FJa-Emounaha-ramu
S MAIMONIDK.
agent: Dieu a conféré la liberté à l'homme et, en sa faveur, ,, renoncé à romnisciencè. Le mal n'existe pas en soi, il n'est que la privation d'un bien actuel. Les imperfections que nous constatons dans le monde ne sont telles qu'eu égard & Qotre connaissance bornée;, pour l'esprit qui embrasserait L'univers dans sa totalité et continuité, elles disn m ,ii h aient et probablement se résoudraient en harmonie. A ce moment apparaît celui qui était destiné à devenir I, grand classique du judaïsme au moyen âge, Moïse Kfatmonide.
\hou linran Mousaben Maimoun ibn Abd Allah ou Obeid \llali. Moïse ben Maïmon (par abréviation Maïmonide et Rambam{), Moses Aegyptiacus, naquit le 30 mars 1135 (14 Nissan ^895) à Cordoue. Son père, Maïmon ben Joseph, descendait d'une vieille famille de docteurs qui faisait remonter ses origines jusqu'à R. Juda ha-Nâci,le rédacteur de la Mischna, et même jusqu'au roi David. Maïmon, le père de notre philosophe, était savant talmudiste autant qu'habile mathématicien et astronome. Il était disciple de Joseph ibn Migasch de Lucène (1077-1141), qui avait été lui-même à l'école du célèbre R. Isaac Alfassi (1013-1103). Maïmon composa des commentaires sur le Talmud, un ouvrage sur le rituel et des notes sur le Pentateuque. Il s'occupa avec ardeur de l'éducation de son fils, lui inspira la passion de la science en même temps que l'élévation des sentiments.
L'âme du jeune Maïmonide s'ouvrait à tout ce qui était humain. Il se plongea avec une égale ferveur dans les • tudes rabbiniques, grecques et arabes. Mathématiques, nces naturelles, astronomie, médecine, logique, moral <\ métaphysique, il cultiva toutes ces disciplines.
Tandis que pour beaucoup foi et raison paraissent incon-
i. Abréviation par initiales de Rabbi Mosché den Maïmon. On rattacha
ploi tard le nom de Rambam aux initiales de Exode, XI, 9 : Lemaan Rebôth
Beéréç Mitzraïm, « afin que se multiplient mes prodiges en
- Ugolini a publié un soi-disant portrait de Maïmonide, décou-
ciliables, chez Maïmonide elles s'unissaient dans une harmonieuse alliance. Si, d'une part, il suivait la religion traditionnelle, d'autre part, il pratiquait le libre examen et ne reculait pas devant certaines hardiesses que la vérité commandait. Il ne voulait pas d'une piété aveugle, mais d'une obéissance éclairée et consentie. La recherche de la vérité, telle était sa grande préoccupation ; il accueillait la vérité, d'où qu'elle vînt. En matière scientifique, disait-il, il faut recevoir les résultats avérés, qu'on les doive à un prophète, à un savant non-juif ou à un idolâtre (Mischné TorahyHil. Qiddoasch ha-'Hodesch, 17, 25).
En 1148, les Almohades, secte fanatique de l'islam, venus du nord de l'Afrique, pénétrèrent en Espagne, conquirent Cordoue et ne laissèrent aux habitants que le choix entre la conversion ou l'émigration. Les synagogues furent rasées et les écoles fermées. Des milliers de Juifs se réfugièrent dans le nord de l'Espagne, qui était sous la domination chrétienne; d'autres familles, parmi elles les Kim'hi et les Tibbon, gagnèrent la Provence. Les Juifs qui restèrent furent contraints, à l'exemple de leurs frères d'Afrique, de prendre les dehors de l'islamisme. Ils paraissaient dans les mosquées, mais en secret ils continuaient à prier le Dieu de leurs pères. Quant à Maïmon, il quitta Cordoue avec sa famille, qui se composait de deux lîls et dune fille. Ils s'établirent, dit-on, mais ce n'est pas sur, à Almeria, en Andalousie. Pendant huit ou neuf ans, on perd la trace de Maïmon ; nous savons seulement qu'il demeura en Espagne et qu'il dut changer fréquemment de résidence.
Le jeune Maïmonide ne laissait point de poursuivre ses recherches. Jusqu'alors le Talmud de Babylone n'avait pas été commenté dans son entier et l'œuvre admirable de Raschi1 n'était pas parvenue en Espagne. Maïmonide projeta de commenter tout le Talmud. Il étudia les Gheonim (rabbins du haut moyen âge) et rassembla
1. Abréviation par initiales de R. Salomon Jsaaki, 1040-1105 ; il vécut à Troyes en Champagne.
in liXlMONIDE.
