Cf. I, ch. 17; III, ch. 8 et
que tout en Dieu est pure bouté et bienveillance et que de Dieu il n'émane que le bien. Celui qui, tout en étant de chair et d'os, veut en même temps se soustraire aux accidents de la matière, ne va à rien de moins qu'à vouloir réunir les* deux contraires, attendu qu'il veut à la fois être sujet aux impressions et ne pas l'être. Tout ce qui peut se former d'une matière quelconque se forme de la manière la plus parfaite possible que comporte cette matière spécifique, et l'imperfection dont sont entachés les individus de l'espèce est en raison de l'imperfection de la matière particulière de l'individu. Et pourtant les causes de mort accidentelle sont relativement peu fréquentes. Des milliers d'hommes naissent valides, un homme né infirme est une exception très rare, et il ne forme pas la centième ni même la millième partie de ceux qui naissent bien constitués.
2° Les maux de la deuxième classe sont ceux que les hommes s'infligent mutuellement. Ces maux sont plus nombreux que ceux de la première catégorie. Toutefois, dans aucune ville ces maux ne sont généraux parmi les individus. Ce n'est que dans les grandes guerres que les maux de cette espèce enveloppent une foule de gens; et ce fléau même n'est pas fréquent si Ton envisage la terre dans sa totalité.
3° Enfin, il y a les maux qui nous arrivent par notre propre faute. Ils sont de beaucoup les plus nombreux, amenés par les excès de toute nature, les ambitions et les désirs insatiables. Quand, à la suite de ses intempérances et de ses désordres, l'homme est frappé de malheurs, il se plaint du décret divin et de la destinée.
Voilà où en est arrivée l'erreur des hommes! Ils accusent d'impuissance le Créateur pour avoir créé l'univers avec cette nature qui, ils se l'imaginent, produit nécessairement ces maux, parce qu'elle n'aide pas les pervers à contenter leurs passions et à atteindre le terme de désirs illimités. Cependant ceux qui considèrent la nature de l'être et les préceptes de la Doctrine, ceux qui en connais-
sent le but, se rendent compte de la bonté et de la justice qui président à l'économie du monde.
Mais encore, n'assistons-nous pas souvent à une sorte de renversement des conditions humaines? Tandis que des gens vertueux sont accablés de revers et de souffrances, il y a des méchants qui mènent une vie paisible et heureuse ' ! D'aucuns croient que Dieu souvent envoie des calamités à un homme, sans que celui-ci ait commis aucun péché, en vue de lui accorder une récompense d'autant plus grande. On a appelé cette sorte de souffrances les « souffrances d'amour »2. Cette conception n'est mentionnée expressément dans aucun texte de l'Écriture. Suivant certains docteurs, « il n'y a pas de mort sans péché, pas de châtiment sans crime » 3. Cette opinion sera celle de tout homme religieux et intelligent. Gardons-nous d'attribuer à Dieu l'injustice, il récompense l'homme pieux pour tous ses actes de piété et de droiture, comme, d'autre part, il punit toute mauvaise action4.
Quant aux épreuves que le Pentateuque mentionne dans six passages5, elles ont pour objet, en apparence, d'expérimenter le degré de piété de tel homme ou de telle collectivité. Pourtant, il est difficile d'interpréter les passages dans ce sens ; ce serait supposer que Dieu a besoin d'une enquête pour connaître la vérité et que sa science peut subir un changement. En réalité, chaque fois qu'il est question d'une épreuve dans le Pentateuque, celle-ci n'a d'autre but que d'apprendre aux hommes ce qu'ils doivent faire ou croire.
Enfin, il convient de rappeler ce que nous disions des rapports de la Providence avec l'homme0. La Providence, exposions-nous, veille sur tout être doué d'intelligence à