‹ MaïmonideChapitre 125 sur 195 · Guide, II, ch. 25, p · texte numérisé non relu

Guide, II, ch. 25, p

2. Ib., p. 19" : « A moins qu'on ne veuille aussi interpréter allégoriquement les miracles, comme l'ont fait les Bâtenis parmi les musulmans, ce qui conduirait à une espèce de folie ». Sur les Bâtenis, secte mystique, consulter Schahrastani, Hisl. des sectes, trad. Haarbruecker, t. I, p. 221 et suiv., Halle 1850.

homme intelligent ne saurait mettre en doute l'acception littérale.

Dès l'époque de la création, Dieu a disposé la nature de telle sorte que, dans certaines circonstances données, il pût se produire des phénomènes extraordinaires. Les miracles ne sont donc point l'effet d'une intervention particulière et accidentelle de la divinité. Dès le sixième jour de la création, tout fut agencé de manière que la terre engloutit Coré, que le rocher fît jaillir de l'eau, que l'ânesse parlât, etc.1. Les miracles font en quelque sorte partie de la nature. A l'origine, Dieu introduisit dans les dispositions générales du monde la faculté de faire naître tous les miracles qui devaient se produire ultérieurement. Il n'y a donc pas d'intervention spéciale de Dieu depuis l'œuvre de la création, car la volonté divine qui est éternelle et immuable ne saurait changer2.

Cependant, à prendre littéralement de nombreux passages de l'Écriture, il semble que Dieu intervienne à chaque instant d'une façon particulière3. Toutes les causes prochaines, qu'elles soient essentielles et naturelles, ou

1. Dernier des Huit Chapitres; Commentaire sur la Mischna d'Abôth, ch. 5, l 6; Guide, I, ch. 66, p. 295. Cette opinion était déjà celle d'anciens rabbins; voir Genèse rabba, ch. b, Abôth, V, 8;SchemôtU rabba, ch. 21; Ghittin,fà*; Sâta, 48b; cf. aussi Leibniz : Comme la nécessité physique proprement dite n'est fondée que sur les lois prescrites à la nature par la volonté divine, et qu'elle ne dépend pas immédiatement de l'entendement divin, cette nécessité n'est pas absolue, et Dieu a pu, en vue de fins supérieures, y faire parfois exception. En d'autres termes, le miracle est possible, mais il n'est pas la dérogation à toute espèce de loi ; voir Boutroux, La Monadologie, Paris 1892, p. 128. Gersonide combat l'opinion de Maïmonide; voir Milhamôth, VI.

2. Guide, II, ch. 29, p. 224 et suiv. Cf. Spinoza, Princip. philos. Cart., I, prop. 20 : « Deus omnia ab aeterno praeordinavit. QuumDeus sit aeternus, eritejus intellig^ntia aeterna, quia adejusaeternam essentiam pertinet. Atqui ejus intellectus ab ejus voluntate sive decreto in re non diflért. Ergoquum dicimus, Deum ab aeterno res intellexisse, sirnul dicimus, euin ab aeterno res ita voluisse sive decrevisse ». Dans Cogit. mélaph., I, 3, 3 9> on lit : « At quum in Deonulla sit inconstantia nec mutatio, illa, quae jam producit, se producturum ab aeterno decrevisse debuit; quumque nihil magis neccssarium sit ut existât, quam quod Deus exstiturum decrevit, sequitur, necessitatem cxistendi in omnibus rébus creatisab aeterno fuisse » ; voir encore Éthique, prop. 29 et 33; Traité t/téol.-poL, VI; Lettres, 21 et 23.

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