I.vs ol»eivations de son père et du maitre de son père, loseph ibn Migasch. Avant de rédiger ses notes sur le ltl Un ml. il publia à vingt-trois ans (en 1158) un court traité lur Le calendrier hébreu, Maamar ha-lbbour. Cet opusoule, Fail à la demande d'un ami, fut écrit en hébreu. peu après, il publiait un livre sur la logique, Millôth i. Ce livre, écril en arabe, fut plus tard traduit en hébreu par Moïse ibn Tibbon; au xvie siècle, Sébas-
11 Munster, le célèbre disciple deReuchlin, le traduisit iim l;,il( 1527). A.U xvme siècle, Moïse Mendelssohn iccompagna cette Logique de Maïmonide d'un commentaire hébreu.
\|»ivs avoir enduré toutes les fatigues et toutes les privations dune existence errante pendant plus de douze
1, M.» i m ion résolut de quitter l'Espagne. Il prit sa fille deux fils, Moïse et David, et se fixa à Fez (1160). La situation «le Fez n'était pas plus engageante que celle de Cordoue. ("est au Maroc, en effet, que le fanatique tbdallah ibn Tounfiart avait fondé la secte des Almohades qui semait La terreur dans toute l'Afrique du Nord. Pour être tolérés, les Juifs devaient pratiquer extérieurement i islamisme. La famille de Maïmon, en vue d'échapper à la persécution, dut cacher sa religion.
Les conditions dans lesquelles vivaient les Juifs du Maghreb n'étaient pas de nature à favoriser le développement du judaïsme. Insensiblement la masse se détachait de la foi des ancêtres. Beaucoup, à force de simuler I islamisme, étaient sur le point de devenir de bons musulmans. Ils finissaient par s'imaginer que véritablement Dieu .'i\;iit substitué l'islamisme au judaïsme et que Mahomet était destiné à remplacer Moïse. Alarmé de es i es erreurs et de cette épaisse ignorance, Maïmon,
père de Maïmonide, adressa à ses coreligionnaires une lettre d'exhortation (1160) pour redresser les esprits et leur rendre la confiance dans le Dieu d'Israël.
entol Maïmonide eut l'occasion de seconder les efforts n père pour réveiller chez les Juifs l'amour de leur
religion. Un écrivain d'une orthodoxie farouche avait déclaré que ceux qui faisaient profession extérieure d'islamisme, alors même qu'ils demeuraient attachés de tout leur cœur au culte de leurs pères et que secrètement ils pratiquaient les observances traditionnelles, devaient être considérés comme apostats et idolâtres. On devait préférer la mort même à l'exercice purement apparent de l'islamisme. Effrayés par cette déclaration, la plus grande partie des Juifs africains se demandaient s'il ne valait pas mieux embrasser résolument la religion mahométane. Pour empêcher les désertions en masse, Maïmonide s'appliqua à établir la fausseté de cette conception outraucière et à calmer l'agitation des consciences. H publia sou Igghéreth ha-Schemad (Lettre sur l'apostasie), appelé aussi Maamar Qiddousch ha-Schem (Essai sur la sanctification de Dieu). Il écrivit cet ouvrage en arabe pour le rendre accessible à tous.
Voici, résumé, le contenu de cet écrit. Maïmonide établit que la transgression d'une partie des lois religieuses ne constitue pas une apostasie. Du temps des prophètes, les Juifs, tout en adorant les idoles, n'en étaient pas moins considérés comme représentant le peuple de Dieu. « Nous, ajoutait-il, nous ne commettons aucun acte d'idolâtrie, nous prononçons une vague formule, à laquelle nous n'attachons aucune importance et que nous ne récitons, au su des musulmans eux-mêmes, que pour tromper un maître fanatique. » Le Talmud, il est vrai, ordonne de mourir plutôt que de devenir idolâtre; il prescrit même de subir, dans certaines circonstances, le martyre plutôt que de transgresser une loi quelconque. Mais ceux qui n'ont pas le courage d'alfronter la mort pour la défense de leur religion ne méritent pas de châtiment et ne cessent nullement d'être Juifs. Autre chose est d'abandonner sa religion volontairement, par perversion de cœur, autre chose d'en simuler l'abandon sous l'effet de l'oppression. D'ailleurs, dans l'espèce, il y a encore une circonstance atténuante : c'est qu'on n'exige pas des
Juifs d'abjurer réellement le judaïsme, mais de confesser qUe Mahomet est un prophète. Celte confession faite, on les laisse â peu près libres de pratiquer leur religion dans leur privé. Sans doute, il est très beau et très méritoire de subir le martyre plutôt que de se résigner même , cette déclaration et celui qui scelle de son sang sa une accomplit un des commandements les plus ii« s. mais on n'a pas le droit d'imposer un pareil Bce. Le mieux serait de quitter un pays où règne la lécution e1 de gagner une terre où Ton puisse vivre
ii ormément aux prescriptions de la Torah. Il faut déplorer l'aberration de ceux qui ne prennent aucune disposition pour émigrer, s'imaginant que le Messie doive apparaître prochainement dans le Maghreb et les conduire a Jérusalem. L'espoir en la venue du Messie ne peut délier personne <1<* ses obligations religieuses.
