‹ MaïmonideChapitre 38 sur 195 · Ib., ch · texte numérisé non relu

Ib., ch

l'être et le devenir. 73

perpétuellement en acte. On ne peut donc pas lui appliquer le raisonnement en question, pour lui il n'est pas impossible que tantôt il agisse et tantôt il n'agisse pas. Pour l'être pur, cela ne constitue ni changement ni passage de la puissance à l'acte. A preuve l'intellect agent qui, suivant les aristotéliciens, est pur, et qui, cependant, tantôt agit et tantôt n'agit pas, comme l'a exposé Al-Farabi1.

Mais, dira-t-on, si l'intellect agent agit à tel moment et n'agit pas à tel autre, cela ne tient pas à la nature de son essence, mais à la disposition des matières. L'action de l'intellect s'exerce perpétuellement sur ce qui est disposé ; s'il y a quelque empêchement à l'action, il le faut imputer à la disposition de la matière, et non pas à l'intellect lui-même. — Notre intention n'est pas de rechercher pourquoi Dieu a agi à tel moment plutôt qu'à tel autre ; en citant l'exemple de l'intellect agent, nous n'avons pas voulu dire que l'opération de Dieu puisse, comme celle de l'intellect agent, éprouver aucun empêchement2. Notre seul objet a été de montrer que, bien que l'intellect agent agisse à tel moment et qu'à tel autre il n'agisse point, quelle que soit la cause de cette nonactivité, on ne dit pas de l'intellect qu'il passe de la puissance à l'acte, niqu'il y a dans son essence une possibilité, ni enfin qu'il a besoin d'un efficient qui le fasse passer de la puissance à l'acte. Donc Dieu a pu ne créer le monde qu'à une certaine époque, sans que pour autant on soit fondé à soutenir qu'en créant le monde il aurait passé de la puissance à l'acte, ce qui supposerait un efficient antérieur à Dieu.

On conclut encore à l'éternité du monde de ce que pour Dieu il n'y a ni besoin ni obstacle qui l'engagent à modifier son vouloir, que, partant, il n'y a pas de raison pour qu'il agisse aujourd'hui plutôt qu'hier. — Lorsqu'une action n'a pas d'autre but que d'obéir au vouloir

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