Guide, II, ch
arbitraires1 et accidentelles, sont, dans les écrits prophétiques, attribuées à Dieu. Pour tous ces cas, on emploie les verbes « dire », « parler », ordonner », « appeler », « envoyer ». Comme c'est Dieu qui a excité telle volonté dans tel animal irraisonnablc, que c'est lui qui a doué ranimai raisonnable de libre arbitre, lui enfin qui a déterminé le cours de la nature (car le hasard n'est qu'un excédent du naturel)'-, on a employé les expressions : Dieu a « ordonné » de l'aire telle chose, il a dit : « Que telle chose soit ».
Quoiqu'un être quelconque puisse, par un miracle, changer de nature, Dieu pourtant ne change pas par un miracle la nature des individus. Gomme nous l'avons déjà remarqué, Dieu n'a jamais voulu le faire et ne le voudra jamais; car si c'était sa volonté de modifier chaque fois la nature de l'homme pour ce qu'il veut obtenir de lui, la mission des prophètes et toute la législation seraient inutiles, puisque l'homme serait naturellement disposé à faire ce qui est prescrit3.
Les miracles sont, les uns naturellement impossibles, comme la transformation de la verge en serpent, les autres naturellement possibles, comme le fléau des sauterelles, de la grêle et de la peste en Egypte4. Dans trois cas, le possible devient miracle : 1° lorsque le possible se réalise immédiatement après la parole d'un prophète ; 2° quand le possible devient un événement extraordinaire par ses proportions (cf. Ex., X, 14, à propos des sauterelles : « Pareille quantité ne s'était pas encore vue, pareille quantité ne devait plus se voir ») ; 3° lorsque le possible en s'accom plissant revêt un caractère de constance ; si cela n'arrivait qu'une fois il n'y aurait pas de prodige,
1. C'est-à-dire dues à une intention réfléchie ou à un choix moral; cf. Aristote, Phys., II, ch. 3-6; Métaph., V, ch. 30; XI, ch. 8.
2. Le hasard, tout en n'étant pas voulu pour lui-même, est l'effet d'une certaine fin de la nature ou de l'intention d'un être raisonnable; cf. Aristote, Phys., II, ch. 5; Métaph., XI, ch. 8.