‹ MaïmonideChapitre 39 sur 195 · De intellectu et intell ecto, in fine · texte numérisé non relu

De intellectu et intell ecto, in fine

2. Dieu est toujours intellect en acte, sa perception n'éprouve aucun empêchement ni de lui-même ni d'ailleurs; Guide, ch. 68, p. 311.

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même de la volonté, cette volonté n'a pas besoin de sollicitation extérieure! Et, dans ce cas, il n'est pas nécessaire non [dus que celui qui a la volonté, tout en n'éprouvant aucun empêchement, agisse toujours. Car il n'a pas de but extérieur qui le fasse agir, de manière qu'il soit forcé d'agir dés L'instant qu'il n'y aurait pas d'entrave, puisque L'action, dans L'espèce, obéit à la seule volonté.

Mais, n'y a-t-il pas changement en cela même que tantôt on vent et tantôt on ne veut point? — Non pas, car il (Mitre dans la définit ion de la volonté de vouloir et de ne pas vouloir. Dans un être matériel, la volonté étant déterminée par un fait extérieur, il y a changement; mais la volonté de l'être pur, qui n'est aucunement déterminée par autre chose, n'est point sujette au changement, et s'il veut maintenant ceci et que demain il veuille cela, il ne change pas dans son essence, pas plus qu'il n'est sollicité par quelque cause externe.

Le troisième argument qu'on allègue en faveur de l'éternité du monde se formule ainsi : tout ce que la sagesse divine décide doit apparaître immédiatement; or la sagesse de Dieu étant éternelle comme son essence, ce qui en résulte est également éternel. — De même que nous ignorons pourquoi sa sagesse a exigé que les sphères fussent au nombre de neuf, par exemple, de même nous ignorons pourquoi sa sagesse a fait que l'univers existât après n'avoir pas existé. Nous ignorons totalement la loi de cette sagesse.

Nous avons donc montré, conclut Maïmonide, que notre thèse est admissible, qu'à tout le moins elle n'est pas impossible. A présent, il s'agit d'établir que notre opinion est préférable, vu que l'autre position conduit à des conséquences absurdes1.

L'univers prouve un Créateur agissant avec intention. 1. Guide, U, ch. 19.

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Non pas qu'il faille croire avec les Moutakallimoun que Dieu détermine à chaque instant chaque phénomène, sans être enchaîné par une loi quelconque1. La détermination2 doit se fonder sur la nature de l'être.

Nous poserons d'abord à Aristote la question suivante : les choses sublunaires ayant une seule et même matière, commune à toutes, d'où vient donc la diversité des espèces et la diversité des individus? — Il nous répondra que la diversité des objets s'explique par la diversité des mélanges.

Nous adresserons à Aristote cette autre question : s'il est vrai que le mélange des éléments est la cause qui dispose les matières à recevoir les formes diverses, qu'est-ce donc alors qui a disposé cette matière première de façon qu'une parlie reçût la forme de feu, une autre la forme de terre, etc.? Puisque tout a une matière commune, qu'estce donc qui a rendu la matière de la terre plus propre à la forme de terre, la matière du feu plus propre à la forme de feu? — Aristote répondra : cela s'explique par la différence des régions qu'occupent les éléments3. Ce sont ces régions qui ont déterminé dans la matière unique des dispositions diverses. La partie la plus voisine de la périphérie a reçu de celle-ci une impression de subtilité et de mouvement rapide et se rapproche de sa nature, de sorte qu'elle a reçu la forme de feu. A mesure que la nature se rapproche du centre, elle devient plus épaisse et plus opaque.

On peut encore poser à Aristote la question suivante : puisque toutes les sphères ont une matière commune et qu'elles diffèrent les unes des autres quant à la forme, qui donc a particularisé les substrats et les a disposés

1* Cf. Guide, I, ch. 73, p. 38S et suiv. ; ch. 74, p. 426.

2. La détermination est la particularisalion dans la forme, le lieu, le temps, etc. : pourquoi un objet a-t-il plutôt telle figure que telle autre, pourquoi est-il apparu à ce moment plutôt qu'à tel autre?

3. Les quatre éléments ont leurs régions propres, ce sont des sphères qui s'enveloppent. La terre est entourée par l'eau, celle-ci par l'air, et l'air par le feu; cf. Physique d'Aristote, IV, ch. 5; Dm Ciel, IV, 5.

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pour recevoir desformes diverses? Qui donc, si ce n'est Dieu?

Aristote s'est efforcé 'd'étendre aux sphères la nécessité *[ui régit le monde sublunaire : pas plus pour le monde supérieur que pour Le monde inférieur il n'admet Fintention d'un être qui poursuit sou but et qui détermine Les choses à sou gré. Il s'ingénie à expliquer: 1° pourquoi Le mouvement de La sphère part de l'orient et non de L'occident; 2° pourquoi telle sphère a le mouvement rapide et telle autre le mouvement lent; 3° pourquoi chacune des sept planètes a plusieurs sphères, tandis que le grand nombre des étoiles fixes est dans une seule sphère. Il explique toutes ces particularités dans le sens d'un ordre physique nécessaire. Mais son explication ne tient pas. Si ce qu'il dit des phénomènes sublunaires est systématique et conforme à la réalité, que dans ce monde tout a lieu par une nécessité résuliant du mouvement et des énergies de la sphère céleste, par contre il n'a pas démontré que les sphères fussent soumises à la nécessité. Au demeurant, Aristote reconnaît lui-même que sa démonstration est loin d'être décisive; en supposant à chaque sphère une intelligence pure, il use d'un expédient pour expliquer les mouvements particuliers.

