 95 et suiv. ; cf. ch, 25, p. 202.

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L'existence de Dieu, pas plus ne saurions-nous découvrir la cause finale de sa volonté, en vertu de laquelle tout ce qui est a sa nature propre. Ne nous imaginons donc pas que 1rs sphères célestes et les anges n'existent que pour nous. Assurément l'homme est la créature la plus noble et la plus parfaite du monde inférieur; mais si l'on compare son être à celui des sphères et, à plus forte raison, à celui des Intelligences pures, il est bien peu de chose. Si la terre huit entière n'est qu'un point imperceptible par rapport a la sphère des étoiles fixes, quelle sera la relation de l'espèce humaine au total de la création? Comment alors se figurer que la création existe à son intention et qu'elle doit lui servir d'instrument? Et encore n'est-ce là qu'une comparaison entre les corps; que sera-ce, si Ton envisage l'être des Intelligences pures1?

En dernière analyse, la série de toutes les fins aboutit à la volonté et à la sagesse de Dieu. Or celles-ci constituent son essence; par conséquent, Dieu est la fin dernière, la fin des fins. Tout a pour fin de lui devenir semblable en perfection autant qu'il est possible, c'est là ce qu'il faut entendre par sa volonté qui est son essence 2.

En face de l'affirmation de la providence et de la finalité

se dresse le problème du Mal. D'où vient qu'avec un Dieu

qui veut le bien des créatures et qui a ordonné le monde

suivant les lois de sa pleine sagesse, d'où vient qu'il y ait

du mal dans l'univers3?

Les Moutakallimoun estiment que la privation d'une qualité est une chose réelle, existant dans le corps et ajou-

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