M lïmonide ne se borna pasà des exhortations écrites, il prêcha par la parole l'amour du judaïsme. Il obtint de tels succès que l'autorité musulmane en prit ombrage. À un moment, Maïmonide se vit menacé de payer de sa vie son zèle pour sa foi. Sans l'intervention du poète et théon arabe Ibn Moïscha, il était en passe d'être exécuté.
Décidément la situation n'était plus tenable. Aussi Maïmon et sa famille se décidèrent-ils à quitter Fez. Le 1S avril 1165, ils s'embarquèrent à destination de la Palestine. Le septième jour, une violente tempête assaillit 1<1 navire; un naufrage semblait imminent. Maïmonide fit !«' vœu, si lui et les siens étaient sauvés, de consacrer annuellement le jour du départ et celui de la tempête au jeûne et à de bonnes œuvres. Bientôt le vent se coucha, et le 16 mai, ils abordèrent à Saint-Jean d'Acre. Les juifs de la ville firent fête aux arrivants, dont la réputation s'était répandue parmi eux. Après quelques mois de séjour à Saint-Jean d'Acre, Maïmon et les siens se rendirent à Jérusalem. Ils y passèrent trois jours, puis s'en allèrent vers Séhron pour pèleriner sur la tombe des patriarches. Ils avaient d'abord pensé se fixer en Palestine ; mais lamisère
qui régnait dans le pays, misère aussi bien matérielle qu'intellectuelle, les détourna de leur premier projet et ils se dirigèrent sur l'Egypte (1165).
A l'heure où Maïmonide atteignait Alexandrie, le dernier des Fatimides était assis sur le trône d'Egypte. La population juive du pays était nombreuse. Alexandrie comptait 3.000 familles israélites. Les juifs jouissaient d'une grande liberté, et, sous le gouvernement de leur naghid (prince), formaient une Communauté autonome pour ce qui concernait leurs affaires intérieures. Maïrnon et sa famille s'établirent définitivement à Fostat, près du Caire. Mais à peine étaient-ils installés, que le vieux Maïrnon mourut (1166).
David, le plus jeune frère de Maïmonide, se livrait au commerce des pierreries. Il faisait de fréquents voyages, poussait jusqu'aux Indes. Tandis que David s'occupait de suffire aux besoins journaliers, Moïse Maïmonide poursuivait ses travaux. Un terrible malheur devait l'arracher pour quelque temps à ses études : David périt dans un naufrage, engloutissant non seulement tout l'avoir de sa famille, mais aussi des sommes importantes qui lui avaient été confiées. L'épreuve ébranla si vivement Maïmonide, qu'il en tomba malade et que pendant des années il demeura inconsolé. Pour assurer l'existence des siens, il se mit à pratiquer la médecine.
Cependant, ni ses pérégrinations ni ses occupations ni les difficultés de toutes sortes qu'il avait rencontrées n'avaient pu détourner Maïmonide de l'œuvre à laquelle il travaillait depuis l'âge de vingt-trois ans. Nous voulons parler deson commentaire arabe sur la Mischna, le Siradf «Luminaire 1 », qu'il acheva en 1168. Ce commentaire était destiné à mettre l'étude de la tradition à la portée du public, en dégageant le contenu de la confusion des matériaux et des discussions et en offrant au lecteur des expli-
1. J. Derenbourg estime que Maïmonide n'a pas donné lui-même ce litre à son livre, mais l'admiration que l'ouvrage inspira aux générations suivantes lui valut ce nom; voir Revue des Études juives, avril-juin 1883, p. 307.
