‹ MaïmonideChapitre 168 sur 195 · Commentaire sur Sanhédrin, X · texte numérisé non relu

Commentaire sur Sanhédrin, X

3. Guide, III, ch. 51, p. 438 et suiv. ; Hil. Schemitta, XIII, 13.

4. Cf. Guide, I, ch. 34, p. 125; III, ch. 27, p. 211-212; ch. 54, p. 462. Penser est le plus grand bonheur et la chose la plus excellente, d'après Aristote ; cf. Métaph.j ch. 7 et 9; Mor. à Aie, X' livre, ch. 7 et 8.

Dans la jeunesse, les impulsions physiques contrarient le développement des qualités morales, et à plus forte raison celui de la pensée pure résultant de la perfection des idées qui conduisent à aimer Dieu passionnément1. Mais à mesure que les énergies corporelles s'affaiblissent et que le feu des désirs s'éteint, l'intelligence se fortifie et s'éclaircit, si bien que chez l'homme avancé en âge et sur le point de mourir, cette intelligence s'élargit et s'approfondit, procure une 1res haute jouissance, inspire une passion exclusive pour celui qui en estl'objet, jusqu'à ce qu'enfin, au milieu de ces délices, l'âme se détache du corps.

C'est à cet état que les docteurs ont fait allusion, lorsque à propos de la mort de Moïse, d'Aaron et de Miriam, ils ont dit que ces trois personnages moururent dans un baiser2. Cette expression signifie que tous les trois moururent dans la jouissance de la compréhension et de l'amour intellectuels portés au plus haut degré. Chez tous les hommes supérieurs, du reste, la puissance intellectuelle se fortifie au moment de se séparer du corps. L'intelligence, une fois détachée des liens physiques, reste à tout jamais dans cet état de jouissance suprême qui est d'une nature essentiellement différente des jouissances physiques3.

Seul est immortel l'homme qui s'est élevé à la perfection

J. Guide, III, ch. 51, p. 449.

2. Talmud Baba bathra, 17». Cf. Bossuet, sermon sur Les deux Alliances, Lebarcq, t. I, p. 283 : « De toutes ces comparaisons, la plus douce,

la plus aimable et la plus ordinaire dans les saintes Lettres est celle où notre grand Dieu est comparé à un chaste époux qui, par un sentiment de miséricorde, épris de l'amour de nos âmes, après mille amoureuses caresses, après mille recherches de ses saintes inspirations, s'unit enfin à elles par des embrassements ineffables ; et les ravissant d'une certaine douceur que 3e monde ne peut entendre, les remplit d'un germe divin qui fructifie pour la vie éternelle » ; cf. encore ce que Jean de la Croix appelle « une touche substantielle dans le commerce d'une intime connaissance amoureuse ». D'une façon générale, tout ce passage de Maïmonide est intéressant à comparer avec la doctrine chrétienne de la grâce. Toutefois il reste que, pour Maïmonide, l'homme ne saurait jamais, sur cette terre, arrivera la vision béatifique, en raison de la matière où l'intellect est lié ; même les sphères et les astres, dont la matière est la plus noble et la plus pure, ne peuvent percevoir l'intelligence séparée dans sa pleine réalité; Guide, III, ch. 9.

3. Cf. Les Frères de la Pureté, chez Dielerici, Anthropologie des Arabes, p. 99; Algazali, Balance, p. 224.

dernière, à la possession des vertus dianoétiques, de l'intellect acquis1. L'àme humaine, en tant qu'elle est une forme qui naît par Faction de la nature, suit la loi générale de ce qui naît et périt. Avec la dissolution de la matière, la forme y affectée disparaît en même temps. Mais l'intellect acquis qui ne naît point avec l'homme et qui ne naît point par l'effet de la nature, qui se développe par l'activité personnelle de l'individu et sous l'influence de l'intellect agent, n'est pas soumis à la loi de dissolution. L'intellect acquis, comme on l'a expliqué plus haut, est une substance séparée2. L'âme qui survit après la mort n'est pas la même que celle qui apparaît dans l'homme au moment de sa naissance. Celle qui nait avec lui est une pure disposition, c'est l'intellect hylique qui est périssable 3 ; tandis que celle qui reste après la mort, c'est l'intellect devenu en acte, l'intellect acquis, qui s'identifie totalement avec l'intellect agent universel4. A ce degré, où l'intelligent et l'intelligible ne font plus qu'un, il n'y a plus oubli.

Sur l'intellect acquis, qui est tout et toujours en acte, Satan, qui représente la privation, n'a aucune prise5. Les âmes des hommes d'élite, quoique créées, sont assurées de l'immortalité, tandis que les âmes des autres sont vouées à la destruction^.

1. Guide, III, ch. 27, p. 212; ch. 12, p. 75; ch. 5i, p. 462; I, ch. 70, p. 328; ch. 41, p. 146; leçodé ha-Torah, ch. IV, 8 et 9 ; Hil. Tesch., VIII, 3.

2. Cet intellect n'est pas une faculté dans un corps, il est séparé ducorps sur lequel il s'épanche, Guide, I, ch. 72, p. 373. Cf. Aristole, De Anima, III, ch. 5, §1.

3. D'où il résulte que Maïmonide n'admet ni la préexistence de l'àme ni la transmigration ; cf. Alfarabi, dans Schmoelders, Documenta philosophiae Arabum, p. 33. Sur la préexistence des âmes dans le Talmud et leMidrasch, voir Haghiga, 12"; Nidda, 13;i et 30'"; Aboda zara, 65» ; Tan'houma, sert. Niçabim ; Beréschith rabba, ch. VIII et XII; cf. aussi Saadia, Emounùth, ch. VI, in fine.

4. C'est la hénosis des Alexandrins, Yittihad des Soufis, YUtiral (conjonction) d'Ibn Badja, lbn Tofaïl et Averroès. Cf. Zohar, t. I, 62', 99b ; t. III, 24b; Isaac Arama, Aquûda, 14'' et 71b.

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