‹ MaïmonideChapitre 144 sur 195 · Guide, III, ch. 8, p · texte numérisé non relu

Guide, III, ch. 8, p

5. Guide, III, ch. 8, p. 49; cf. Alfarabi, Principes des êtres, p. 37.

Une fois dûment établi que l'homme est un être libre, il s'agit de déterminer la fin à laquelle il doit consacrer sa libre activité. Pour cela, il faut dégager le trait spécifique de l'humanité. Or, l'activité qui distingue l'homme des autres êtres, c'est la pensée, qui le conduit à la connaissance de la vérité. Et celle-ci, à son dernier degré, se confond avec la connaissance de Dieu dans son unité1.

Certains philosophes ont distingué quatre sortes de perfections2 :

1. Une première perfection consiste dans la possession des biens extérieurs. Cette perfection ne touche en rien à la personne même. Elle ne procure qu'une jouissance imaginaire, celle de dire : cette maison, cet esclave, cette fortune, ces troupes sont à moi. La possession extérieure n'a pas de rapport avec l'essence propre de l'homme.

2. La deuxième perfection se rapporte davantage à la personne : c'est la perfection dans la conformation organique comportant la force et la proportion harmonieuse. Mais on ne saurait y voir la fin de l'existence humaine, attendu que cette perfection existe chez l'animal, et même chez certains animaux à un degré où le corps humain ne saurait jamais atteindre.

3. La troisième perfection est celle des qualités morales. La plupart des commandements n'ont d'autre objet que de nous y amener. Mais elle n'est pas la perfection en soi, elle n'est qu'une préparation à la fin suprême. En effet, les vertus morales ne sont relatives qu'aux rapports sociaux, la perfection morale ne nous porte qu'à être utiles aux autres, et ainsi fait de l'individu un instrument au service d'autrui.

1. Introduction au Commentaire de la Mischna ; Introd. à Sanhédrin, X.

2. Guide, III, ch. 54, p. 450 et suiv. Dans Morale à Nicomaquc, I, 8, et Pol., VII, l, Aristote ne parle que de trois espèces de biens; mais dans Morale, X, 7, 8, il déclare que l'activité spéculative est supérieure à l'exercice des vertus éthiques. De là, chez Maïmonide, la division en quatre classes.

ï. La vraie perfection est dans l'acquisition des vertus intellectuelles, dans la connaissance des choses intelligibles. Cette perfection appartient à l'homme seul, demeure la propriété de chacun, constitue sa valeur propre et Lui assure l'immortalité1. Cette connaissance su pleine, il s'agit de la, posséder, non pas seulement par la \<>ie de la Tradition, mais par l'cifort personnel de la spéculation approfondie. Celui qui se sera approprié celte connaissance, par là même pratiquera en toute circonstance les plus hautes vertus morales2.

Pour arriver ;\ la perfection souveraine, il faut, après s'être assuré les connaissances préparatoires, avoir corrigé ses mœurs avec le plus grand soin, éteint désirs et passions :. Tant qu'un homme, soit par son naturel, soit par une habitude contractée, cède aux appétits et aux plaisirs, se laisse emporter à la violence et à la colère, il fera de faux pas, se plaira aux sophismes, à la recherche d'opinions qui flattent son penchant4.

L'homme qui aspire à la perfection doit se pénétrer de cette idée que le lien entre Dieu et nous c'est l'intellect, que c'est par cette lumière que Dieu est toujours avec nous. Une fois convaincu de cette vérité, il s'élèvera au plus haut degré de piété, d'humilité et de respect de la Divinité, il éprouvera devant elle la pudeur la plus profonde, il se sentira continuellement enveloppé par la présence de la majesté divine, il unira la crainte révérencielle à l'amour et imprimera un caractère sacré aux moindres actes de sa vie la plus intime b.

C'est que Vidée du Bien ne se définit ni ne s'épuise, dans l'intégralité de son contenu, par la seule observation de la Loi.

1. Cf. Guide, 1, ch. 34, p. 125; eh. 39, p. 144; III, ch. 23, p. 176, et ch. 27; Ieçodé ha-Torah, ch. II, 2; Huit Cliap., V. Voir Alfarabi, Principes, p. 5, 13, 42; Algazali, Balance, p. 45, 47, 110.

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