I \ MAÏMONIDE.
ns courtes el claires. « Maïmonide, dit Graetz1, fut le
promiel ippliquer la méthode scientifique à l'explica-
ralmud. Il fallait un esprit net et méthodique
con)l -i) pour accomplir une telle tâche, rendue
ili( , ,,, en! difficile par le désordre qui semble
, , ,!,,,, le lilniiul. Ce sont surtout les introductions
neuses placées en tète des divers traités de la Mischna
qui ionl empreintes d'un caractère vraiment scientifique».
Maïmonide établit la connexité intime entre la loi écrite
, la loi orale. L'une el l'autre sont d'origine divine et
,1..im valables pour tous les lemps. Cependant tout ce qui
M 1 1 , ,u v e dans leTalmud ne doitpas être pris à la lettre ni
,1, comme traditionnel. Maïmonide se complaît aux
questions scientifiques, morales et religieuses, s'appli-
t i montrer <juo les docteurs de la Mischna n'igno-
ii, ni pas lessciences, qu'ils prêchaient une morale élevée
i t se formaientde Dieu une idée vraiment philosophique.
immentaire de la Mischna décèle un esprit fortement
systématique, qui maîtrise pleinement son sujet, rejette
i. »ut delà il inutile et condense le plus de pensée dansle moins
de mots possible. L'auteur explique d'abord les mots dif-
ticiles, puis il en développe le sens et la portée, enfin cher-
chela raison de la décision qui a prévalu.
Dans cet ouvrage, le commentaire sur le traité à* Abat h, \> - Maximes des pères», occupe une place à part. Sous forme d'introduction aux Maximes, Maïmonide nous offre un traité do morale, connu sous le nom de Schemonéh Pcraqim, « Les huit chapitres ». Dans les chapitres Ier et II. il parle de l'A me et de ses facultés et pose comme objet de l'éthique le perfectionnement du caractère; dans les chap. 111 et IV, il traite des maladies de l'âme et des moyens 1rs guérir; au chap. V, il indique l'orientation pour atteindre lo but dernier de l'existence, à savoir la connaisdo Dieu; au chap. VI, il distingue l'homme vertueux qui fait le bien par une inclination intime do celui qui
i Histoii t des Juifs, trad. franc., IV, j>, 141, Paris 1893.
Vïfi ET OEUVRES DE MAIMONIDE. U>
doit comprimer ses mauvais instincts ; au chap. Vil, il énuinère les différents degrés de la prophétie et marque la prééminence de Moïse ; enfin, au chap, VIII, il développe la doctrine du libre arbitre en face de l'omniscience divine. Dans ce traité, il combine la pensée juive avec les conceptions grecques, principalement aristotéliciennes.
La dissertation que Maïmonide a placée en tète du dizième (dansnos éditions, onzième) chapitre de Sanhédrin contient également des considérations morales et spéculatives. La fameuse parole « Tout israélite a part au monde futur », par laquelle débute ce chapitre appelé Héléq, fournit à notre philosophe l'occasion d'examiner le problème des sanctions ultra-terrestres. Ces sanctions, déclare-t-il, ne peuvent être que de nature spirituelle: la plus haute récompense consiste dans la vraie connaissance de Dieu.
Ce même chapitre renferme les treize articles de foi. Maïmonide estimait que le judaïsme ne réglait pas seulement la conduite religieuse et morale, mais aussi les pensées et les croyances. De là son effort pour constituer une dogmatique. Ces principes fondamentaux sont les suivants: 1. Existence de Dieu; 2. Dieu est unique; 3. Il est incorporel; 4. Il est éternel ; 5. A lui seul doit s'adresser notre adoration; 6. Véridicitédes prophètes; T. Moïse a été le plus grand des prophètes ; 8. La Torah est d'origine divine; 9. Elle est immuable; 10. Dieu connaît toutes nos pensées et tous nos actes; Jl. Il punit les méchants et récompense les justes ; 12. Un jour le Messie viendra; 13. Les morts seront ressuscites. Quiconque rejette un seul de ces articles est coupable d'hérésie aux yeux de Maïmonide1.
Parmi les rabbanites, Maïmonide fut le premier à formuler un credo du judaïsme. Sans doute, Saadia (892-942) et Abraham ibn Daoud (1110-1180) avaient mis en relief certaines croyances fondamentales du judaïsme, mais ils n'y avaient pas apporté la rigueur tranchante de Maïmo-
t. Sur les traductions des Treize Articles, voir Steinschneider, Cal. Bodl.. col. 1887;Weiss, dansée/? Chananjah, 1863 et 1864; Landshut, Amoudéha- Aboda, p. 231.
