‹ MaïmonideChapitre 40 sur 195 · LÈTRE ET LE DEVENIR · texte numérisé non relu

LÈTRE ET LE DEVENIR

corps de la sphère et l'autre le corps de l'astre. N'oublions pas non plus que la matière des astres diffère et que tout corps est composé de matière et de forme.

De même, la diversité du mouvement des sphères n'est pas en rapport avec leur ordre successif. En outre, si la matière de toutes les sphères est une, comment se fait-il que les corps célestes ne reçoivent pas successivement la forme les unes des autres, comme il arrive dans le monde sublunaire où la matière première qui est une est susceptible de revêtir toutes les formes? Chacun des corps célestes ayant une existence qui lui est particulière et à laquelle ne participent point les autres, comment se faitil pourtant qu'il y ait communauté en ce qui concerne le mouvement circulaire des sphères ou la fixité des astres?

Dans la thèse de la nécessité, tous ces phénomènes demeurent inexplicables ; tout devient clair dès l'instant qu'on pose un Créateur qui a opéré avec intention, de par la libre volonté de sa sagesse incompréhensible.

Aussi bien, remarque Maïmonide1, si nous évitons de professer l'éternité du monde, ce n'est pas que le texte scripturaire proclame absolument et sans contestation possible la création du monde. Les textes pourraient être interprétés allégoriquement en faveur de l'éternité. Deux raisons nous ont engagé à ne pas recourir à l'interprétation allégorique en l'espèce : 1° l'éternité du monde n'étant pas démontrée, il ne convient pas de faire violence au texte ; 2° admettre l'éternité comme une nécessité à la façon d'Aristote, ce serait saper la religion par sa base, taxer de mensonge les miracles, tout ce que la religion a fait espérer ou craindre.

Que si l'on s'avisait d'admettre l'éternité au sens platonicien2, on ne commettrait pas d'hérésie et Ton ne serait

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