Maghen Abôth
INFLUENCE DE MAÏMONIDE. "2<»l
Par ailleurs, la doctrine de Maïmonide fut jugée sévèpementpar Les croyants musulmans. L'orthodoxe Makrizi prétend que Maïmonide fil de ses coreligionnaires des athées, des« moattil »*.De même, Aidel-Latif estime que « Le Guide est un mauvais livre, propre à renverser les principes de La religion par Les moyens mêmes qu'il emploie pour les consolider* ».
C'était là un jugement <|ui eûl Fortement surpris el ému Maïmonide, lui qui précisément avait déployé toutes les ressources de son savoir et de son génie pour maintenir h religion <*n face de la science et de La philosophie.
si Ton ne saurait attribueràla théologie juive une action prépondérante sur le développement de La scolastique chrétienne, il n'en est pas moins certain que les penseurs chrétiens sont redevables pour une part aux auteurs juifs d'avoir pu accommoder L'aristotélisme aux doctrines bibliques.
En général, les connaissances des scolasfiques se bornaient, en matière de théologie judaïque, aux écrits de trois rabbins qui avaient eu les honneurs d'une version Latine : Jsaac Lsraéli dit Rabbi [saac, Salomon dm Gubirol dit A\ioebron, et Maïmonide dit Rabbi Uoyses Aegyptius. Le
Guide avait dû <Hre traduit en latin au début du \ni" siècle,
attendu que, dès ce moment, <>n relève des traces de son influence dans la scolastique3.
Kl plus nous avançons, plus cette influence grandit4, v
Hunk, Guide,], p, 115, n. i ; Renan, Averroès, p, 42.
\, De Sacy, Relation de VÉ&ypte par Abd sl-Latif, Parti 1810, p. 850,466.
.;. Moïse d(; Salerno déclare qu'il a lu le Guide <'n latin av»*c Nicolo Paglla iii Giovenaizo, qui fonda en 1224 un couvent dominicain àTrani. Voir Perlei, Monaten, /". Gesch, u. Wiuene, d. Judenthums, xxi V* année , Steinichnelder, ihhr. Bibliographie, XV, 87; XVII, 68 ; GUderaann, Getch. du tirtlehungs wesenst II, p. 228. Cette traduction a été retrouvée parJoaeph Perleaà la i»i bllothèque royale de Munich, i-a traduction latine <i<' Qiutllnianl, parue «••• 1520 à Paris, n'eit qu'une copie <i<' cette ancienne renlon.
i. Voir .i. Guttmann, i>cr Einfluis «fer maimonidischen Philosophie au/ dos chriêtliche Abendland, dans « Uosesben Malmon p, publication do la GescHschaft sur Poerderung <i*'r Wissenscbaft <i<ks Judentums, I, Lelp zlg 1908.
mesure que la scolastique subissait davantage l'action de Faristotélisme, à mesure aussi le besoin devenait plus pressant d'accorder ce système avec les doctrines de l'Église. À cette heure critique, l'ouvrage du penseur juif, qui semblait avoir résolu le problème de la conciliation des idées péripatéticiennes avec les données bibliques, s'offrit comme un modèle aux théologiens chrétiens.
La transformation qui s'opère au xmc siècle dans la scolastique fut inaugurée par Guillaume d'Auvergne et Alexandre de Haies. Ce fut Guillaume d'Auvergne qui introduisit les deux philosophes juifs, si divergents quant à leurs conceptions fondamentales, Salomon ibn Gabiroi ou Avicebron et Maïmonide, dans le cercle de la théologie chrétienne. Mais tandis qu'il nomme à plusieurs reprises Avicebron, qu'il croyait être un chrétien vivant sous la domination arabe, il ne cite jamais le nom de Maïmonide, probablement parce que juif. Néanmoins, il est hors de doute que Guillaume d'Auvergne a copieusement utilisé le Guide. Voyez ce qu'il dit des deux matières céleste et terrestre1; qu'il faut suivre Aristote en ce qui concerne le monde sublunaire, mais non pour ce qui touche au monde supérieur2. Dans son De legibus, où il essaie de donner une motivation rationnelle de la législation biblique et principalement une symbolique des sacrifices, il suit pas à pas les considérations de Maïmonide dans la troisième partie de son ouvrage, tantôt s'appropriant ses vues, tantôt les combattant3.
1. De Vniverso (Paris 1674), I, p. 1, cli. 36, p. 631, col. 2 : « De materia hujusmodi coeli primi ac nobilissimi, an communis sit. id est similis materiis, aliorum corporum, merito dubitavit aliquis. Et fuit quidam querr Hebraei reputant philosophum, qui dixit, quod Deus splendore palii sui facit coelum, terram vero de nive, quae erat sub thronoejus. Et quia sapiens apud Hebraeos reputatus est, cum juxta planum suum sermo iste manifeste erroneus sit, quidam ex aliis eorum philosophus non aliud eum intellexisse in sermone suo exposuit, nisi quod per eum aliam fuisse materiam coeli, aliam vero terrae insinuare yoluit per sermonem illum »; compar. Guide, II, p. 201-203.
2. De Universo, II, p. 2, ch. 150, p. 998, col. 2 : « ... Aristoteli credendum esse de his, quae sunt sub circula lunae, de alterioribus sive superiaribus nequaquam »; compar. Guide, II, 153-150, 179, 194.
3. Ch. 16, p. 47, col. 1; ch. 1, p, 24; ch. 6, p. 36, col. 1; ch. 8, p. 38;
Alexandre de Haies fut le premier qui tenta d'harmoniser systématiquement les écrits d'Aristote et de ses commentateurs arabes, en première ligne Avicenne, avec la théologie chrétienne. Lui aussi a lu le Guide, et dans deux endroits il cite Maïmonide, sous le nom de « Rabbi Moyses » l. Avec le philosophe juif, il admet qu'il y a une connaissance de Dieu en soi et une connaissance de Dieu par ses manifestations 2. Il s'est inspiré également de notre docteur pour le problème de l'éternité du monde3, pour l'argument qu'on n'a pas le droit de s'autoriser de la manière dont les choses naissent dans notre monde pour conclure à la formation du monde en général 4, pour la question des miracles 5. Alexandre de Haies a été frappé des explications de Maïmonide sur les lois du Pentateuque. Parmi ces préceptes, il en est dont l'utilité nous est connue, comme la défense du meurtre, du vol, etc., et d'autres dont l'utilité nous échappe, telle l'interdiction de manger les fruits d'un arbre nouvellement planté. « Et illa quorum utilitas scitur, vocat Rabi Moyses Judaeus judicia, alia vocat ceremonalia, gênerait nomine » 6. Mais ces derniers commandements doivent également avoir leur raison d'être que Maïmonide s'efforce de dégager, et Alexandre de Haies lui emprunte ses interprétations 7.
Dans son Spéculum majus, Vincent de Beauvais (1184- 1264), en dehors d'Isaac Israéli et du Fons vitae d'Avicébron, utilise le Guide de Maïmonide en cinq endroits. Il nomme en trois passages Rabbi Moyses 8.
col. 2; ch. 2, p. 29, col. 2; comp. Guide, III, ch. 41; ch. 30 et 37; ch. 47; ch. 46.
1. Somme (Nuremberg, 1482), lib. I, q. 22, m. 0; 1. III, q. 28, m. 1, a. 5.