1(, MAIMONIDK.
aide; en tout cas, leurs opinions ne furent regardées que comme <l<*s opinions personnelles. Maïmonide, en notant d'hérésie quiconque repoussait un des articles de foiposé par lui, méconnaissait profondément l'esprit du judaïsme, favorable à la liberté de penser.
Le dogmatisme de Maïmonide ne passa point sanssoule-
\( >r de vives polémiques. Abraham b. David dePosquières
mort en ll!>8), Jlasdaï Crescas (134-0-1410), Joseph Albo
1380-1444), Moïse Mcndelssohn (1729-1786) protestèrent
contre la prétention de Maïmonide.
Malgré ses qualités, le Commentaire de la Mischna n'obtint pas d'abord grand succès. Les juifs orientaux n'avaient alors qu'une culture médiocre, ils ne soupçonnèrent pas la valeur de l'ouvrage auquel Maïmonide venait de consacrer dix années d'un labeur assidu. Mais quelques années plus tard, les juifs d'occident qui unissaient les connaissances talmudiques à la passion scientifique reconnurent la haute portée du Commentaire. C'est ainsi que le rabbin Sim'hah fut chargé parla communauté de Rome de se procurer le Commentaire. On se mit à traduire plusieurs parties de l'arabe en hébreu. Parmi les premiers traducteurs, figurent deux rabbins illustres de la France méridionale, Juda Harizi et Samuel ibn Tibbon (xme siècle.)
En 1171, le chevaleresque Saladin devint le seul maître de T Egypte, d'une partie de la Palestine et de la Syrie, des pays de l'Euphrate et du khalifat de Bagdad. Cependant le Yémen, à l'avènement du nouveau sultan, se signala par une4 vive effervescence. Les juifs eurent beaucoup à souffrir des désordres qui éclatèrent. Il était à craindre que beaucoup n'abandonnassent leur ancienne foi, d'autant plus qu'un apostat juif proclamait que la mission de Mahomet était annoncée dans la Bible, que le judaïsme avait fait son temps, que l'islamisme était destiné à le remplacer. Le péril s'aggravait encore par l'apparition d'un illuminé qui se présentait comme le précurseur du Messie et qui exhortait les juifs à distribuer leurs biens pour le suivre. Ces folles prédications exercèrent de pro-
fonds ravages parmi les juifs du Yémen. Les chefs des Communautés ne savaient comment arrêter le mouvement de désorganisation.
C'est alors qu'un disciple de Maïmonide, Salomon ha- Cohen, arriva dans le pays. Il publia le savoir et Je génie de son maître. Aussitôt, le docteur le plus estimé des juifs du Yémen, Jacob al-Fayoumi, s'adressa à Maïmonide pour lui exposer la situation et lui demander conseil.
En réponse, Maïmonide envoya une épitre d'exhortation et d'encouragement1, connue sous le nom de Igghéreth Téman, « Épître au Sud », ou Pétah* Tiqvah, « Porte de l'Espérance ». « Dieu, dit- il, dans sa miséricorde, a distingué les israélites parmi les peuples et a fait de nous les dépositaires de la vraie religion, c'est pourquoi les autres peuples nous haïssent. Ils sont irrités, non pas contre nous, mais contre la volonté divine dont notre existence est une éclatante manifestation, et ils voudraient nous détruire pour empêcher l'accomplissement de cette volonté ». Il énumère les persécutions dont les juifs ont été l'objet depuis la révélation du Sinaï, les moyens qu'on a employés pour substituer de nouvelles doctrines religieuses au judaïsme. Mais il ne faut se laisser détourner ni par les épreuves ni par les prédications fallacieuses : la religion d'Israël est et demeure la vraie religion. En terminant, Maïmonide prémunit ses coreligionnaires contre les extravagances du pseudo-Messie. Cette lettre fit une profonde impression sur les juifs du Yémen, elle les réconforta et les porta à donner plus de soins à leur développement spirituel.
La réputation de Maïmonide allait grandissant. Aussi de tous côtés s'adressait-on à lui pour l'éclaircissement des points difficiles ou obscurs. Ces questions et réponses forment une des parties les plus intéressantes de la collection des Scheélôth ou-Teschoubôth2. On consulte par exemple
1 Sauf l'introduction, il l'écrivit en arabe; la lettre fut traduite en hébreu par le rabbin Nahoum, du Maghreb.