Cf. Guide, II, ch
2. Guide, I, ch. 69, p. 320; ch. 70, p. 325 ; ch. 72, p. 373. « Dieu, disent les docteurs, est la demeure du monde, mais le monde n'est point sa demeure », Beréschith rabba, sect. 68.
3. Guide, II, ch. 6, p. 75. La faculté directrice ou nature est le principe qui dirige el gouverne le corps; I, ch. 72, p. 363.
L'économie de ce bas monde dépend des sphères1. C'est la sphère céleste qui par son mouvement gouverne les autres parties de l'univers et qui envoie à tout ce qui naît les facultés nécessaires. Si bien que tout mouvement dans l'univers a pour origine le mouvement de la sphère céleste et que toute âme a son principe dans l'âme de la sphère céleste.
Les facultés qui viennent de la sphère céleste au monde sublunaire sont au nombre de quatre : 1° une faculté qui produit le mélange et la composition d'où sortent les minéraux; 2° une faculté qui communique l'âme végétative aux végétaux; 3° une faculté qui donne l'âme vitale aux animaux ; k° une faculté qui départit la faculté rationnelle aux êtres raisonnables.
Toute naissance et toute destruction deschosessublunaires a lieu sous l'influence de la variation de la lumière et des ténèbres, de la chaleur et du froid, variation qui résulte de la révolution sidérale. Grâce à cette révolution, en effet, la lumière et la chaleur se communiquent et se dérobent tour à tour aux différentes parties de la terre. Si les sphères célestes suspendaient leur cours, ce serait la mort de l'univers entier.
Tout l'univers forme un seul organisme, vivant par le mouvement de la sphère céleste qui y tient le même rôle que le cœur dans les créatures animées. De même qu'il est impossible que les membres du corps humain existent séparément, de même les parties de l'univers ne sauraient exister les unes sans les autres, le feu sans la terre, la terre sans le ciel, le ciel sans la terre.
De même encore qu'il y a dans l'organisme une certaine faculté directrice qui lie les membres les uns aux autres, les gouverne et les conserve, de même il y a dans l'ensemble de l'univers une faculté qui unit les parties les
1. I,ch. 72, p. 361 et suiv. ; II, ch. 5, p. 65; eh. 10 etsuiv.; cf. Renan, Averroes, p. 121-122. Le Spéculum asironomiae, qu'il soit d'Albert le Grand ou de Roger Bacon, admet que le ciel et les astres président aux choses inférieures, même aux affaires humaines individuelles et collectives.
une* aux autres, qui empêche les espèces de périr et conserve, autant que faire se peut, les individus de ces espères.
La comparaison <le l'univers avec L'organisme humain est exacte, sous les réserves suivantes ;
1° L'organe dominant (le cœur) tire profit des organes subordonnes. Dans l'univers, au contraire, tout ce qui exerce une influence directrice ou communique une faculté ne reçoit rien de la partie subordonnée. Le monde supérieur se donne à la façon d'un homme qui fait le bien pour le bien, par pure générosité, sans espoir de récompense, dans le dessein de se rendre semblable à Dieu1.
-2 Dans ranimai, le cœur se trouve au milieu et les autres membres l'environnent pour le protéger. Dans L'ensemble de l'univers, c'est l'inverse : la portion la plus noble enveloppe ce qui lui est inférieur et ne reçoit aucune impression d'un autre corps.
3° La faculté rationnelle fait partie de l'être humain et en est inséparable, au lieu que Dieu n'est pas une faculté dans le corps de l'univers, mais en est totalement séparé. On peut comparer le rapport de Dieu avec l'univers au rapport entre l'intellect acquis2 et l'homme, car cet intellect n'est pas non plus une faculté dans un corps, il est séparé du corps sur lequel il s'épanche.
A chaque sphère céleste, corps vivant doué d'un intellect, avons-nous vu, préside une Intelligence pure. Ces Intelligences pures, immatérielles, qui toutes sont émanées de Dieu, sur lesquelles s'épanche l'influx divin, qui sont en dehors de la sphère céleste et de ses astres, sont les anges intermédiaires entre Dieu et tous les corps célestes 3.
1. Chez l'homme la puissance précède l'acte, tandis que les sphères et les intelligences sont toujours en acte. Elles font toujours ce qui est bien et il n'y a en elles que du bien; Guide, II, ch. 7, p. 77.
2. L'Intellect acquis est l'intellect en acte dans l'homme, lorsque les idées intelligibles sont toujours présentes à son intelligence. A ce degré, l'intelligence humaine s'identifie avec l'intellect agent universel.
:). Guide, II, ch. 4 et G; III, ch. 45, p. 352; de même, Abraham ibn Ezra,
Dieu n'opère point par contact, il ne fait rien sans l'intermédiaire d'un ange1. Le prophète ne reçoit de révélation que par le canal d'un ange. Les moindres particularités de l'univers, jusqu'à la création des membres de l'animal, tout s'exécute par l'intermédiaire d'anges; car toutes les énergies tant physiques que psychiques sont des anges. Ainsi la force plasmatrice du germe est un ange, l'imagination et l'intellect sont des anges, le mauvais penchant et le bon penchant sout des anges2.
Le mot malak (ange) est un nom homonyme qui désigne à la fois les Intelligences, les sphères et les éléments, car tous ils exécutent un ordre divin. Mais les sphères et les Intelligences n'agissent pas à la façon des forces naturelles inconscientes. Bien au contraire, elles agissent en pleine conscience et entière liberté, et toujours dans le sens du bien. Car elles ne sont pas comme les hommes affectées de privation, tout ce qui leur appartient est parfait et toujours en acte3. Il n'existe pas, quant à la nature de l'être, de rapport entre les anges et l'homme4.
Les anges n'ont pas de corps, ce sont des Intelligences pures5. Les formes corporelles sous lesquelles ils apparaissent n'ont rien de réel, ce sont des créations subjec-
Comment. sur Exode, XXIII, 20. Albert le Grand, qui combat cette identification, dit que cette théorie est plus particulièrement celle des philosophes juifs, d'Isaac Israéli et de Maïmonide. « Ordines autem intelligentiarum quos nos determinavimus quidam dicunt esse ordines angelorum et intelligentias vocant angelos; et hoc quidem dicunt Isaac et Rabbi Moyses et caeteri philosophi Judaeorum. Sed nos hoc verum esse non credimus... » De Causis, p. 363, cf. Summa theol., II, p. 76 (édit. Jamy, Londres 1651). Cf. Thomas d'Aquin, Contra Gentil., Il, 92; Somme, I, lu, 2.
1. Guide, ch. 4, p. 60 ; ch. 6, p. 68. Cf. Talmud Sanhédrin , 38' : « Le Très Saint n'entreprend rien sans consulter préalablement la famille supérieure»; cf. Beréschith rabba, sect. 12 et 51 ; Midr. Qohéleth, 65.
2. Guide, II, ch. 6, p. 70,71, 72; III, ch. 22, p. 170; ch. 45, p. 351. « R. Boun dit: Pendant le sommeil, le corps parle à l'âme sensible, celle-ci à lame rationnelle, celle-ci à l'ange, celui-ci au chérubin, ce dernier à l'être ailé qui est le séraphin. Celui-ci, enfin, emporte la paroieetla redit devant Celui à qui il a suffi d'une parole pour que le monde existât », Midr. Qohéleth, 82. Cf. Lévitique rabba, sect. 32, et Genèse rabba, sect. 85.