Guide, ch
l'être et le devenir. 81
nées dépouillent leurs formes et se dissolvent en leurs éléments originels pour revêtir de nouvelles modalités. Mais, dans notre doctrine, qui attribue l'existence des choses et leur dissolution à la volonté de Dieu, et non à la nécessité, rien ne nous force d'admettre que Dieu, après avoir produit une chose, doive nécessairement la détruire. Il est possible qu'il lui confère la permanence. Ainsi en est-il, par exemple, des âmes des hommes supérieurs qui, bien que créées, sont immortelles. En somme, la spéculation nous amène à cette conclusion : que le monde n'est pas nécessairement soumis à la destruction.
xMais nous allons plus loin; nous nous appuyons d'un grand nombre de passages pour soutenir la perpétuité du monde, et nous prétendons que tout ce qui, pris littéralement, semble en indiquer la disparition est évidemment une allégorie1.
Nous sommes donc d'accord avec Aristote pour la moitié de son opinion. Nous croyons que cet univers existera perpétuellement avec la nature dont Dieu l'a doué et que rien n'en sera changé si ce n'est dans quelque détail et par miracle, quoique Dieu ait le pouvoir de le changer totalement ou de le réduire à néant. Cependant le monde a eu un commencement, et, à l'origine, rien n'était en dehors de Dieu 2. Sa sagesse a exigé qu'il produisit la création au moment où il l'a produite, que ce qu'il avait produit ne fût pas réduit à néant, que l'économie du monde ne fût changée en rien si ce n'est dans quelques particularités. Quelques-unes des modifications introduites par le Créateur nous sont connues, il en est d'autres qui nous demeurent cachées et qui appartiennent à l'avenir3.