‹ MaïmonideChapitre 179 sur 195 · Guide, II, Introd., propos. 21e, p · texte numérisé non relu

Guide, II, Introd., propos. 21e, p

3. Or Adonai, traité I, sect. 3, ch. 4; cf. Aljjazali, d'après Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, Paris 1839, p. 376 : « Qu'ils (les philosophes) sont incapables d'établir l'unité de Dieu et de démontrer la fausseté du dualisme ou de l'opinion qui admet deux êtres primitifs d'une existence né-

INFLUENCE DE MAÏMONIDE. 2i5

D'après les péripatéticiens, Dieu, tout eu n'étant affecté par rien, connaît la joie, attendu qu'il goûte lasuprême béatitude de la pensée qui se pense elle-même. Mais, réplique Crescas, cette vue est erronée, fondée qu'elle est sur une vicieuse comparaison avec l'homme. Si l'homme éprouve de la joie, c'est en suite du passage de l'ignorance au savoir, une science nouvelle nous réjouit plus qu'une connaissance depuis longtemps acquise. De même, les connaissances immédiates ne causent pas l'intime satisfaction que procurent celles qu'on a obtenues dans le labeur du raisonnement. Or, Dieu, dont la science est toujours immédiate, ne peut connaître une joie qui implique déficience.

La béatitude qu'à juste titre on attribue à Dieu réside, non dans la contemplation, mais dans l'amour. Il est le Créateur qui se réjouit de produire inlassablement du bon et du parfait, il est le Bien absolu dont l'essence comporte l'éternelle surabondance et profusion de bien. C'est cette perfection consciente de soi qui fait la béatitude de Dieu. A son tour, l'homme connaît la béatitude par l'amour delà plus haute excellence, c.-à-d. de Dieu1.

En ce qui concerne le mal, qui pour Maïmonide n'est que privation, non-être, Crescas le considère comme une chose réelle et voulue de Dieu. Le mal, qu'il vienne à titre d'épreuve ou de punition, est un bien. C'est que notre rapport à Dieu réside non dans la connaissance, mais dans l'amour. Pour Maïmonide qui fait tout dépendre de la connaissance, comment le pécheur qui, grâce à la science, s'est assuré l'immortalité, pourrait-il être frappé en cette partie immortelle? D'après Crescas, de l'amour de Dieu sort toujours le bien, qui, pour le juste, prend forme de récompense, pour le méchant, forme de châtiment2.

Crescas combat la preuve en faveur de l'existence d'un

cessaire » ; cf. Spinoza, Cocjil. melaphys., II, eh. 2 : « Miiati persaepe fuimus futilia argumenta quibus dei unitatem adstrucre conantur anctores... »

1. Cf. Spinoza, Éthique,N, prop. 35 : «Deus se ipsum amore intellectuali infinito amat, etc. ».

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