Voir plus haut La Connaissance
2. Huit Chapitres , VI; cf. Aristote, Morale, I, 9; II, 2; VII, 1-11.
18V MÀIM0N1DE.
une joie pour L'homme de bien, un supplice pour les artisans d'iniquité » (XXI, 15).
Los docteurs sont d'une opinion déférente. Pour eux, celui qui, agité de mauvais désirs, arrive à les maîtriser, est supérieur à l'autre. Ils prétendent que plus une individualité est douée, plus elle est sujette à de fortes passions1. Et ils enseignent que la, récompense est en proportion de la souffrance que coûte l'eifort pour se contenir'. Ils vont plus loin encore : ils ordonnent à l'homme de se surmonter, mais lui détendent de dire qu'il n'aurait pas naturellement le désir de commettre telle ou telle action quand même la loi ne l'interdirait point. Nous lisons en effet3 : « Que l'homme ne dise pas : je ne voudrais pas consommer ensemble de la viande et du lait4, ne pas revêtir une étoile de tissu hétérogène5, ne pas pratiquer les unions prohibées1'. — Il doit dire :je le voudrais bien; mais comment le ferais-je, puisque mon Père qui est au ciel me la interdit! »
Si l'on s'en tient à un parallélisme superficiel de l'opinion des philosophes et de celle des rabbins, il semblerait qu'elles se contredisent. En réalité, elles sont vraies l'une et l'autre. Le mal dont les philosophes disent que celui qui n'en a pas le désir est supérieur à celui qui en est possédé, ce mal désigne des actions universellement reconnues pourmauvaises : le meurtre, le vol, la rapine, la fraude, etc. Ce sont les préceptes que certains théologiens juifs appellent « préceptes rationnels »7. Désirer une de
1. Cf. Talmud Soucca, 52 a : « Plus l'homme est grand, plus violentes sont ses passions ».
2. Cf. Mischna Abôth, V, 26 : v La récompense sera proportionnée à la peine ».