Or Adonal, traité III, sect. 1, ch
illimitée (quant au temps) de la puissance divine, la création dans le temps une activité bornée dans le temps.
L'hypothèse qui considère la création comme un acte nécessaire suppose évidemment une création de toute éternité. Étant donné, en effet, que la cause et le causé (Dieu et le monde), en quelque temps que ce soit, soutiennent le môme rapport, on ne voit pas pourquoi la production aurait eu lieu dans une période plutôt que dans une autre. Cependant, l'hypothèse qui envisage la création comme un acte nécessaire n'exclut pas pour autant la conception de cet acte comme un effet de là volonté divine. Et d'abord nous avons posé que le monde doit son existence à un principe spirituel. De là résulte que la communication d'être qui part de ce principe s'accompagne de la pleine représentation de cette communication. En tant que ce principe est pensant, il veut immédiatement ce qu'il représente1. Or, la volonté n'est que l'assentiment générateur d'activité qui accompagne la représentation. Mais comment de la pure Unité la pluralité peut-elle sortir? — Il faut savoir que la création forme, elle aussi, une unité de la plus grande perfection possible. Que si, par tant de côtés, le monde offre l'aspect du multiple et du composé, par le côté du bien et de la perfection l'univers se révèle comme la production une de celui dont il faut chercher la similitude d'essence avec la création dans sa bonté et excellence. Le bien constitue la forme commune de Dieu et du monde : donc le monde, tout matériel qu'il soit, doit son existence à Dieu2.
En définitive, le problème se trouve tranché par FÉcriture dans le sens d'une création à une date déterminée. A la question pourquoi l'opération productrice a eu lieu plutôt à telle époque qu'à telle autre, il ne reste qu'une réponse : ainsi l'a voulu Dieu. On pourrait aussi, il est
1. Cf. Spinoza, Éthique, pars I, prop. 33, scol. 2 : «... ut credamus, quod Deus voluerit omnia, quae in suo intelleclu sunt... ».
2. Cf. Spinoza, Princip.phil. Cart., pars I, prop. 21; Éthique, I, prop. 3, 6, 14; II, prop. 2.
vrai, s'autoriser de l'opinion d'anciens docteurs, d'après qui le monde actuel aurait été précédé d'autres mondes.
Hasdaï admet l'infini en grandeur et en nombre. Pas plus que la ligne ne se compose réellement de points, pas plus ne doit-on se représenter l'étendue infinie comme formée de parties. L'étendue est nécessairement illimitée. Si l'univers était fini, il y aurait en dehors de lui un espace vide, qui serait infini, attendu que s'il ne l'était pas1, il ne pourrait être limité que par un autre espace vide ou plein.
Pour Aristote et Maïmonide, l'existence d'une série régressive infinie de causes et d'effets est inadmissible, d'où la nécessité d'une cause première. Hasdaï combat cette proposition et déclare qu'il n'en a pas besoin pour démontrer l'existence de Dieu2. Il s'attaque également à l'idée de temps. Pour le stagirite, le temps est un accident qui accompagne le mouvement; pour Hasdaï, le temps est un accident non du mouvement, mais de l'àme, et qui mesure non seulement le mouvement mais aussi le repos.
Maïmonide repousse les attributs positifs comme anthropomorphiques. Mais, objecte Grescas, pluralité conceptuelle ne signifie pas pluralité réelle ; si la nature discursive de notre esprit nous contraint à séparer les qualités, elles ne sontpas pour autant multiples en Dieu. Pourquoi, notamment, ne pa\ appliquer à Dieu les prédicats de caractère purement logique comme l'être et l'unité? Dieu est l'absolu Bien substantiellement; que si ce Bien se ma-
1. Or Adonaï, traité I, sect. 2, ch. 1 ; cf. Spinoza, lettre XXIX.
2. Traité I, sect. 2,ch. 3, et sect. 3, ch.2. Cf. Spinoza, lettre XXIX: « Verum hic obiter adhuc nolare velim, quodPeripatetici recentiores, ut quidem puto, rnaleintellexerunt demonstrationem veterum, qua ostendere nitebantur Deiexistentiam.Narnutipsarnapud Judaeumquendam, Rab C hasdai vocatum , reperio,sic sonat : « Si datur processus causarum in infinitum erunt omnia o quaesunt etiam causata. Atque nihil, quod causatum est, competit, vi suac na- « turae existere. Ergo nihil est in natura, ad cujus essentiam pertioet neces. « sario existere. Sed hoc est absurdum : ergo etillud. » Quare vis argument] nonineo sitaest, quodirnpossibile sit, dari actu infinitum autpro^riîssus causarum in infinitum : sed tantum in eoquod supponatur, res quae sua natura non necessario existunt, non deterrninari ad existendum are sua natura nccessario existente ».
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nifeste en clc nombreuses qualités, cela ne signifie nullement qu'en lui-même il soit composé de toutes ces qualités.
Au surplus, la position de Maïmonide ne tient pas. Les attributs négatifs ont au fond un contenu positif : dénier à Dieu l'ignorance, c'est lui conférer le savoir. Et puis, retrancher de l'Être suprême déficience après déficience, c'est réintroduire en lui par une autre voie et sous une autre forme la pluralité que précisément on se flattait d'éviter1.
Aussi bien, l'unité de Dieu est facile à établir. Comme nous voyons en Dieu un être dont l'existence est nécessaire, la supposition qu'il puisse être composé répugne à son idée. Maïmonide a raison d'écrire : « Tout ce qui est un composé de deux idées différentes a, dans cette composition même, la cause de son existence et donc n'est pas d'une existence nécessaire en soi; il est, en effet, par l'existence de ses deux parties et de leur composition2 ». Mais ne pourrait-il y avoir deux êtres de cette nature ? Sans doute, pour le monde tel que nous le connaissons, cette hypothèse n'est pas recevable, attendu qu'il forme une telle unité qu'on ne peut admettre qu'un seul maître. Mais comme nous pouvons supposer des mondes en grand nombre dans le sens aristotélicien, il semblerait en résulter la possibilité de plusieurs maîtres! — Non pourtant, objectera-t-on, car l'être nécessaire a la toute-puissance, si bien qu'il suffit à tous les mondes. — Mais pourquoi n'y aurait-il pas un être qui gouvernerait le monde, tandis qu'un autre le regarderait faire! — La spéculation philosophique est incapable de trancher la question; il faut le secours de la Révélation, laquelle nous apprend qu'il n'y a qu'un Dieu souverain maître de l'univers3.