Pour nous, qui professons la nouveauté du monde, l'explication de ces particularités est facile. Nous posons, en effet, un être doué d'intelligence et de vouloir qui, pour chaque sphère, a déterminé comme il Fa voulu la direction et la rapidité du mouvement; mais nous déclarons en même temps ignorer le mode de la sagesse divine qui a fait naître telle chose de telle manière. Il reste que, la sphère étant toujours en mouvement et l'astre toujours fixe, la matière des astres n'est pas la même que celle des sphères. Mais qui donc a pu réunir ensemble ces deux matières qui diffèrent sensiblement, qui donc a préparé cette union? Autant de choses impossibles si l'on tient pour la nécessité, autant de choses simples si l'on admet un créateur qui agit avec intention.

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A moins qu'on ne demande encore : quelle est la cause de ce dessein? — Tout ce qu'on sait, en somme, c'est que la raison de cette économie nous échappe, mais que, néanmoins, ce n'est pas une œuvre inutile ni fortuite. Comment donc un homme intelligent pourrait-il s'imaginer que les positions des astres, leurs mesures, leur nombre et les mouvements de leurs sphères diverses soient sans raison et la résultante du hasard? Nul doute que cet ordre ne soit l'effet d'un plan et il n'est pas de plus grande preuve du plan que la variété des mouvements des sphères et les astres fixés dans les sphères.

S'il y a dans le monde sublunaire tant d'objets divers, quoique la matière en soit une, c'est qu'ils ont été particularisés sous l'effet des forces célestes et des différentes positions de la matière à l'égard de la sphère céleste, comme Ta enseigné Aristote. Mais pour ce qui est des diversités qui s'observent dans les sphères et les astres,, qui a pu les particulariser, si ce n'est Dieu? — Les Intelligences pures, direz- vous î — Mais ces Intelligences ne sont pas des corps de manière à occuper une position à l'égard de la sphère. Pourquoi, dès lors, le mouvement d'attraction de chaque sphère vers son intelligence pure, telle sphère l'éprouverait-elle vers l'orient et telle autre vers l'occident ? Croyez-vous donc que telle intelligence soit à l'occident et telle autre à l'orient? Pourquoi encore telle sphère serait-elle plus lente et telle autre plus rapide, sans même qu'il y eût une suite régulière en rapport avec leur distance respective les unes des autres? Il resterait que c'est la nature même de telle sphère et sa substance qui l'ont déterminée à se mouvoir vers tel côté et avec tel degré de vitesse. C'est en etfet ce que dit Aristote.

Nous voilà donc revenus à notre point de départ, et nous disons : puisque toutes les sphères ont une seule et même matière, d'où vient la nature particulière de chacune d'elles, nature qui les distingue l'une de l'autre ? Ne faut-il pas nécessairement quelque chose qui les particularise?

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Celte diversité a nécessairement une cause. Cette cause a-t-elle, par son existence même, motivé et rendu nécessaire cette diversité? Ou bien est-elle la cause efficiente et déterminative <le cette diversité?

On admet comme démontré ' que : 1° d'une chose simple ne peut émaner qu'une chose simple; 2° il faut toujours qu'il > ait une certaine relation entre la cause et l'effet ; par exemple, la quantité ne saurait émaner de la qualité, ni la matière de la tonne; 3° tout agent qui opère avec dessein et volonté, et non de par sa nature, peut accomplir des opérations diverses et nombreuses; 4° un tout composé de substances diverses juxtaposées forme pins véritablement une composition qu'un tout composé de substances diverses mêlées ensemble : les os ou lesnerfs sont plus simples que l'ensemble de la main ou du pied.

Ces propositions reçues comme démontrées, nous demanderons : comment les intelligences pures ont-elles pu devenir la cause des sphères émanant d'elles? Quel rapport y a-t-il entre la matière des sphères et l'intelligence pure, qui est absolument immatérielle? Supposé même que chaque sphère eût pour cause une intelligence, laquelle serait composée en ce qu'elle se pense elle-même et qu'elle pense ce qui est en dehors d'elle — si bien qu'elle est en quelque sorte composée de deux choses, dont l'une produit l'autre intelligence qui est au-dessous d'elle, et dont l'autre produit la sphère — on pourrait demander :

Cette chose une et simple dont émane la sphère, comment a-t-elle pu produire la sphère, puisque celle-ci est composée de deux matières et de deux formes : d'une part la matière et la forme de la sphère, d'autre part la matière et la forme de l'astre fixé dans la sphère? Si donc tout se passait par voie de nécessité , il faudrait supposer dans cette intelligence composée une cause également composée de deux parties dont l'une produisit le

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